L’Écorcobaliseur sort le 23 mai
Bérengère Cournut signe
“L’Écorcobaliseur”
qui sort dans toutes les bonnes librairies le 23 mai.
Bérengère Cournut signe
“L’Écorcobaliseur”
qui sort dans toutes les bonnes librairies le 23 mai.
N.M. lance à Paris les éditions du Cyclope. On trouve tout le catalogue à la librairie “Un Regard Moderne”, rue Gît-le-coeur. Attention, éditions limitées.
J’étais de moins en moins à mon affaire. Je retenais mon souffle. J’ai cru l’avoir tué. Ses branches étaient si tendres sous mon sécateur. J’avais trop rabattu mon arbre à la Sainte Catherine, et tout l’hiver j’ai craint qu’il ne meure. Ce n’est que depuis quelques jours que je recouvre ma sérénité, petit à petit : des bourgeons enflent, collants, petits certes mais bien vivants, le méristème s’en donne à coeur joie et le mien, mon coeur, s’éclaire de nouveau. J’avais ce sentiment terrible d’avoir failli à ma responsabilité : un arbre, ce n’est pas rien. Alors je sens revenir un peu de cette force qui vous a livré chaque les mois, depuis quatre ans, un nouveau Papier peint, et qui s’était étiolée. Mais par précaution et par décision unanime de mézigue, Papier peint passe trimestriel.
Il y en a peu à qui nos façons dessinent sur le sable ce léger cri un jour aboli.
Que ferez-vous de ce que nous avons touché ?
Il n’est plus temps de construire l’abri, au plus proche des adieux, seules les larmes perpétueront le rêve.
On aurait pu inscrire sur le registre une autre destinée.
Mais nous y sommes si peu.
On entre dans l’arène comme si la vie, la mort, rien que le tour, assis dans la carriole depuis longtemps ratatinés.
En vain, elle est passée.
Corinne Haddad
Recueil d’aphorismes douteux
Ne pas mettre la charrue avant les boeufs.
Ce n’est pas de l’homme en tant qu’entité neutre dont on parle quand on parle de « nature humaine », mais de l’homme pollué par des conditions d’existence inacceptables lui ayant fait copier les pires travers et les pires traits de son oppresseur, conditions induites par une soumission séculaire aux maillons bien gardés. De la sorte, en feignant accuser tout le monde du mal du monde, on innocente de fait tout un chacun.
Et chez un coupable, l’innocence vaut très cher.
_ Vous disiez quelque chose, ma chère ?
_ Non ! Je disais juste qu’il s’agissait tout de même de ma propre chambre.
_ Allons Margueritte, le moment est mal choisi pour affirmer votre instinct de propriété ! Le Docteur nous a demandé de sortir afin de pouvoir examiner Mademoiselle … Supporteriez-vous que j’assistasse à vos rendez-vous médicaux dans leur intégralité ? Soyez simplement patiente, voilà tout.
La présence de Donatien mit tacitement fin à l’échange pincé des deux vieilles dames. Sa mère le dévisagea sans trop d’insistance, puis s’adressa tout naturellement à Margueritte, comme si la situation qu’ils affrontaient était parfaitement ordinaire.
_ Ce coquin de carabin
A beau être républicain
Il est pourtant parmi les médicastres
Le plus fiable jusques à Castres ! chantonna-t-elle.
En réalité, elle ne trompa personne. Le docteur Perret ne s’était d’ailleurs pas privé d’exprimer son étonnement quant à la présence de Madame de Lasprades au chevet d’une jeune femme violentée à pareille heure.
Donatien mit un terme à ses débordements poétiques.
_ Maman, comme vous en faisiez très justement la remarque à cette chère Margueritte, si l’heure est mal choisie pour la curiosité, elle ne se prête pas non plus aux rimes faciles. Puis-je vous rappeler d’autre part, que mon grand-père, puis mon père et enfin moi-même sommes depuis presque un siècle au service de cette république que vous raillez tant. Enfin, n’oubliez pas que la discrétion du Docteur n’est pas la moindre de ses qualités. Vous en savez là-dessus au moins autant que moi …
Un silence durable s’installa dans le salon-boudoir de Madame Armand.
