November 7, 2005

Diapason Chapitre 11

Catégorie: Diapason — mis en ligne par carlotta @ 9:51 am

Mes démons sont légions, satyres muses et faunes, ils louvoient, obliquent, conquièrent miettes à miettes ce que je ne défends plus. Quels que soit leurs noms et génériques, ils sont bien là.
Face à moi.
J’aime ma femme pour ce qu’elle n’est pas, et Sam, pour ce qu’elle ne sera jamais.
Et le désert de bord de mer pour vous deux.
Sam, qui appelait mes mains, et ma femme, partie sous les coups.
Le désert, et le bord de mer.

Mais après tout – maintenant je peux le dire : Sam n’existe pas, n’est ce pas ? Ou alors dans mes rêves, ou alors c’est un anagramme, une déformation fantoche…
C’est elle, pour toutes les autres, c’est elle, pour moi. Elle ne m’a jamais quitté, je ne suis jamais parti, nous ne nous sommes jamais aimés comme dans mes rêves, parce qu’après tout ce ne sont que des rêves et certainement pas de l’amour ; elle a tous les visages, toutes les facettes de mon imagination, non parce qu’elle m’habite mais parce que je la possède, fantasme crée par mes couilles juteuses, et mon cerveau trop en phase avec elles. Elle est la synthèse de mon manque, girouette, symptôme et paradis. J’aurais pu tomber dans des obsessions bien plus crasses et vulgaires, et des amalgames plus paisibles, mais non, il a fallut que je me consume en drogues romanesques.
Sam. Toujours plus.

Devant moi les nuages du soir, blanchis par le soleil d’automne, attendent de cramoisir en s’étiolant ; l’écume effervescente vomit aux cieux les prochaines pluies, et les vagues sans localisation, souffle tiède, chatouillent mes pieds. Devant moi.
Quoi que je puisse savoir de moi je le saurai ici, bientôt, car ces escaliers ne vont que vers là-bas.

Le sable, le désert, l’océan, pour bien me refléter.
Je m’enfonce toujours, mais dans un tel fantasme de plénitude que c’en est enivrant, et presque serein, bien comme il faut dans ces « occasions ».
Puis-je contempler autre chose que moi, ici, dans vos yeux ou dans les flots ? A voir…

Parler, sortir ces phrases incantatoires de ma tête - mais sont-elles incantatoires uniquement parce qu’elles sont dans ma tête ? Ou étant évidemment le seul à les entendre je leur prête mille talents illusoires ? Ou bien marchent-elles un peu, vraiment ? Et puis quoi ?
Ce ne sont pas des voix, mais juste des phrases qui défilent les unes après les autres sans arrêt dans ma tête ; elles font seulement de brèves pauses - que je les force à prendre, pour les parler, les éjecter, et m’en souvenir un peu.
Alors je parle, mes mots sans voix sont avalés par les embruns et la nuit qui chuchote, crapoteux, mes pieds eux aussi s’enfoncent, mangés par le sable et la vase ; j’entends un orgue par-dessus les vagues sonner un vain tocsin, cent touches frappées à l’horizon, mille tuyaux d’airain vibrer sous la croûte mouvante du sol, et grimper, accompagnant le ballet de la marée tout autour de moi : ce n’est plus un appel au secours, mais un salut, et un adieu.
Je m’enfonce, dans une bouche juteuse et gigantesque, une langue de 360° me suce, m’aspire.
J’ouvre les bras, mais ne saurais dire si mes yeux sont ouverts, je gratte l’Aleph perché sur mon front, et crache le Verbe de ma bouche.
Aucune force ni contrainte, si ce n’est celle du temps - qu’on est pas encore assez costaud pour combattre - plus aucun poids, ni pesanteur, ni même de mémoire trahie d’amertume, plus rien, plus rien que le vent qui mêle le sable aux gouttes comme mille perles dansant la tarentelle autour de moi.
Je ne sais plus si je parle, mais je sais enfin que je n’ai plus rien à dire.

FIN

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October 3, 2005

Diapason Chapitre 10

Catégorie: Diapason — mis en ligne par carlotta @ 6:44 am

Il fait jour.
J’ai rêvé que j’avais des araignées dans les yeux, et elles y plantaient leurs mollets au galbe d’insectes parfaits.

