July 2, 2007

Jérusalem mon amour (3/3)

Catégorie: Chroniques de guerre — mis en ligne par carlotta @ 11:06 am

Lorsque j’ouvre les yeux, le blanc mat des murs démaillé me fait l’effet de me réveiller dans une pièce capitonnée, mais il n’en n’est rien. C’est une chambre d’hôpital bruyante, encombrée, fissurée, quelque part en Israël. Deux infirmières grassouillettes tournoient entre les lits en quinconce, tourbillons gazeux décochant mille caresses inachevées.

Mon épaule sanglée pèse une tonne, une tonne de douleur brute, mes yeux en clignant torturent la plaie aux nerfs déchaînés, je vois l’ange rouge à travers les bandages grossir, s’envoler vers moi, prêt à m’avaler tout entier. J’incline ma tête sur la droite. Mes yeux glissent dans l’encadrement de la porte, perdent leur équilibre et tombent à la renverse sur le carrelage turquoise.

L’ombre du couloir les absorbe, et alors je perds connaissance.

Je n’ai jamais été heureux avec ma femme. Elle non plus n’a jamais été heureuse avec moi.

Nous nous entendions bien, à défaut de nous aimer de toute notre âme ; et dans la nasse des solitudes urbaines, se correspondre suffisamment pour partager sa solitude avec un(e) autre est un bienfait non négligeable. D’un accord commun, tacites vœux échangés sur la moiteur froissée de l’oreiller, nous avons décidé de passer notre vie ensemble ; pour ce que ça veux dire… Nous ne serions jamais passionnés, sans fougue, mais avec du caractère, sans véritable amour mais tellement complices que le recours à l’autre serait le moindre des maux promis par la société moderne. Alors nous nous sommes mariés, nous avons emménagé, fait des enfants, dans une indifférence totale. Même si c’est triste à dire, au fond, rien n’est plus interchangeable que l’amour. Nous maquillons une entente ponctuelle en serments éternels. Nos goûts décoratifs et culinaires s’entendent bien, nous sommes de bons parents, et par une concomitance de caractère rare nous offrons au monde gris et esseulé l’image parfaite du bonheur à deux. Un peu comme dans une chanson de Frank Sinatra, « love been good to me », par exemple, mélodie admirable, paroles touchantes, mais on sait tous que le bonhomme derrière le micro est totalement dépressif et camé.

Entre nous c’était une sorte de colocation familiale aux obligations lâches et évolutives, au plaisir garanti tant qu’il restait circonscrit aux inévitables joies communes : vacances, sexe, repas. On dit qu’éviter la facilité, c’est cela le plus difficile. Sûrement, mais moi je n’ai jamais tenté.

L’amour, c’est le seul endroit où le hasard fonctionne à la volonté, et la chance au pourboire. A l’abri des vents et des doutes, sous l’armature pratique du pragmatisme.

Je n’entends plus que des voix. Elles font vibrer la douleur intenable qui habite la moitié de mon corps. Le clapotis des semelles de crêpe sur la fine poussière médicale, amplifié par le jeu des tubes et des éprouvettes, ressemble aux circonvolutives percussions indiennes, ou à un numéro de claquettes hystériques, glissé juste contre mes oreilles, tapant, tapant, et tapant encore ; à ce son mes ongles se retournent ; mes poils fuient mes jambes ; mon sexe disparaît ; ma langue s’atrophie et glisse se cacher derrière une molaire. De mon cœur à mon poignet, la douleur parle et répond, comme un second cœur autonome à la volonté propre, à la volonté d’incarnation surpuissante. A la volonté inflexible de me briser tout entier.

Les voix parlent hébreux, les voix parlent d’un attentat à un check-point, de nombreux morts, de nombreux blessés, dont un français, dans cette chambre d’hôpital.

La douleur gagne son combat, je n’entends plus rien, m’efface comme l’homme invisible derrière ses bandages.

La réalité des rêves :

« Le mariage est un partenariat ».

Je ne la trompais pas, elle ne me trompait pas non plus, rien ne nous manquait finalement. On s’engraissait tour à tour, et par tous les trous. Nous n’étions plus dans un rôle, nous n’étions plus l’image d’Epinal du couple moderne et installé, mais son puissant symbole holographique. Et personne ne pouvait le percer.

On ne s’ennuyait pas violemment, la vie d’une maisonnée procurait bien assez de sujets de conversation à la journée. Le reste : une suite de réalités incestueuses qui se baisaient et s’imbriquaient, jusqu’à gommer tous les angles, et produire le monde le plus confortable et coulant possible. Un monde de recul.

Mais l’accident de voiture changea tout.

J’entends distinctement les voix maintenant. Elles parlent français. Elles parlent de ma fièvre. Tout le haut de mon corps est sanglé sur un lit orthopédique flambant neuf.