De la chambre voisine, quelques mots leur parvenaient, assourdis par l’épaisse porte capitonnée de satin.
Le claquement caractéristique que la sacoche du médecin produisait en se refermant leur signala la fin de l’examen.
Ils se levèrent dans un ensemble aussi parfait qu’involontaire, ce qui les gêna quelque peu tous les trois et c’est dans cette position que le docteur les trouva en ouvrant la porte de la chambre.
Il fit signe à Donatien de venir, s’effaça pour lui laisser le passage et referma aussitôt derrière lui.
Léonie se redressa de toute sa taille, affichant une petite moue pincée que Margueritte s’empressa d’imiter tout d’abord par solidarité, puis, elle réalisa que le médecin venait de lui interdire pour la seconde fois l’accès à sa propre chambre pour n’y accepter que Donatien. Elle se renfrogna, croisa ses bras sur son ventre et pointa sonnez vers le plafond, l’œil fixe et la paupière plissée.
Les deux amies restèrent figées dans leur pose réprobatrice et gardèrent un silence guindé dont le but inavoué était de saisir des bribes de ce qui se disait dans la chambre interdite.
Elles s’efforcèrent de rester dignes lorsque le docteur les rejoignit après quelques minutes interminables. Ce dernier poussa un peu plus loin son effronterie en ne leur adressant pas un traître mot.
Exaspérée par ce mutisme délibéré, Léonie changea radicalement d’attitude et se fit tout à coup souriante et un brin enjôleuse. Elle pensait ainsi mettre à profit le souvenir lointain des attentions que le médecin avait eu pour elle dans sa jeunesse.
Ce fut peine perdue.
Paul Perret lui retourna un sourire charmeur et passablement teinté d’ironie, à son goût du moins.
Il rouvrit sa sacoche déformée par le temps et l’usage, en retira son ordonnancier et s’installant paisiblement face à elles, il se munit de son stylo plume et rédigea sa prescription en les regardant de temps à autres, avec ce même petit air de défi.
Profondément vexée par son échec, Léonie se désintéressa définitivement du docteur et se plongea dans la lecture d’un magazine de mode qui traînait là. Elle sursauta pourtant lorsqu’il prit congé :
_ Pour la visite rien ne presse, nous verrons cela une autre fois … Bien le bonjour Mesdames, puisqu’il est déjà fort tard. Toujours à votre disposition …
Paul Perret quitta la pièce sans plus attendre, après une ultime et symbolique inclination en direction des deux femmes.
Margueritte tressaillit lorsque la porte d’entrée claqua. Ce bruit eut pour effet de tirer Léonie de la torpeur qu’elle affectait.
Elle se lança dans une diatribe aux accents sifflants et sa voix partit très vite dans les aigus :
_ Roturier, athée, soupçonnable d’anarchisme s’il se trouve, et pour couronner le tout, le voilà devenu un mufle parfait. Ce fils d’un pousseur de clystère ! Pour qui se prend-il ? Nous faire cet affront ! Chez vous Margueritte, chez vous !
Celle-ci s’apprêtait à surenchérir lorsque Donatien ouvrit brusquement la porte, leur intima l’ordre de faire silence et fixant sa mère en particulier, il lui suggéra dans la foulée de regagner ses pénates et d’offrir par la même occasion un petit déjeuner réparateur à Margueritte qui semblait en avoir bien besoin.
La porte se referma aussitôt, sans leur laisser la possibilité d’objecter quoique ce soit .
Comme hébétées par l’outrage, elles se levèrent mécaniquement et obéirent sans un mot à la « suggestion » de Donatien.
Margueritte maugréa tout de même lorsqu’elle franchit le seuil de son appartement. Les émotions accumulées au cours des deux dernières heures l’avaient complètement chamboulée. Un peu trop sans doute, car repensant au comportement du médecin, elle lâcha une phrase aussi superflue que risquée :
_ Mufle parfait, mufle parfait, cela n’a pas toujours été le cas si mes souvenirs sont bons.