Quelqu’un chez moi. Plusieurs personnes en fait, je sens l’odeur du café.
« …quelles différences valables entre la maladie et le tempérament ? »

Je vois ma bague, au bout de mon doigt, au bout de ma main, ma bague, ma main, au bout de mon bras, tendu, déplié, ma main au bout de mon bras déplié, déplié dans un visage, contact.
Dents contre phalanges, gencives contre peau, cartilages et croûtes, bris d’os. Je vois… mais est-ce que j’y suis ?
Une baffe dans la gueule, et je me réveille.
Du monde chez moi.
« Putain ! J’ai eu des nouvelles de ton taf ! Tu déconnes grave ! Tu ne leur donnes plus de nouvelles ?
Je sourit, prétentieux, saoul, j’essaye de les reconnaître, du monde chez moi, tout est toujours prévu, et tout va bien, je flotte, navigue entre des femmes qui me frôlent avec insistance et des garçons qui me droguent, tout va bien, presque mieux, je tâte le terrain…
Un verre de blanc, tous les culs sont confortables, pour qu’on s’y étale….
J’ai un champignon entre les jambes.

Je vois ma main, mes doigts énormes, congestionnés sur une peau marbrée et qui vire à l’écarlate de nuit, quoi ? Qu’est ce que je raconte ? « Écarlate de nuit » ? Je vois ma main, mes doigts, serrés sur une joue, et des cheveux.
Je prends un coup de pied dans le mollet.
« On y vas nous, tu viens ou pas ? »
Quoi ? Je ferme les yeux, plus personne, je vois, je vois ma femme hurler au bout de ma main.
La porte claque.
Toujours nuit. Est-ce encore la même ?

« Prendre les choses en main », comme si on voulait les rattraper, comme si naturellement elles devaient nous échapper, fuir, et motiver notre course constante, effrénée et débile, contre des évènements qui persistent à défiler à l’envers de nous.
Je dois prendre les choses en main, je n’ai pas encore trop mal au ventre pour faire de brefs comptes, chercher mes papiers, et jeter deux chemises au fond d’une sacoche ; j’ai assez de force pour tout cela, et claquer la porte derrière moi, bien heureux d’y laisser mes clefs ; j’ai toute la force nécessaire pour abandonner, le moment choisit ; et ce ne sera pas chez moi, non, ce sera loin de tout ça, de tout moi, mon odeur, mon haleine, ma poussière, loin de tout cela, face au vide virginal.
On verra bien quelle gueule je fais sans maquillage, quand il ne reste plus que des grimaces brutes et des nœuds de l’estomac au cœur.

Mais, après tout, est-ce que je ne pars pas te retrouver, lorsque je prétexte te fuir ?
J’étais normal avant toi, j’avais une fréquence convenable. C’est un peu lorsqu’on goutte à la drogue, ou à toute chose libératrice, on en garde en soi l’aura persistante, en sommeil peut-être, mais jamais complètement éteinte. Ton souvenir est comme la mémoire de l’eau, impossible à diluer, coûte que coûte, tu restes sous formes de traces, et moi le stigmate errant de tes visites.
Alors une dernière confrontation, voir ce qu’il reste de toi quand il ne reste rien de moi.

Dernier round.
(Est-on obligé de s’être rendu dans un lieu pour en avoir des souvenirs, ou, comme le disait Fernando Pessoa : « seule une extrême faiblesse de l’imagination oblige à se déplacer pour sentir. »
Le monde n’est pas à moi, mais en moi.)

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September 5, 2005

Diapason Chapitre 9

Catégorie: Diapason — mis en ligne par carlotta @ 4:17 am

Messages de ma femme. Une autre douche.
Nous sommes mardi, il est pas loin de 18H, j’écoute sa voix travaillée dans l’angoisse, et ses multiples griefs énumérés au longs de dix-huit messages, sur une durée de 45 minutes. Elle ne sait pas où elle en est, tu parles ! elle devrait me comprendre alors et arrêter de s’en plaindre !
On ne parle encore que de moi, j’ai mal au ventre, je crois que je vais vomir mon jus d’orange.
Effectivement.
Une bière après j’efface tous les messages, les insultes, les menaces, les constats, les cris et les silences, tous. Puis une autre bière.
Je connais ma route, elle est toute droite.
Jusqu’à toi, où elle explose en multiples gerbes plus ou moins dignes.
Rien ne sert de t’oublier. Puisque tu es là. Minutes après minutes, tu es bien quelque part, puisque tu es partout dans mes yeux.
Je débranche le téléphone…