Je me souviens du morceau de métal jaillissant de sous mon omoplate gauche, rouge et bleu, de la route aussi, virage, de l’arbre, du pare-brise constellé et du trou béant au centre. Les infirmières parlent français, je l’entend les yeux fermés. Elles parlent français du sang sur le verre tout autour du trou. Elles parlent à ma femme, assise à coté de mon lit sous ma paupière gauche. Elles parlent ensemble du corps de ma fille retrouvé vingt cinq mètres plus loin dans un champ, tout brisé, tout petit, recroquevillé, après être passé par ce putain de trou.

J’entends les doigts fourchus de ma femme se planter dans mes paupières et les forcer à s’ouvrir, et contempler la prison de mon deuil. Manger ma propre merde.

J’aurai tout essayé.

Aucun rêve ne se réalise une fois éveillé.

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June 2, 2007

Jérusalem mon amour - 2/3

Catégorie: Chroniques de guerre — mis en ligne par carlotta @ 7:30 am

L’histoire de Saul :

« Dans les années 70 au Caire, pendant mon adolescence, avant d’être journaliste, je jouais dans un groupe de rock. Mes parents étaient de virulents opposants au régime de Nasser. Ils ne comprenaient pas, professeurs d’histoire bercés d’archéologie, qu’on engloutisse quatre mille ans de patrimoine au nom du « progrès communiste ». C’est une chose qu’ils n’auront jamais comprise, l’effacement des générations passées au profit des générations futures. C’était de petits bourgeois, bien vus à l’université, mais le jour ou ils créèrent leur association de sauvegarde des sites menacés contre « l’idéologie marxiste et impie », tu peux me croire ! Quand je suis né, mon père était en prison, ma mère bannie de son travail, répudiée par sa famille pour une sordide histoire d’adultère montée de toute pièce, mais tellement dans l’air du temps… Bref, j’étais un enfant plus embarrassant que désiré, et fus rapidement confié à la seule tante de ma mère qui ne lui avait pas tourné le dos, Souad. Paix à son âme…. Je fus élevé jusqu’à ma quinzième année par cette femme humble et solide, au sentiment religieux féroce et envahissant. Faut dire, être juif en Egypte était un satané sacerdoce ! Même à la campagne, même après les retournements de régimes, en plus d’être pauvre, notre famille avait le malheur d’être juive. C’est pour ça qu’après ma brève période hippie, période à laquelle je rediscutais sérieusement le bien fondé du combat familial contre Nasser, et ses idéaux finalement pas si éloignés de ceux de mon époque : idéaux humanistes et de liberté, bref, peu de temps après avoir raccroché la guitare et le catogan, je prenais la route d’Israël. Là, par la grâce de Dieu, je rencontrai un vieux professeur de mathématiques, Nassim, Egyptien lui aussi. Il me guida, me conseilla, et m’ouvrit les portes de la ville et de l’université. J’étais à Tel a Viv, j’avais vingt et un an. Je n’avais jamais été attiré par les matières artistiques, me disant, comme Henri James, que la vie d’artiste n’était que frustration, faisant quête incessante de perfection, et j’optais dès ma seconde année pour des études de journalisme, métier plus en rapport avec ma soif d’apprendre et de consensus. Deux ans plus tard j’obtenais mon diplôme d’Etat. Ma tante mourut peu de temps après, mes parents se volatilisèrent après la guerre du Kippour. On m’a dit qu’ils étaient partis en Iran, mais qui sait ? Je n’ai plus jamais entendu parler d’eux depuis. Une fois devenu journaliste, et grâce à mes notions de français, je travaille pour l’agence France-Presse jusqu’au début des années 80. Là, je pars pour une autre agence faire une série de reportages dans la bande de Gaza. C’est la guerre, mais presque sans soldats, c’est la famine, mais presque sans cadavres. C’est une époque affreuse, une époque où tout est laid, des pierres aux enfants. Tout. Tout est mauvais, sale, méchant. Et pourtant… »
Saul interrompt son monologue et allume une cigarette. Il reste silencieux quelques secondes, cherche son portefeuille et en sort une photo plastifiée.
« C’est ma fille Sarah avec sa mère, la photo a quatre ans. »
Il me la tend, je la prends avec respect.

La vie est une explosion :

La boucherie aveugle des bombes – leur autodafé de morale, et de morale militante surtout, pas si innocemment contre productive que cela, d’ailleurs – demeure toujours la même boucherie aveugle, de Caserio et consorts, jusqu’ à celle des ados kamikazes d’aujourd’hui – l’armature mafieuse en moins, peut être. C’est toujours la même barbarie inexcusable. Une barbarie qui n’est ni anarchiste – les révolutions ne sont pas faites pour les anarchistes, question d’éthique – ni surréaliste, ni même nihiliste, c’est une barbarie simplement criminelle. Une violence sans visage ni nom.
Voilà ce que mon cerveau a le temps de penser entre le moment de l’explosion et celui ou les premières rafales de pistolet mitrailleur commencent à fuser dans notre direction, ricochant en arcs voltaïques entre les calandres et le bitume.
C’est à dire en moins de trois secondes.