Cette allusion aux relations discrètes que Léonie avait entretenues, voici vingt années, avec Paul Perret fut la flèche du Parthe.
Si peu habituée à de tels actes de rébellion de la part de Margueritte, Madame Faragnan se drapa dans sa dignité et fit la sourde oreille aux insupportables provocations de son amie.
Clémente, elle décida de mettre ce débordement sur le compte de la fragilité de caractère de Margueritte et sur son absence de jugeote. Elle se jura pourtant de lui rendre un jour ce coup de Trafalgar. Œil pour œil.
C’était oublier un peu vite le rôle capital joué par Madame Armand dont la courageuse apparition avait mis en fuite l’ignoble agresseur d’Apolline. C’était elle qui l’avait secourue la première, donnant simultanément l’alarme à toute la maisonnée des Lasprades. Enfin, c’était encore elle qui s’était chargée de prévenir le docteur Perret plutôt que les services de secours, car elle avait pu identifier sans une hésitation le faciès grimaçant de l’inspecteur Berger pendant que ce dernier vitupérait et violentait « cette pauvre petite ».
Elle s’en ouvrit à Léonie au cours d’un petit déjeuner surréaliste, où le café fut accompagné de ce qui leur tomba sous la main, sans distinction de goût.
Les deux vieilles dames refirent ensemble la chronologie des évènements récents et envisagèrent avec gravité les conséquences possibles.
Il en ressortit qu’un grand danger menaçait Donatien, ne serait-ce que par ses liens avec cette jeune femme. Il importait donc qu’ils aient une conversation franche afin de parer en famille aux risques de scandale et de manipulation que cette situation pouvait engendrer.
Elles réfléchirent de concert à la meilleure manière d’aborder la question sans froisser un Donatien que l’amour avait rendu vindicatif et méconnaissable.
Décision fut prise de contacter sur-le-champ Raoul Ponsolles, le cousin germain de feu Monsieur Armand, dont les connaissances en tous genres leur apporteraient peut-être des éclaircissements sur les manigances de l’inspecteur psychopathe.
_ Encore un fameux produit de la grandiose République celui-là !
Telle fut l’acide conclusion de Léonie
Comment Alberto, surpris par son père en train de s’occuper de sa belle-mère de très près, trouve une bonne raison pour se justifier.
Alberto avait une belle-mère très jeune, d’un caractère têtu et difficile, et qui, comme cela arrive souvent, ne le laissait jamais tranquille. Comme il s’était plaint de cela à plusieurs reprises auprès de certains de ses amis, ceux-ci lui donnèrent ce conseil: «Alberto, si tu ne trouves pas le moyen de t’occuper d’elle de très près, n’espère jamais vivre avec elle sinon en mauvaise part et en bisbille! ». Alberto dit: « Vous croyez ça ? ». Et eux de répondre: « Nous en sommes sûrs! ».
il avait envie de dormir.
Ainsi son père se calma et la femme fut tranquille au sujet des familiarités qu’elle avait eues avec
Alberto. Et, depuis ce jour-là tous deux continuèrent leur petit jeu de façon si secrète et avec tant de discrétion que le père n’eut plus besoin de jouer du bâton de toute sa vie. Le remède qu’Alberto avait utilisé pour vivre en paix avec sa belle-mère était bon ainsi que la raison qu’il avait fournie aux voisins qui étaient accourus. Par conséquent, je crois que beaucoup de femmes, mais pas toutes, pourraient s’entendre avec leur gendre, si elles faisaient comme lui, surtout celles qui sont les épouses d’hommes âgés, comme elle l’était, et qui, puisqu’elles sont jeunes, veulent rester éveillées alors que les vieux maris veulent dormir.
