September 1, 2008

Turpitudes d’un Saintongeais turlupiné

Catégorie: Chroniques gastronomiques — mis en ligne par carlotta @ 10:28 pm

L’avant-première

Il y a des soirs… me dis-je en pensant au titre du deuxième opus d’un chanteur de ma région natale qui me manque (la région bien sûr) …où ce n’est pas facile pour tout le monde me permets-je de compléter. Et en ces soirs de profonde solitude et de désarroi dignes d’un adolescent autrichien en pensionnat militaire, je prends la cagouille – mélancolique – par les cornes et m’oblige incontinent à sortir de mon terrier de neuf mètres carrés que je partage – aux dépens de ma santé mentale – avec un autochtone laconique et sa compagne qui manque d’éducation mais pas de pusillanimité.
Alors je me retrouve sur les grands boulevards à marcher le long des échoppes et des bouges qui me baignent et me bercent de leurs effluves âcres, chargés de nicotine et de la lumière glauque et scintillante de leurs néons chamarrés. Je pense au héros de Taxi Driver dont le nom me reviendra plus tard et me sens l’envie d’acquérir une paire de bottes en croco si l’occasion se présente.
Mais pour l’heure, je concentre toute mon attention à détecter, parmi la charge des vapeurs de fromages et saucisses frites, une exhalaison de sauce aigre-douce. Ce soir, c’est chinois ! J’aime aller dîner – seul ou accompagné – dans les restaurants chinois ( entendez « chinois » comme un terme générique regroupant toutes ces provinces d’Extrême-Orient aux dialectes aussi exotiques que variés, au tourisme bon marché et à la fécondité restreinte ). Ces pays reflètent généralement une image fidèle des cultures qu’ils investissent.
Dans le mien, celui que je choisis ce soir, il y a un écran plat géantissime où l’on passe des rediffusions de matchs de tennis, et une chaîne hi-fi que je ne peux voir, probablement retirée dans un coin de la cuisine, qui diffuse de la techno au rythme peu entraînant. Mais tous ces détails ne compensent guère le choc culturel imposé par la décoration traditionnelle, en vermillon et bleu nacré.
Aussi, j’ai horreur d’avoir l’air d’un touriste – comme bien des gens voyageant à l’étranger – et me précipite donc vers une table avec autant d’assurance que si j’y avais vu mon nom, mention « réservé », avant que l’on n’estime nécessaire de me prendre en main.
Acclimaté et installé, grand seigneur, je contemple la salle avant de commander un rouleau de printemps et des crevettes au curry. Le rouleau, c’est par gourmandise car je n’ai pas si faim que ça. Mais j’en savoure déjà la fraîcheur des feuilles de menthe. Comme je le disais, ce type d’établissement s’adapte très bien aux pays qu’ils colonisent insidieusement. Un peu à la manière des Mcdonald’s qui proposent des fish and chips en Angleterre, de la bière en France et en Allemagne, et dissimulent le jus de viande de vache dans le ketchup en Inde. De la même manière donc, le rouleau de printemps en Tchéquie est servi frit ! sur un mince et délicat revêtement d’huile encore bouillante. Je commençais – à peine – à regretter.
J’écluse ce hors d’oeuvre avec l’habileté nécessaire pour ne pas me brûler ni me tacher ( je remarque au passage qu’il n’y a pas de baguettes ! ), avec un bon demi demi-litre de bière. Et attends patiemment la suite.
A cette heure, je misais tout sur le plat principal, sachant que je ne demanderai pas la carte des desserts. Et me fis cette réflexion : « Dans un pays où l’on boit un demi litre de bière en apéro et un autre en mangeant, et l’on se fait servir par des gens qui ont le sens de l’économie, je vais être lésé sur les quantités, ça ne va pas faire un pli. Je me serai rincé la dalle une fois de plus mais en sortant j’aurai les crocs (cf. voir ci-dessus l’autre chaîne de restauration rapide mentionnée). »
La serveuse arrive avec mon plat – garni ! – et s’enfuit aussitôt après l’avoir soigneusement déposé, comme pour ne pas insister sur l’erreur de mon jugement hâtif. Je me débarrasse rapidement des crevettes et demande l’addition – le temps presse car je ne veux pas arriver en retard au cinéma, c’est une avant-première et j’aime profiter des bandes annonces. La personne qui s’occupe de moi depuis le début de la soirée me rend la monnaie en étalant les billets en éventail avec une vulgarité qui chez eux doit susciter le respect. Je range le tout et, là-dessus, apparaît une autre femme encore plus petite, qui dépose solennellement devant moi un petit verre. Un digestif ! A l’œil ! Chic ! C’est une espèce de vin cuit. Un Porto peut être… ou bien, non, un Ambassadeur. Hé bien moi, en tant qu’ambassadeur de la Saintonge, j’aurais préféré un Pineau.
Je lève le coude d’un geste sec, et sors. Me voilà dans la rue. Dans quelques minutes, j’ai rendez-vous avec ma nostalgique et prime jeunesse, figurée en la personne de John Rambo.
J’aurais bien pris des raviolis, mais je ne sais pas le dire en tchèque.