Un gros van anthracite vient d’exploser comme une bombe à eau remplie d’essence, mettant le feu à la guérite de béton, et retournant comme des crêpes les premières voitures de la file.
Les soldats israéliens qui ne sont pas au sol fauché en deux ouvrent le feu sur un second véhicule qui dans notre dos remonte la file à toute allure. Il s’encastre dans la voiture derrière nous, son pare-brise constellé d’impacts. Les deux hommes dans l’habitacle saisissent leurs fusils et tirent en direction des soldats. Une rafale touche notre voiture. Les soldats ripostent. Le feu se propage. Le ciel se drape de flammes. Une deuxième rafale.
Je réintègre mon corps au moment où la seconde rafale perfore la poitrine de Saul à coté de moi. « Si tu crois que je vais me laisser faire ! » hurle t-il en gesticulant, puis, la seconde suivante, plus rien, son corps est mou, flasque. Je tends la main vers lui quand la troisième rafale nous arrose, le corps de Saul à coté de moi, les sièges arrières, le volant et mon épaule gauche.
On m’apprendra plus tard : « cinquante sept impacts de balles sur notre seule voiture ! ». On me dira aussi que douze personnes, hors terroristes, sont mort lors de l’assaut. On me dira que Saul est mort en martyr et que je suis un héros.
Je me dis que je l’ai bien cherché.

La mission :

Quarante neufs jours plus tard, mes économies réunies, j’achète d’occasion un vieux 4X4 Nissan et me débrouille deux trois papiers pour le voyage.
Je prends la route avec une seule demi photo en poche. En fait en main.
Les secours m’avaient trouvé le poing serré sur la photo de Sarah ; et après avoir tenté – moi inconscient, ou pire, divaguant, gesticulant au son des sirènes – d’ouvrir ma main et détendre mes doigts crispés, l’équipe de secours avait finalement décidé de me laissé la satanée photo en main. Elle faisait dorénavant partie de mes affaires, une fois mon corps – mes épaules – mes bras - parfaitement détendus par les hautes doses de morphine prodiguées aux urgences, manifestation de la loi de « fatalité gravitationnelle ».
Le lendemain – flottant réveil caoutchouteux – je contemplais sous le sourire ravi d’une interne binoclarde mes effets réunis en paquetages impeccables sur ma table de nuit, portefeuille, montre, lunettes de soleil, et cette photo cornée dans une direction que j’étais seul à voir.
Les montagnes. On a dans leur flanc griffé une route profonde et sinueuse, une veine terreuse mais praticable, « même par des chars d’assaut ! ».
C’est dire pour une Nissan.

Officiellement je suis survivant d’une « attaque terroriste ». « Rescapé des babines du feu de l’enfer ». « Survivant ». Me voilà enfin reconnu. Pas encore démasqué.
Je me sens comme une balle dévalant une cote, mais qui, à l’inverse d’une boule de neige grossissant à mesure qu’elle descend, devient de plus en plus petite et minuscule ; comme une idée fixe, élaguée de ses détails d’exécution, devient de plus en plus pointue et invisible. Créant par son infini un puit sans fond.
L’homme qui rétrécit, et n’arrêtera jamais.

Le reste n’est que fragments :

Le village est habité par d’anciens nomades sédentarisés à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Au dessus du village, la route grimpe et disparaît. Elle disparaît réellement pour moi, car je n’irais jamais plus loin, plus loin que ce village. Je n’irais jamais plus loin sur cette route, et je ne verrais jamais où elle disparaît après avoir grimpé par dessus le village. Jamais, non, je ne saurai de quelle couleur est l’ocre des reliefs, de quelle couleur est l’asphalte gris de la route, de quelle couleur est le ciel bleu par dessus la lèvre de sédiments crasseux qui fait office de chaînes montagneuses à ma région.

Le Nissan est en panne, je suis à peine aux deux tiers de ma route. Quelque part à l’Est, vers les montagnes… Dans les montagnes, ça j’y suis, mais là ou je devrais être, j’en suis bien loin.
Fameuse irréductibilité nippone… en fait, le moteur moulina quelques secondes dans un virage visiblement trop pentu et abdiqua dans un nuage de vapeur virginal et cristallin. Fin du périple. Pfuit !