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August 1, 2005

Diapason Chapitre 8

Catégorie: Diapason — mis en ligne par carlotta @ 1:18 am

J’ai peur des atomes. Elles se glissent trop bien entre mes paupières et mon imagination. Ce sont des grains de sables dans ma machine.
Je sors donc, pour les échanger avec d’autres.
Des dizaines et des dizaines de connasses se bourrent de salades, alignées en rangs d’oignons sur les trottoirs des faubourgs, l’été indien, encore, pollution bien de chez nous. J’ai chaud, affreusement chaud, et je me sens misérable, aussi, affreusement misérable, vétuste, et hors de moi.
M’asseoir ?
Un banc, un de ses nouveaux bancs modernes où on ne peut pas s’allonger, mais juste se faire mal aux fesses quelques minutes avant de repartir au turbin. Je m’y assois, glisse, me rassois, je ne me sens pas très élégant, les éléments sont contre moi. J’essaye pourtant.
Je tiens, victoire.
Les rues glissent comme en 3D promo d’archi, et les jambes des femmes luisent, grasses ou hâlées, leurs gros culs moulés dans des jeans avec des flèches délavés sur les fesses, ou des treillis taille basse, cheveux courts, bruns, en bataille millimétrée, ventres plats et obscènes, et des blondes, partout, c’est l’invasion viking, et des femmes ovales, « auburn » puisqu’on ne fait plus roux, ou brunes et bleues, fleurant « le poivre tiède de leurs jupes sales » le long des bouges sans nom qui grillagent les quartiers chics, ou le parfum de contrefaçon lorsqu’elles tapinent aux pieds des banques dorées qui clôturent les bidons-cités, je vois des centaines de femmes partout, elles pourraient toutes être à moi, un instant, au moins ; et me prendre plus que m’appartenir.
Quelques secondes plus loin elles ont toutes irrémédiablement le même visage, mi-flou mi-accusateur.

Après un nouveau cachet blanc je leur souris, le soleil tape toujours aussi dur, d’une épaule à l’autre, et pas du tout amical. Je choisis l’ombre. Je n’ai pas la tête très dure.
Je rejoins l’ombre lambrissée et rafraîchissante d’un rade obscur : pas de touristes, pas de costards ni de saletés de connasses bio, non, un cheminot en apparat fluo, deux ouvriers rouges comme le sang, deux blacks au turf : mon élément, ma fratrie ici plus que partout ailleurs.
Baby J&B, fois deux…. et des jumeaux garçons !… rires… confesser l’orpheline… ha ! ha ! ha !… non je ne joue jamais… et la famille nombreuse ? taulier !… c’est pour moi… pour moi… pour moi…
Il fait encore nuit quand je sors du bar, ma parole, il fait tout le temps nuit dans ce putain de pays !
Je vois maintenant les atomes comme des lucioles autour de moi, et, sur le long chemin du retour, elles ne sont plus effrayantes du tout.

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July 4, 2005

Diapason Chapitre 7

Catégorie: Diapason — mis en ligne par carlotta @ 12:19 am

Il est chez moi. J’ai oublié son nom, à peine eu le temps de cracher ma nuit dans l’évier avant qu’il re-sonne à la porte. Un appareil photo à récupérer ? chez moi ? mais où ? café ? pèt ? tu es sûr ? l’appareil ? mon bureau…
Mon bureau, en fait une demi-pièce, un angle de mur, décoré de tables Ikea noires plaquées aux murs et de photos surexposées comme des fenêtres d’été. Des mots griffonnés au marqueur rouge.
L’appareil ? Oui, il doit être là, bien sûr. Une bière ?
Angelo, bien sûr… Enchanté, je ne trouve plus ton appareil, une bière ?
Rendez-vous le soir même, il me reste la journée pour mettre la main sur le putain d’appareil photo, bien sûr.

Les femmes, c’est comme l’art : de jolies raisons de nous faire croire que la vie est belle, ou moche.
Selon les jours je pense de l’un à l’autre, ou les deux, ou rien, selon la grande exigence de T.S. Elliot qui veut qu’on puisse tout vouloir et penser en preuve de notre incroyable clairvoyance.
Mais l’existence, du premier cri au dernier râle, qu’est-ce ? si ce n’est une longue et mouvementée série d’opinions urticantes, variantes, inverses et définitives.
Il ne reste rien, car il n’y a rien d’autre, toujours, que soi-même et ses vains échos.
Et Angelo, sa tonsure de cadre moyen, son haleine fétide de dentifrice leader-price, sa chemise trop boutonnée, qu’est-ce ? Un maillon, juste un maillon, dont le nom comptera toujours moins que sa fonction, et sa promptitude plus que sa vivacité.
Alors cet appareil photo ? J’ai dû le vendre un jour ou j’étais pas assez saoul pour le casser, bien sûr.