Cyril Gay

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March 3, 2008

- Eh bien, moi, je t’irai porter des confitures.

Catégorie: Chroniques gastronomiques — mis en ligne par carlotta @ 11:09 pm

« C’est l’histoire d’un Minc… »
« Alain Moinc » a toujours été malingre comme un singe. Fils d’un dentiste polonais (et le faiseur de plombs n’est jamais loin du plombier), né à Paris dans le XIXe, un arrondissement sans histoire et sans horizon, Alain Minc a toujours dû créer des digues pour pouvoir vivre. Sourire de crooner et gueule cassée à la Sinatra, ce fin lettré est drôle, érudit, prompt à l’autocritique, aussi à l’aise chez Thierry Ardisson que chez Jacques Julliard, et surtout, il ne se prend jamais au sérieux. Les affaires sont pour lui, dit son ami Vincent Bolloré, comme un « Monopoly » : « ce n’est pas la vraie vie. » (L.Mauduit, Petits conseils)
« Je ne sais pas si les marchés pensent juste mais je sais qu’on ne peut pas penser contre les marchés. Je suis comme un paysan qui n’aime pas la grêle, mais qui vit avec. » Philosophe toujours maintenu à l’écart des cercles intellectuels qu’il rêvait d’intégrer, Minc s’est construit dans la finance : dans la vie, il n’a jamais eu les jetons (sauf les jetons de présence). Major de la promotion Blum à l’ENA, loin devant Martine Aubry et Pascal Lamy, « libéral » et « de gauche » vingt ans avant tout le monde, il a souffert de l’étroitesse intellectuelle de son époque. Le Midas du conseil aux entreprises, pigiste précaire en équilibre entre deux conseils d’administration, est un visionnaire, crucifié par la gauche (sa famille), toujours suspect aux yeux de la droite (sa patrie).
En 2001, la puissance accordée par Minc à l’imaginaire se voit déniée par un tribunal : le biographe de Spinoza a recopié chez autrui une recette imaginaire de confiture de rose censée guérir Spinoza. La confiture de rose, un « plagiat servile » ? De quoi vous dégoûter du rêve à jamais. Aujourd’hui, l’ingratitude des rédacteurs du Monde, qui font fi de son capital social et de sa notoriété en lui montrant la sortie, dit bien la pente désastreuse que suit le quotidien crépusculaire : au Conseil de surveillance, il a encaissé les coups pour tout le monde et mis sa fierté sous lui pour rameuter des milliards au portefeuille. Sans Minc, l’élite se délite.
Accusé de plagiat par des gratte-papier sans notoriété, d’omniprésence médiatique par des journaleux sans charisme, de conflits d’intérêt par des losers désavoués, Minc est en butte aux mauvais esprits et à la mauvaise fortune du sort. On a beau être philosophe, voir sa vie et son œuvre niées par des gagne-petit n’est pas facile. Seules quelques amitiés choisies avec les mécènes de notre temps, grâce auxquels il parfait sa culture artistique, lui donnent la force de lutter dans un monde aussi hostile. Et pour quelques conseils opportuns, on le chicane, on le conspue, on le cloue. Minc est un acrobate et on n’aime pas les gens de cirque. Minc n’a pas de famille et on n’aime pas les outlaws. Minc reste dans l’ombre et on n’aime pas les éminences grises.