La nuit se passe chez le garagiste.
Je m’y sens aussi déplacé que cette première nuit passée à Jérusalem. Je ressens cette sensation d’errance absolue qui avait édenté la fougue de mes premiers pas de conquérant en ville ; ce vide oppressant, ce regard de clown tordu qu’a le trou noir palpitant sous ma chemise, et qui suce, vide, aspire ma langue dans mon cou. Le seule différence est que je ne croise aucun militaire avant de regagner la mansarde louée au dessus du garage. Personne, le vide glacial de la nuit de roche.
Je fais d’affreux cauchemars. L’un d’eux, qui se répète à l’identique après un réveil en sursaut, concerne un gros démon d’ébène, ventru comme un bouddha thaï et muni d’ailes de chiroptères géantes. Le cauchemar se déroule dans une vaste cité lacustre, mélange flottant de Saint-Malo et de Venise, aux couleurs de toiles hollandaises, avec un soupçon d’architecture steampunk dans les cheminées et les engins volants. Paradoxalement je me réveille plus par ennui que par frayeur, mon cauchemar s’éternisant sans but de caves en coursives, de ruelles en dialogues incongrus ; mais ma sueur bien réelle authentifie le malaise, et chacune de ses gouttes est une des secondes qu’égrène mon insomnie.

Le lendemain est un jour sans jour.
J’entends des chants provenir des ruines d’une l’église à moitié effondrée au bas du hameau. Des chants bien vivants. Le garage est vide. Je ne rencontre personne, les rues en cascades ne bruissent d’aucun souffle. Deux boules paresseuses de nuages, perdues dans l’azur scintillant, ne font même pas mine de bouger. Tout est parfaitement immobile, l’ombre à mes pieds, dure et solide, refuse de s’allonger selon mes pas.
La montagne parle au dessus de ma tête, sa voix est fluette mais épanouie, douce comme l’écho d’un gong suspendu. Mes pieds glissent le long de son sein, me voilà devant l’église en ruine, luttant sur mes jambes pour garder l’équilibre. Plus je descends et plus la pente semble hors de mon contrôle. La rue se transforme en glissière, mes chaussures de marche en éponges gorgées d’huile.
Je suis devant l’église. Mes jambes luttent pour garder l’équilibre.
La façade de l’édifice est à moitié effondrée, pierrailles calciques séchant dans le désert, voûtes à nu.
La carcasse sombre est rougie de candélabres argentés, et de longues files de cierges de cinabres opaques dressés en garnisons rectilignes de part et d’autre de l’autel de marbre.
De l’endroit où je me trouve – je ne sais comment, je réussis à percevoir l’éclat insolent de la croix cérémoniale de malachite, celui de son fourreau d’or pur dressée sur l’autel, masquant le visage du prêtre debout au fond de la ruine.
C’est alors que l’incongruité de l’évènement me frappe de plein fouet.
Il n’y a pas d’églises chrétiennes en ruine dans ces montagnes, et encore moins d’églises chrétiennes en ruine constellées d’incandescents candélabres d’argent, et encore moins d’églises en ruine possédant un autel de marbre intact et leur curé chrétien en option.
Il n’y en a pas ici, pas dans cette région. Il n’y en a jamais eu.

Le murmure de la montagne se change en sanglot. Les nuages foncent, hystériques, et la lune les éventre sans une goutte. Le tonnerre transmute le gong d’acier en gong de tôle. La nuit éponge le jour, même aux heures les plus inaccessibles.

Chaque jour l’assemblée réunie à l’église rajeunit peu à peu, au bout de quelques jours ce ne sont plus que des enfants. Je commence à avoir très peur. Je n’ai jamais aimé les enfants, ils m’effraient. J’ai toujours trouvé l’enfance particulièrement obscène.
Je reconnais Sarah, son sourire de vierge noire. Elle est debout au premier rang. Sans m’en être aperçu, je me suis approché de l’église beaucoup plus près que je ne l’avais jamais fait. Je suis presque à l’entrée, sous la voûte à moitié éboulée. La cinquantaine d’enfants continue de me tourner le dos, chantant d’étranges mots sans consonnes. Sarah sort du rang et se dirige vers l’autel, le prêtre se retourne et lui tend un calice d’ivoire. Elle le saisit, le porte à ses lèvres. Je sens mes jambes flancher comme si j’étais en train de flotter dans le calice, mon corps s’incline contre ses lèvres, et je glisse, bascule, comme elle me boit.
Avant de toucher le sol et de fermer les yeux, j’ai le temps de voir son visage, ses lèvres brillantes et fendues où je disparais.
Une douleur insupportable me déchire l’épaule.

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May 7, 2007

Jérusalem mon amour - 1/3

Catégorie: Chroniques de guerre — mis en ligne par carlotta @ 11:44 am

C’est la décision qui nous possède et jamais l’inverse :

Jérusalem.

Jérusalem vu par l’ange « google earth » ressemble à une boule de cheveux emmêlés blonds et bruns. A droite et à gauche, à l’est et à l’ouest, deux joues de ciel dur.