Mon banquier.
Le futur président français déclarait hier que l’Etat était insondablement insolvable, mais que les Français n’étaient eux pas encore assez endettés, pas assez friands de crédits à la consommation ( malgré tous les instituts européens nous plaçant dans le trio de tête sur la même question ) alors ?
Je vais voir le banquier, je suis poli, j’aurais pu faire ça au téléphone, et gratos même.
Je me déplace. Me fais assez mal recevoir.

Je sors, cabine téléphonique, nouveau code de carte bleue, crédit sur six mois.
« La monotonie constitue la loi de la matière. »
Le soir, je donne 250 euros en billets de 50 à Angelo, il rechigne, il a amené une « amie » histoire de pas passer pour une racaille venue avec tout ses potes récupérer son matos, sa copine est moche, elle a une bouche affreuse dont seule la lèvre inférieure bouge lorsqu’elle parle, mais joliment moche, hanche large, gros seins, bras velus, cheveux n’importe comment, je suis sûr que sans ses lunettes elle serait acceptable, mean baisable.
Mais je vois dans les yeux du brun qu’il a prévu tout cela : ma crampe, le liquide, l’appareil « égaré pour l’instant », il a tout prévu, et moins d’une bière plus tard ils sont partis ; il la caresse en partant, pour les « intérêts » me fait-t-il comprendre en souriant. Crétin.
Je bande. Il faut que je sorte. Et plus loin que derrière mon écran.
Mais de l’autre coté du miroir, tralala lala….

Remontée de taz, vomissements, chiasse sans nom, chemin de croix du lit au chiotte, à genoux, j’ai même la prétention d’en rire. Je me réveille, il fait jour, chaud, des griffes de soleil dessinées sur le ventre, rougeoyantes, pleine journée. Du vomi à coté de moi, un vieux jazz résonne, un putain d’arpège débile au piano, qui se répète, qui se répète, contre mes tempes. Je vomis encore, une flaque nouvelle dans celle toute sèche d’hier, « belle arabesque » avant que je m’effondre le front dedans en éclaboussant les draps.
Il fait nuit, puis il fait jour de nouveau.
On tape à ma porte comme dans ma poitrine, mais je ne réponds pas. Presque plus.
Une odeur de merde partout, sur mes doigts, mes yeux, mes mains, mon torse, mon cul.
Une odeur de merde, et d’autres choses toutes aussi dégueulasses.
Il fait nuit sous la douche.

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June 6, 2005

Diapason Chapitre 6

Catégorie: Diapason — mis en ligne par carlotta @ 12:07 pm

A quoi bon ? A quoi mal ?
Mon propre principe anthropique s’amenuise, j’ai de moins en moins conscience de moi, ou trop, jusqu’à exploser tellement il n’y a rien d’autre, tellement je ne vois rien d’autre déborder dans le miroir, pareil pour les caniveaux dans la rue, rien d’autre ne déborde que moi.
Aujourd’hui un « dirigeant », premier des ministres du pays je crois, un gars qui finira au moins Roi du Mexique vu la carrure du type, vient de défiler à la tribune de son parti politique pour haranguer solennellement les foules amassées sous ses pieds tels des figurants pour la télévision, et les seriner un long quart d’heure sur le sacro-saint principe de fidélité ; on croirait qu’il parle à l’opposition, mais non, c’est à ses sbires qu’il cause, sérieux comme un ministre justiciable, il cause du respect, et de la fidélité à avoir entre eux, comme si de rien n’était, comme si tout était normal, plus vraiment comme avant ou comme on imaginait avant, mais toujours normal.
Il est aujourd’hui normal qu’un dirigeant vienne motiver ses propres troupes sur le thème de la fidélité, c’est normal, comme ça maintenant. Bon, la télé ne me réussit pas.

Dehors, été indien, pollution bien de chez nous.