Franco Sacchetti
Traduction de Paul Gilles
Quatorzième nouvelle sur les quelque trois cents de Sacchetti (1330-1400 env.), publiées à Florence et qu’on peut relire en partie dans le tome 4 de la « Biblioteca portatile deI uiaggiatore » ( 1834). Le titre est dû au traducteur.
Gaël me parle longuement du cinéma de François Truffaut. Il me raconte aussi des tas d’histoires que j’aimerais qu’il écrive, pour que je puisse les lire. ( Je ne serais d’ailleurs pas surprise qu’il les aie déjà écrites.) Quelques jours plus tard, pendant que je suis en train de lire un billet érudit et drôle qui m’est dédicacé sur http://blogruz.blogspot.com/2008/02/813.html, dans lequel il est question du cinéma de François Truffaut (merci au dédicataire), Gaël, mais pas le même Gaël, qui passe derrière ma chaise, m’interpelle. Alors je me sens toute drôle.
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« C’est l’histoire d’un Minc… »
« Alain Moinc » a toujours été malingre comme un singe. Fils d’un dentiste polonais (et le faiseur de plombs n’est jamais loin du plombier), né à Paris dans le XIXe, un arrondissement sans histoire et sans horizon, Alain Minc a toujours dû créer des digues pour pouvoir vivre. Sourire de crooner et gueule cassée à la Sinatra, ce fin lettré est drôle, érudit, prompt à l’autocritique, aussi à l’aise chez Thierry Ardisson que chez Jacques Julliard, et surtout, il ne se prend jamais au sérieux. Les affaires sont pour lui, dit son ami Vincent Bolloré, comme un « Monopoly » : « ce n’est pas la vraie vie. » (L.Mauduit, Petits conseils)
« Je ne sais pas si les marchés pensent juste mais je sais qu’on ne peut pas penser contre les marchés. Je suis comme un paysan qui n’aime pas la grêle, mais qui vit avec. » Philosophe toujours maintenu à l’écart des cercles intellectuels qu’il rêvait d’intégrer, Minc s’est construit dans la finance : dans la vie, il n’a jamais eu les jetons (sauf les jetons de présence). Major de la promotion Blum à l’ENA, loin devant Martine Aubry et Pascal Lamy, « libéral » et « de gauche » vingt ans avant tout le monde, il a souffert de l’étroitesse intellectuelle de son époque. Le Midas du conseil aux entreprises, pigiste précaire en équilibre entre deux conseils d’administration, est un visionnaire, crucifié par la gauche (sa famille), toujours suspect aux yeux de la droite (sa patrie).
En 2001, la puissance accordée par Minc à l’imaginaire se voit déniée par un tribunal : le biographe de Spinoza a recopié chez autrui une recette imaginaire de confiture de rose censée guérir Spinoza. La confiture de rose, un « plagiat servile » ? De quoi vous dégoûter du rêve à jamais. Aujourd’hui, l’ingratitude des rédacteurs du Monde, qui font fi de son capital social et de sa notoriété en lui montrant la sortie, dit bien la pente désastreuse que suit le quotidien crépusculaire : au Conseil de surveillance, il a encaissé les coups pour tout le monde et mis sa fierté sous lui pour rameuter des milliards au portefeuille. Sans Minc, l’élite se délite.
Accusé de plagiat par des gratte-papier sans notoriété, d’omniprésence médiatique par des journaleux sans charisme, de conflits d’intérêt par des losers désavoués, Minc est en butte aux mauvais esprits et à la mauvaise fortune du sort. On a beau être philosophe, voir sa vie et son œuvre niées par des gagne-petit n’est pas facile. Seules quelques amitiés choisies avec les mécènes de notre temps, grâce auxquels il parfait sa culture artistique, lui donnent la force de lutter dans un monde aussi hostile. Et pour quelques conseils opportuns, on le chicane, on le conspue, on le cloue. Minc est un acrobate et on n’aime pas les gens de cirque. Minc n’a pas de famille et on n’aime pas les outlaws. Minc reste dans l’ombre et on n’aime pas les éminences grises.
Jean Aubert