J’ai décidé d’être juif et je vais à Jérusalem, un peu par hasard, enfin non, pas vraiment au hasard, pas indifféremment en tout cas. J’ai décidé d’être juif car être palestinien pour un Français élevé à l’eau de rose comme moi fait un peu « dogmatique ». J’ai décidé d’être juif, car dans un monde sans logique, le don de soi n’a pas de raison à avoir. Par là même, je suicide la mort qui me gangrène, et enfouis loin en moi des secrets déjà inaccessibles.
Je travaille juif, je réfléchis juif, je lis juif, je parle juif depuis des mois de travail, d’écoute, de recherche, d’emmerdement. Avant, ma connaissance du judaïsme se limitait aux visionnages de Rabbi Jacob et aux conneries de lectures ésotériques pendant mon adolescence. Maintenant je suis incollable, je connais mon rôle, classe comédien de l’école russe. Ce n’est pas un défi, mais ça n’empêche pas d’être exigeant.
Islamiste, je pourrais le faire en banlieue à coté de chez moi ; mais non, ce n’est pas cela, ce n’est ni la distance, ni l’exotisme, ni la recherche de difficulté, pas même la politique, ou la rêverie mystique, qui ont dicté mon choix. Je n’ai aucune vision phalanstérienne de kibboutz joyeux et autogéré, aucun désir de communauté égalitariste. Je suis moderne, je n’ai aucun idéal, mes rêves sont réalité.
Je veux qu’«autrement» ne soit pas seulement «ailleurs».

Demain je pars pour toujours, je pars pour Jérusalem.
Produire les papiers relatifs mon aliyah est finalement très simple. Et puis, qui serait assez bête pour se prétendre juif et vouloir s’installer dans un pays en guerre ?
En moins d’un mois toute la guirlande trans-méditerranéenne des autorisations et des visas est tendue, lumineuse et sûre. C’est un escalator merveilleux, où, à chaque palier, des hôtesses souriantes ont pour fortune d’offrir colliers de fleurs, brochures de félicitations musicales.
Ici le rêve est courant et commun. Ici le soleil est d’or, l’air de bronze et le parfum d’acier.

Jérusalem.

Le débarquement :

Je monte dans un bus blanc poussière. Les épices de la sueur du bout du monde picotent mes narines, et me donnent l’impression de sentir affreusement mauvais moi même. Je cuis au soleil derrière un carreau de verre crasseux, et ne discerne rien de la longue route qui mène à la capitale, hors un bandeau de poussière éclatant qui ronfle tout le trajet. Passée cette brume, les pépites de signalisation se multiplient, minute après minute, tel un compte à rebours, et, salué par la huée des avertisseurs, le bus s’enfonce en sifflant dans les indescriptibles bouchons de la proche banlieue.

« Jérusalem… », je n’arrive pas à me souvenir des paroles de cette comptine lue dans un livre d’Arthur Koestler, « Croisade sans croix » ; mais ce n’est pas grave, je n’ai pas peur. Les juifs n’ont pas d’enfer. Ils ont toujours su qu’il ne se trouvait pas ailleurs que sous leurs pieds. Poussière de ciel brûlant, four sans limites aux frontières d’acier bleu.
S’il y a quelque chose à faire dans ce monde, quelque chose qui ne soit pas équivoque, lâche ou monnayé, c’est bien ce que je fait. C’est un hasard subjectif, une morale donnée au gratuit.

Je descends du bus. La chaleur désertique de l’aéroport s’est muée en chaleur animale, celle de la ville capiteuse et moite, ombre vénéneuse.

Le régime d’une nouvelle vie :

Je ressens cette sensation qu’à tort on appelle « sentiment du touriste », mais qui n’est pas uniquement cela. C’est une sensation de liberté et de joie. De légèreté, propre au déraciné qui ne prend pas soin de regretter ou de faire les comptes de ce qui peut rester derrière lui. Dans une ville, un pays étranger, on se sent toujours plus vivant, on parle toujours plus fort, on ne prête jamais attention au regard prochain. Ce sentiment est universel, unisexe, il ne connaît ni age ni distinction. C’est une courtoise euphorie, la certitude sans nom d’opportunités nouvelles et réjouissantes. Tout est possible sur un sol inviolé, et toujours en mieux, de la dissipation la plus licencieuse aux retraites les plus doctes. Tout, pas moins.
Je suis d’accord avec ce que disait Feuerbach du sentiment religieux, mais pour me sublimer, puis-je rêver meilleur tremplin que cette ville, Jérusalem ?

Mais dans mon cas, je n’appréciai ce « sentiment du touriste » que plus tard.
Je n’avais pas à l’avance recherché d’endroit où dormir. C’était la seule démarche incomplète de mon voyage. Mais aussi une façon typiquement virile de marquer le coup, le « saut dans le vide », et toutes ces conneries de Spartiates sodomites. Mon « vide » à moi était ferme et bien réel.
C’était la poussière au creux de la goutte de pluie.
A la nuit tombée j’optais pour un parc public baigné par la lumière blafarde d’une rognure de lune étrangement ovale, espérant y dormir ; le passage régulier de policiers en tenue et de groupes de jeunes gens chantant me fit déguerpir et reprendre ma traque absurde sur les grands boulevards, noyé sous les néons clignotants et les nuages de graisse ronronnant au dessus des fourneaux.
Je marchais, la nuit avançait.
Puis je m’arrêtai, la nuit continua. Puis le ciel devint rose. L’air vibrait. Le sol était plus lourd, le sol était plus chaud. Le soleil allait se lever dans moins d’un quart d’heure ; il ferait jour, les doutes se condenseraient en rosée euphorisante, je serais à Jérusalem, debout dans l’air fruitée par l’odeur du pain matinal.