Jean Aubert

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October 3, 2005

On dit

Catégorie: Chroniques gastronomiques — mis en ligne par carlotta @ 6:46 am

Selon O., mon voisin en classe de terminale, les conscrits en charge des conserves alimentaires de l’armée pissaient dans les petits pois avant la stérilisation.
Selon R., qui l’a lu dans la presse, l’analyse biologique d’une coupelle de cacahuètes proposées à la consommation sur le comptoir d’un pub en Irlande a révélé la présence d’une cinquantaine d’urines différentes.
Selon F., les services de l’hygiène ont détecté du foutre dans la composition de la sauce blanche des kebabs d’un établissement sétois (ou des environs, je ne me souviens plus précisément).
Selon B. qui y a fait ses études, deux établissements de Clermont Ferrand avaient réputation, l’un de servir des nuggets dans la composition desquels entraient des os de rats broyés ; l’autre de proposer, à la place de viande d’agneau, de la viande de labrador.

Cha

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September 5, 2005

Autobiographie à l’aubergine

Catégorie: Chroniques gastronomiques — mis en ligne par carlotta @ 4:29 am

En plan devant les travées de légumes, je reste un certain temps dubitatif : c’est la première fois que je me trouve en présence d’une aubergine, ou tout du moins que j’en prends conscience. Vers quel étal me portera ma main ? Pour quel légume opter ? Refermant la main sur l’objet le plus manifestement proche de l’idée préconçue que je m’en suis fait dans mes rêves, je suis saisi : c’est la chair faite légume. Sa contexture hybride entre le concombre et le caoutchouc, sa forme caractéristique, sa couleur spécifique… La palper procure d’étranges sensations. 1) S’assurer que c’est bien une aubergine. Il serait mal venu de cuisiner une tatin aux aubergines avec des poivrons ou des courgettes (quoique). 2) En apprécier la forme, le galbe, le gabarit. 3) Réfléchir aux mutations décisives introduites par l’entrée d’une aubergine dans ma vie.
Elle a la forme d’une roquette, la forme fuselée d’un projectile gâtant d’avance ma cuisine. Quelle anatomie ! Ce bout de végétation, pudique cache-sexe dont je ne saurai jamais si je dois l’enlever à l’heure de la préparation, ou si ce n’est pas, comme dans l’asperge, la fraction la meilleure ! L’autre extrémité est plus contondante, ce qui me rappelle une chanson de Boby Lapointe et me fait penser que là réside peut-être le noyau. C’est un légume science-fictionnel… La chair ne peut plus se décoller de mes doigts : ce succube aura ma peau. Inodore, il cèle le venin qu’il dégagera tout à l’heure à plein car je connais peu de légumes à l’odeur aussi entêtante. Volontiers, j’enfoncerais dans cette chair mon nez, mes joues, mon menton, ma bouche… pour résoudre l’énigme et m’assurer que je tiens là le légume convenu. Elle a la forme d’un baleineau, d’une orque. Je la tiens en main comme un eustache découpant les chairs des invités à leur dernier repas. Ce lilas foncé sombre comme la mort… C’est un légume macabre, un légume de tueurs : n’en fait-on pas du caviar ? Elle a la forme d’un ballon de football américain, d’une corne de brume. Elle me met en rage car elle ne prend pas l’empreinte de mes doigts. Trop lisse, trop grasse, trop épaisse… Les mystères des sciences naturelles m’ayant toujours plongé dans des abymes de non-conformisme et n’ayant jamais résolu mes problèmes oedipiens avec les généalogies légumières, je voudrais percer les liens sacrés qui unissent la courgette au concombre, l’avocat au poivron, l’endive au salsifis… Mais cette zone d’ombre paralyse ma jugeotte et tout instinct de consommateur. Comme la lumière, sa carnation fascine mon regard, maintenant franchement malsain. (…)