Je pars faire la guerre à ma santé.
A ma gauche quatre hommes en bombers-cuirs parlent de descendre à Marseille en Mitsubishi, tout en ouvrant une deuxième bouteille de champagne spécial 45 euro, à ma droite un cadre supérieur d’1m86, long imper beige sur costard rayé noir, chemise rayé bleu, cravate rayée blanche, il joue au rapido, prend son dix huitième café de la journée, fume sa cinquante-sixième cigarette, et scrute l’écran faussement animé du jeu sans fond qui suce sa soirée, billet anonyme, billet de plus, dans la main du taulier, sous le comptoir, dans la secrète caisse aux billets.
Je commande un verre de blanc. Et en s’additionnant ils se floutent avec ravissement…

Il me reste quelques pièces en poche, elle valent plus qu’avant, mais toujours moins que rien.
Je dépense à la fois plus et moins, c’est pratiquement amusant ; jusqu’au moment ou je n’en ai plus, et tente d’en avoir à nouveau, mais non, la carte disparaît avec malice dans la gueule du distributeur ; vain défi, vain courage, je rentre chez moi, pas mieux.

Elle est un poster sous mes yeux, la sonnerie du téléphone, le bruit de la douche et le goût des fraises, elle est une trace de cendre à coté du cendrier, et un tee-shirt en boule sous le lavabo de la salle de bain, elle est le silence dans la nuit, le réveil acide du matin.

Je dors aussi mal que longtemps…

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May 2, 2005

Diapason Chapitre 5

Catégorie: Diapason — mis en ligne par carlotta @ 9:52 am

Un mur de guitares électriques, la rue, elle est comme un mur de guitares électriques ; barbelé d’échoppes tranchés dans une lune glabre.
Milles étoiles, j’en mange quelques-unes.
Midi. Septembre brûlant. Une pinte de perrier-rondelle-avec-glaçons. Trois gorgées, trois explosions, je m’agrippe à la table. Mon ventre travaille, mes mains cramponnées à l’alu de la table travaillent aussi, mes paupières, pour ne pas s’exactement fermer, mes jambes, à trembler, tout travaille, puis passe, mon œsophage se réchauffe, mes jambes suent, mes yeux piquent et la vie reprend.
Le soleil, pas très loin. J’attends l’happy-hour à la même table. Puis le soir, qui bascule aux bouts des rues penchées, puis les lampadaires, qui éteignent les étoiles, mon temps est finit.
« Les avions passent dans le ciel faisant mine de ne pas m’apercevoir. »
Levé, presque debout, tout est absolument et obligatoirement admirable, comme dirait Hegel, ou mon banquier, mais nécessairement quelqu’un de sérieux…
Mon banquier…il m’avait parlé, parlé d’argent, je me souviens, dans mon salon, il y a peu.

Rentré. Répondeur. Monsieur banque rouspète au combiné sur un accord passé soi-disant « brisé entre nous », et sur d’« inexplicables » retraits de carte bleue au Maroc, et sur d’autres choses que j’ai le temps d’effacer de la bande de la machine. Il veut me voir. Comme tout les autres. Lui ou un autre…

J’allais finir au rouge, et puis non, surprise, demi-taz retrouvé au fond d’une poche de jean.
Underworld !
Dans mon miroir ils sont plusieurs à sourire, dans la télévision en couleur, mire et barreaux, bien alignés, dans mon dos, et la phrase continue tant qu’on le désire (…)

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April 4, 2005

Diapason Chapitre 4

Catégorie: Diapason — mis en ligne par carlotta @ 11:56 am

La drogue, et ce qu’elle raconte :
Mon plan parfait :
Marseille, Messine, et puis quoi… Aden ? Le ventre de l’Arabie ?
Strasbourg-Saint-Denis…Je suis presque parti. La drogue, l’alcool, c’est déjà un voyage…
J’aimerais me dire que des « femmes de ma vie », il y en a partout où je vais, plus qu’à chercher…elles pourraient toutes être à moi, filles de joie, d’amour et de feu… j’adore les femmes qui ont gardé leur voix d’enfant… à travers leurs rides, et les épluchures matinales de fard caillé, lorsque leurs lèvres douces ou invisibles crachent leur fluet chapelet de mots trop aigus…
Plus tard, la nuit, la télé m’allume, et éclaire le salon dans mon dos. Le sourire figé et stupide des éléphants de mer, les victimes de guerre, les nouvelles greffes de mâchoire et les bombes comme la gravité. La télé s’éteint sous mes yeux.
Mon plan est parfait. Je bois, je tombe. Exercice de perdition…
Mes mots rustinent mes rêves. Mes jambes n’en font qu’à leur tête.
Barcelone, garnisons, femmes en robes qui dansent entre mes paupières.
La drogue veux tout savoir. Maîtresse ou maquerelle, elle veux tout savoir, connaître chacun de mes mouvements d’âmes et de poings, tout savoir, effroyable mante calculatrice.
Plusieurs jours ainsi, nous conversons, bien plus qu’un week-end.
Avec ou sans frange, de plusieurs voix, certitudes assurées.
Son nom reste le même.
200 cadavres d’enfants russes me réveillent, et attirent mon regard hors du vortex.