Je suis juif libéral, c’est quand même plus simple et plus pratique que d’être juif orthodoxe. Ici la religion est affaire de quartier, et il faut bien venir de quelque part. On ne peut pas être athée à Jérusalem, ou peut-être seulement en prison, mais à l’air libre, la religion est le vecteur de temps et de gravité. Ca n’a finalement plus rien à voir avec tel ou tel dieu, c’est un lien sanguin et moyenâgeux, fraternel et barbare, une langue commune avec ses argots et ses échelons. Quand ils disent « Dieu », ils entendent « Nature » (les insulaires québécois de Pierre Perrault ne disent pas autre chose…).
Je suis un juif libéral, je ne suis ici ni pour les rites, ni pour les brassards. Je suis ici pour ce désert surpeuplé, cette langue de terre aride et crevassée.
Ce néant cœur du monde.
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Les jours suivants sont plus constructifs.
Je trouve une jolie pension aux balcons fleuris, tenue par un couple de retraités français arrivé deux ans auparavant de la même région que moi ; ils me présentent nombre de leurs amis, et dix jours plus tard, je suis engagé par Monsieur David pour livrer ses oranges, ses poires, ses salades, ses tomates et ses betteraves à travers toute la région. Le rêve.

Deux semaines après mon arrivée, je suis donc engagé à mi-temps comme chauffeur pour ce négociant en fruits et légumes ; je ne connais rien à la région, mais accepte d’être payé une misère : je fais l’affaire tant que le fils du patron est retenu sous les drapeaux. Je m’occupe des tournées en compagnie d’un juif non pratiquant, Saul, il parle arabe et a fait ses études en Egypte. Il me forme au métier et au marché noir de ferblanterie dans la région.
Je m’y plais bien. Les journées passent agréablement. Je me sens si jeune…

Je n’ai pas une seule fois à prouver que je suis juif, on ne me le demande même pas. Monsieur David est un ancien militaire, modérément pratiquant, père de quatre filles et d’un unique garçon. C’est un gros bonhomme farouche et madré qui ressemble à Telly Savalas. Je lui cause rarement tant que nous n’avons pas trop de retard sur les livraisons, et avec Saul comme pilote, ça n’arrive presque jamais.

L’argent mis de côté après la vente de l’étude - ponctionné de la pension versée à ma femme - cumulé à ma paye de chauffeur livreur, devrait, d’après mes calculs, me laisser assez pour vivre ici deux ans. Continuant à me nourrir majoritairement de dattes séchées, d’une soupe le soir, et d’un morceau de viande le dimanche.
Je tiendrai ce régime deux mois.

Explosion de vie :

Le grincement félin des volets de bois me tire d’un affreux cauchemar. Le vent glacé qui serpente par ma fenêtre froisse les poils de ma poitrine.
Je fais des cauchemars tous les dimanches, et, ne voyant pas d’autre explication logique, je décide, ce lundi, 2h56 du matin, les oreilles encore bourdonnantes de cris, d’arrêter de manger des pièces d’agneau le dimanche soir.
Vers 4h je réussis à me rendormir.

A huit heures trente précise nous partons avec Saul pour le quartier arabe. Le soleil se décalotte par dessus les toitures ondulées de la ville ancienne, et met le feu au pare-brise couvert de crasse. L’Orient est un brasier frais, plein de vie et d’ombres déambulant, de voix muées par le capharnaüm incessant en esperanto primitif.
Le lever de soleil est plus admirable en plaine, indéniablement.

Nous avons six livraisons à faire, à des épiceries, et une à des amis de Saul. Un couple rencontré pendant ses études. Evidemment nous ne parlons pas de cette livraison à Monsieur David.
C’est un couple charmant. Ils vivent dans un grand appartement lumineux au troisième étage d’une jolie enfilade de bâtiments de pierre blanche. Les balcons forgés tournent sur les trois façades de l’immeuble, place coudée où se rencontrent les voisins autour d’une cigarette, d’une marmite crépitante. Nous sommes invités à prendre le thé, Saul accepte avec un évident plaisir, et se met en devoir de présenter son « ami français ». Je balbutie quelques mots d’arabe, mais Nasser, notre hôte, me fait signe de la main et me dit dans le plus parfait des français : « Nous parlons français ma femme et moi, nos parents étaient Libanais ! » je souris, cramoisi, et tourne ma langue dans ma bouche. « D’ailleurs Saul parle un peu français, lui aussi, mais il est trop timide pour parler devant vous, je suis sûr ! » Saul rougit à son tour, jurant.
Nous trinquons à la paix des peuples tandis que Sofia, la femme de Nasser, tente de rattraper ses deux fils courant alternativement d’un balcon a l’autre, et du salon aux chambres, hurlant tels deux esprits malins. Avant midi, et après nous être excusé de ne pouvoir rester à déjeuner, nous repartons les bras chargé de pâtisseries tièdes.
A treize heures nous sommes bloqués à la Porte du Lion par le premier check point.