Jean Auber

Aubergine.JPG

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June 6, 2005

Couleur cacao

Catégorie: Chroniques gastronomiques — mis en ligne par carlotta @ 12:09 pm

A M. Benoît Virot

Saisir la boite qui se cale dans la paume rafraîchie par le métal peint, l’autre main se fermant sur le haut du cylindre.
Moyennant une rotation légère et opposée des poignets et un éloignement des mains, ôter le couvercle.
L’odeur riche et âcre assaille les narines et les enchante.
La trace de l’opercule découpé reste visible (et il faudrait restituer ce que fut cette découpe au moyen d’un couteau utilisé comme ouvre-boîte, avec le même geste qui enfonce et remonte et recommence en tournant, avec le bruit métal contre métal de la déchirure opérée).
Au dessous, la poudre, de sa riche couleur cacao, laisse sur les bords dévoilés un film irrégulier et mat.
Légère, si fine, compacte. Surface inégale de faux petits cailloux que la cuiller défait. Léger crissement lorsqu’elle s’enfonce, et qu’on tourne pour qu’elle rapporte la petite montagne qui la comble.
Pâte délicieuse lorsqu’avec quelques gouttes de lait froid et des morceaux de sucre, la poudre est mélangée jusqu’à en être lisse, brillante, égale. Il suffit d’y verser du lait très chaud pour obtenir une tasse mousseuse de chocolat délicieux (je le sais, je viens d’en faire l’exercice).

Cha

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October 4, 2004

« Les terrasses de la mère Poulard »

Catégorie: Chroniques gastronomiques — mis en ligne par carlotta @ 2:32 pm

Le Mont Saint Michel

Tout le monde a entendu parler du restaurant de la mère Poulard du Mont Saint Michel. Au fil des années, il est devenu un restaurant « haut de gamme », dont les prix sont dissuasifs pour la très grande majorité des millions de visiteurs. Alors pour récupérer une partie de cette clientèle, les exploitants du nom magique, après l’avoir décliné en produits dérivés (biscuits, confitures etc…), ont ouvert un autre établissement : « Les terrasses de la mère Poulard. »
Le concept « marketing » parait bien pensé, et la carte réduite fait penser aux brasseries parisiennes des frères Blancs.
Le Mont attire tellement de monde que le remplissage des salles se fait sans effort, et c’est sans doute une des raisons de la baisse du niveau général du service et de la qualité.
Le 11 septembre 2004, pour une addition de 126 euros (826, 51 des francs de l’an 2000, ref : #7945 22H15 caiss00002 facture N° 2936), quatre personnes ont « mangé » et bu :
Une demi bouteille de bourgogne aligoté servie tiède ; deux demi bouteilles d’eau minérale (rien à dire) ; une salade de tomate (la quantité nous oblige à enlever le pluriel), mozzarella, basilic où le fromage italien est devenu jaune et sec et le basilic est devenu ciboulette ; les huîtres normandes (6) qui ont été ouvertes par un(e) gougnafier qui doit aimer manger du calcaire ; une entrecôte de 3 mm d’épaisseur, nerveuse à souhait ; un duo de poissons présenté dans une sauce figée nettement inférieure en qualité au surgelé Picard et accompagné d’une crevette en papier mâché ; un gigot d’agneau de Nouvelle-Zélande présenté comme produit local. Ont échappé au massacre : les frites que mes adolescents ont jugées « aussi bonnes qu’à la cantine », la tarte aux pommes avalée si vite par les mêmes (ils avaient faim) que nous n’avons pas eu le temps de l’évaluer, et une petite timbale de légumes la taille d’un petit ramequin.
Par charité je ne dirai rien du service, mais surtout rien de l’omelette qui fit la réputation de la femme qui donna son nom à ces terrasses que je propose de référencer dans un guide pour touristes gastronomes de deux flèches jaunes : à éviter absolument.

RS

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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