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March 7, 2005

Diapason Chapitre 3

Catégorie: Diapason — mis en ligne par carlotta @ 3:06 pm

Du monde chez moi, elle avait des collants rouges et des sabots cloutés, des sourires qui trinquent, des cheveux châtain très bouclés, du Monbazillac en verre à pied, signe d’élévation sociale et fini les verres moutarde, elle sentait la vanille numéro 5, des fesses lourdes sans être molles, mais grasses, débordantes le longs des coutures vicieuses du jean, je souris, nous trinquons encore, finement cambrée, avec la série de monde chez moi : une mince, une insignifiante, une névrosée, autant et plus de sourires, nous nous sommes croisés, et dans tes yeux j’ai senti ton désir au diapason du mien.
Je ne me souviens pas avec laquelle j’ai baisé cette nuit là, mais je me souviens de comment je l’appelais.
J’aime avoir la queue vide pour écrire…
« La vie, vu la gueule du bien qu’elle nous fait, j’attends qu’elle me fasse du mal ! » Il tape sur mon épaule, parle de torture localisée, de Valium et de princes noirs, Aleph ?, ses copines sont parties, « Melmoth, Woland, ou Héliogabale, aux pieds plats ils trébuchent aisément… »
On a parlé de cinétique sociale, et de chance, qu’on use que si on ne s’en sert pas.
Elle a les cheveux bruns et fins, une frange très haute au-dessus de fins sourcils harmonieusement dessinés, des yeux en amandes bleues, des lèvres rouges comme la nuit, ou un couteau. Ou pas.

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February 7, 2005

Diapason Chapitre 2

Catégorie: Diapason — mis en ligne par carlotta @ 2:16 pm

Je me souviens de mes rêves avec plus de netteté que la soirée de la veille, et ce matin, encore hébété d’alcool mon reflet trouve cela très drôle dans la glace, alors que ma tête fulmine. Quel jour ?!… Une logique impardonnable veut que je travaille certains jours, peut être aujourd’hui…
Un pèt de weed. Mes idées à défaut de revenir à leur place se calment un peu, nous sommes vendredi, nouveau pèt de célébration, carton, roulage, une trace d’écriture sur mon filtre, l’écriture de ma femme. Je disparais dans la tasse ovale et brune du fauteuil.

J’ai rêvé de ma femme, mais elle était mongole, ou attardée, ce qu’on veux ; je la baisais, elle et d’autres femmes, et elle souriait avec moi.
Mais d’hier soir je ne me souviens pas, juste un nom, qui résonne. Tam-sam.

J’allume mon téléphone, cherche un contact. Ma femme, encore, « j’ai été bruyant cette nuit en rentrant », j’ai dit des « choses », elle part, m’insulte, « elle part ». Aucun souvenir, j’écrase le pèt.

La pluie a lessivé les trottoirs, mais il fait beau maintenant, le soleil brille même avec ardeur le bitume gras et luisant, je trouve tout cet arrangement très « charming », style Doisneau en couleurs vives, et choisis une jolie terrasse fleurie.
Il est midi, je dois manger. Je mange. Une espèce de carton j’en suis sûr, de celle qu’on rend comestible, ou pire, de la viande aromatisée carton, mais j’en suis sûr, c’est du carton. Et du carton pas dégueu du tout finalement, je sauce le carton en trinquant avec mon pichet de rouge.
Je me souviens à peine de mon dernier pèt et qu’on est vendredi.
Téléphones, sourires, téléphone, phrases, re-phrases, informations, épelées, rendez-vous, ce soir, il faut que je m’en souvienne.
Je rentre, et je dors, et me souviens avoir fait l’amour à ma femme, la nuit dernière.

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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