Saul n’a pas beaucoup parlé depuis le départ. Je devine à ses mains crispées sur le volant qu’il cherche à me dire quelque chose, mais ne sait pas par où commencer. Sa chemise remonte sur ses avant-bras velus, et découvre un drôle d’ouroboros tatoué sur son poignet.
La file d’attente interminable est le signe qu’il attendait que Dieu lui envoie.

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June 5, 2006

On n’est pas obligé

Catégorie: Chroniques de guerre — mis en ligne par carlotta @ 2:53 am

On n’est pas obligé de se laisser enfermer dans la trame des conventions et des idées reçues, dans l’image de nous-même que nous renvoie le monde. Le dire n’est pas le faire. Ne pas croire qu’il suffit de le dire pour le faire. Il faudra, un à un, rompre les liens qui nous arriment à cela, liens feutrés dans notre vie même. Plus solides que des nerfs, à voiler l’acier ; non moins sensibles. Les empoigner fermement des deux mains, et tirer, tordre, phalanges blanches et cisaillées. Les déchirer de nos dents, fibre à fibre. Emporter la chair quand ils y adhèrent. L’un après l’autre, et il en repousse. Se libérer : se mutiler de la prison intérieure qui s’adosse à notre structure même. Alors, nus et blessés, sans plus recevoir des autres l’écho qui nous nomme, pouvoir se lever, tenter de se connaître.

Cha

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Une lame froide

Catégorie: Chroniques de guerre — mis en ligne par carlotta @ 2:52 am

Ca surprend toujours les gens de se rendre compte qu’avec une lame en travers de la gorge, on ne survit pas. Ils apprendront. Pour leur malheur. Sans respiration, le souffle disparaît. La voix meurt. Bientôt la vue se brouille. Bientôt le sang s’échappe de la tête. Trop vite. Toujours trop vite. Ca n’est pas la vie qui s’échappe. Mais le sang qui part avec elle. Toujours trop vite. Toujours trop loin. Quand on meurt comme ça, on ne pense pas à sa vie, ni à ses proches. On se sent se vider. Tout part vite trop vite. Quelques secondes. Trop courtes. Toujours trop courtes.

Une lame dans la gorge empêche toute forme d’expression complexe. Seul le cerveau enregistre le pourquoi. Le comment. Il répond à des questions. Aucun mot ne viendra effacer les réponses. Des réponses que l’on ne peut pas fuir. Si l’on ne survit pas à la vérité, c’est qu’elle est trop tranchante. Tout simplement. Le salut aurait résidé dans la fuite, rendue impossible. Personne ne sait fuir la réalité. Surtout quand elle est faite de douze centimètres d’acier effilé. On peut l’esquiver, au mieux. Esquiver la réalité quand la moitié de notre sang est hors de notre corps est tout simplement hors de notre portée.

La vie, la mort, toutes les préoccupations habituelles perdent beaucoup de leur force face à la réalité d’une gorge tranchée. Surtout quand on ne voit plus rien parce que le cerveau n’est plus assez irrigué, que les battements de votre coeur ne se font plus sentir à l’intérieur de vos tympans. Arriver à se poser une question quand votre corps aveugle tombe sur le sol trop vite est plus qu’improbable. Le bruit du crâne qui éclate sur le sol ensanglanté aura vite fait de vous faire oublier qu’il faut un point d’interrogation à la fin d’une question, sans quoi elle reste en suspens. La présence de la lame à ce stade n’est plus nécessaire. Si elle y est encore, le cadavre en sursis aura le temps de comprendre que la vérité est mortelle, que la réalité aussi, et qu’elle peut vous rester en travers de la gorge. Si elle est partie, il comprendra que son absence est tout autant dangereuse.

Si la victime a manqué de chance ou de malchance, ses carotides ont survécu sans sa trachée artère. Auquel cas, elle meurt le cerveau asphyxié. Et ce, avec des poumons sains. Apprendre ça en mourant n’a rien de glorieux. Ni même de plaisant. Encore moins d’utile. L’avantage, c’est qu’on peut vivre encore quelques secondes de plus, parfois plusieurs dizaines. Le défaut, c’est qu’elles seront sans doute les secondes les plus désagréables de votre vie. Comme c’est les dernières, ça vaut peut-être le coup de les vivre. Ca n’est pas l’avis de ceux qui croient qu’une mort rapide vaut mieux qu’une vie longue et pleine de souffrance. Si tant est que dix secondes d’asphyxie peuvent être considérées comme une vie. Question de point de vue. Mais cela ne concerne jamais que les vivants. Les morts n’ont pas de point de vue.

