Papier peint n°52
Les articles de Papier peint n°52 seront postés un jour ou l’autre. Suggestion de promenade en attendant :
Les articles de Papier peint n°52 seront postés un jour ou l’autre. Suggestion de promenade en attendant :
Ce vieux paradoxe. Être et se voir être. Se voir sans yeux, au moyen de médiations toujours discutables. Agir et questionner l’action. Publier des textes périodiquement., une manière de rythmer la vie, plus, une façon d’être en vie ( et le rythme serait l’expression de la vie même ? La vie serait un phénomène ondulatoire en même temps que corpusculaire ? ). Mais quels textes ? J’ai creusé des mois durant dans la caillasse à la recherche du filon et les mots m’arrivent de l’extérieur. Les textes qui me sont intimes. Ce qualificatif roule et rebondit et ramène le mot pieuvre, un clin d’oeil à Georges Henein faisant un clin d’oeil à Henri Michaux, qu’on retrouvera en se reportant à l’éditiorial du numéro 2 de la revue, daté du 5 avril 2004. Je crois que si cet animal remonte des abysses à ma surface, c’est à cause des méduses, qu’on a pu croiser en parcourant les colonnes du dernier numéro. Ainsi les textes feutrent et forment avec mes jours un textile protecteur. Nouvelle rubrique cette année : un résumé bimestriel de Plus belle la vie.
Quoi, du sol ou de la guerre ?
Après tout, la rumeur ne porte que sur le vent
et le respir,
l’avancée des milliers de frelons dans les racines et sur les joncs.
La terre se tient debout, loin des traces anciennes,
dans les régions irriguées, le bruit de la pierre
cet Eden où croît à l’abri des déserts
la soif dans les yeux des éveillés.
Corinne Haddad
On dit la vie est courte, elle est longue de regrets,
de bouts, de rien,
la clef laissée au clou, on voudrait descendre,
interrompre le bruit du temps.
Il aurait fallu un grand coup de vent d’amour,
mais qui peut, dans la nuit, chérir ce qui va poindre ?
Et la question insiste, rouillée.
Corinne Haddad
Dans le lac de mes os
ça fredonne un air de feu
qui se propage dans l’onde
jusqu’à ma langue
et ma langue tâtonne
dans l’obscurité de ta bouche
et ma langue illumine
ton salon grenat
et ma langue frôle
ton attente à l’angle
d’une frêle angoisse
Dans le lac de mes os
ça fredonne un air de feu
qui se propage dans l’onde
jusqu’à ma langue
et ma langue frotte ta lampe
dans l’obscurité de ta bouche
et ma langue enlumine
ton sibyllin grimoire
et ma lange frôle des frelons
sur ton grand miroir
qui me fait, moi, rire
Dans le lac de mes os
ça fredonne un air de feu
qui se propage dans l’onde
et ma langue tâtonne et se perd
à l’infini, et rit, et pleure
Camille Berberian
Je suis à la recherche de la vérité
et la vérité est un acide universel
m’est intime l’odeur des corps fumants
m’est intime l’annulation des simulacres
les collisions, les répulsions, les fusions
les ecchymoses, les brûlures, le zéro absolu
l’abolition des distances de sécurité,
m’est intime la plainte des pare-chocs
des flaques balafrées
des fossés entaillés
l’appréhension directe du vide
et griller le feu nu, rougeoyant tout autour
Je suis à la recherche de la vérité
et la vérité est un acide universel
m’est intime le cri des lignes de fuite
des oiseaux paratonnerres
des escaliers de foudre jusqu’à l’ozone
m’est intime l’apparition subite d’un lointain
lorsque les nuages sont de grandes montagnes sacrées
pourpres posées dans le soir
qu’on pourrait presque grimper
Je suis à la recherche de la vérité
et la vérité est un acide universel
m’est intime l’anéantissement pur
ma propre dissolution
de crustacé
dans la marée noire du vivant
m’est intime la refonte des masques écumeux
qui vampirisent mon souffle et mes rêves de lagon
approfondissent ma nausée de leur mépris de mouette
et boivent la poussière sur le cuticule de mon âme
Je suis à la recherche de la vérité
l’acide universel m’a rattrapé
Camille Berberian
Il faut surtout savoir se taire,
Ne rien dire, ne pas affronter
Les autres et bien se courber
Sous les regards autoritaires.
Il faut être discipliné
Sous les ordres des imbéciles
Et prendre son rang dans la file
De ceux qui sont bien ou mal nés.
La vie n’est qu’une parenthèse
Où l’on a mal dans tous ses joints.
Devant soi sont tracés des points
Qui n’offrent que bien peu de thèses.
Il faut subir les habitudes
Qui emprisonnent le désir.
Et, si l’on rêve de partir,
Le rêve passe devant l’étude.
Paul Gilles
Ma négresse a les yeux dorés.
Toute noire, je l’ai adorée
Au premier jour. Je la caresse,
Si elle veut bien, la tigresse.
Perchée tout en haut des livres
Ou bien couchée sur le tapis,
Elle me surveille, tapie,
Et son regard fixe m’enivre.
Elle guette aussi les oiseaux
Qui volètent près de mes vitres
Et, dans l’au-delà, font les pitres,
Déchirant l’air de leurs ciseaux.
Mina rend l’âge supportable
Au soir où je finis ma vie,
Griffonnant ces mots sur ma table.
Malgré ses griffes, je l’envie.
( Suresnes, le 12 décembre 2008 )
Paul Gilles
Recueil d’aphorismes douteux
Je pourrais écrire la vie de chacune des pompes que je fais, avant et après ma douche. Décrire la dureté de la cinquième, la libération de la dixième, le second souffle de la quinzième, chacune parle et raconte son propre et incomparable effort de vie ; de même, je pourrais passer ma vie à marcher sur un unique trottoir, aller du même épicier au même appartement, toujours par le même chemin, cela ne m’empêcherait pas d’écrire des centaines d’histoires différentes, car chacun de mes pas est d’une infinitésimale différence, une différence implacable et créatrice. Un éventail infini des possibles quantifiés se découvre, pour peu qu’on y prête le regard et l’attention ; rien ne peut mieux en moi produire l’étrange sudation de mes glandes artistiques, et lancer mes doigts mal dégrossis à l’assaut du clavier impassible. L’instant qui produit l’histoire n’est pas quantifiable en montre.
Du micro au macro, les dimensions restent finalement les même, car la barrière ultime reste l’infini.
Zo