On ne devrait pas avoir besoin de se faire égorger pour en vouloir encore. Encore une seconde. Inspirer encore une fois. Encore un battement de coeur. Expirer encore une fois. La mort peut bien attendre encore une seconde.

Arthur

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May 1, 2006

C’EST LA FIN :

Catégorie: Chroniques de guerre — mis en ligne par carlotta @ 4:56 am

C’est la fin, la fin de tout, des désirs maquillés, de la course du chaton face à ce qui lui pend sous le nez, et de tous les artifices rances qu’a pu employer ma maigre intelligence dans le travail de sape de votre résistance. Si rien ne nous définit plus que notre seul et unique point de vue, si rien ne dépasse de l’ordre des opinions qu’a de nous la foule accréditée (“ être, c’est être perçu ”), pas une mèche, pas un brodequin, si plus rien d’autre ne peut mieux nous quantifier qu’une série d’anonymes chiffres défilant en délire, si le temps n’est plus un facteur sensoriel – vécu, mais un facteur mécanique – synchrone, si nous en sommes arrivé là, se résoudre plutôt que s’apprécier, voilà bien le recours, qui n’en est pas un, celui de disparaître, puisqu’il n’y a rien, rien de rien, alors quand je le décide, c’est la fin.

Parallaxe saturée aux infra-noirs.
Dans le “ travail de souvenir ” les noirs sont décollés, mais avec le numérique bon marché ils vont finir par boucher nos paupières. Jolies lumières négatives.

S’il existe une “ nature humaine ”, c’est une absence de nature humaine qu’il faut constater chez chacun de nous, c’est cette même absence qui paradoxalement la caractérise ; il ne faut donc pas se rejoindre face à un élément commun appelé “ nature humaine ”, mais face à un manque commun nommé “ absence de nature humaine ”.
Cette “ nature humaine ” que nos ancêtres poètes des lois et des légendes auraient voulue évidente, ce don résolument surnaturel, n’existe que par son manque constant, malheureusement ou pas ; et c’est l’absence notoire de cette dite “ nature humaine ”, depuis le premier enfant sur sa merde jusqu’au dernier vieillard sur sa merde, qui ne peut manquer de nous qualifier le plus parfaitement.

On ne boit pas sans avoir un peu envie de mourir.
Le ridicule ne tue pas, il rend plus fort.
Je dilue ma salive dans l’alcool.
Et crache mon essence au ciel de vos visages.

Mon talon bat la mesure du monde,
Pouls égaré de carnaval,
Caniveau sans égal,
C’est la fête aux bombes !

Zo

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March 7, 2005

Boum !

Catégorie: Chroniques de guerre — mis en ligne par carlotta @ 3:11 pm

Il y eut un grand bruit sourd, suivi d’une secousse faisant vibrer les carreaux de la maison et tomber l’encrier du bord de la table, renversant le liquide sombre sur les notes fraîchement écrites. Je poussai alors un profond soupir. Pas moyen d’écrire ce fichu rapport ! Déjà que les périodes de guerre sont des périodes creuses pour le marché, mais là, même les travaux de Recherche en souffraient. J’étais chercheur pour une agence de fabrication de cabinets de toilette, et cette guerre qui durait depuis plus d’une semaine m’empêchait de finir mon rapport. J’étais déjà en retard, et mon patron me pressait de le lui envoyer.
Ce travail m’allait à merveille, étant donné mes coliques hebdomadaires et mes diarrhées nocturnes. J’étais même ce que l’on aurait pu appeler « un Grand des Toilettes », connaissant jusqu’au moindre détail de confort, de technologie toutes les marques de cabinet… Et voilà que cette guerre venait m’empêcher de travailler correctement.
Boum !
Nous avions déclaré la guerre au pays voisin pour je ne sais quelle raison… ou était-ce le contraire… Cela n’a pas d’importance. Je devrais de toutes façons finir mon rapport et réparer l’arrière de la maison qui était à moitié détruit.
Je sortis dehors pour me changer les esprits, et une chose me choqua. L’odeur. L’odeur d’égout, de sang, de poudre, de sueur… Toutes ces odeurs…
Je traversai alors la rue, me retrouvai nez à nez avec des belligérants.
Réalisant que cette balade ne me faisait pas autant de bien que je l’avais espéré, je décidai de rentrer chez moi. Une balle siffla, me traversant le crâne, et mon corps s’effondra pathétiquement au milieu de la rue, au milieu d’une vingtaine d’autres.
Toutes ces choses non achevées, tous ces cabinets non testés, et tous ces constructeurs désespérés à l’idée d’avoir perdu leur testeur…
Je les ai abandonnés…

Edouard

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Vive les jeux vidéo

Catégorie: Chroniques de guerre — mis en ligne par carlotta @ 3:10 pm

Dédicace à Edouard

Dans les locaux du FBI la panique régnait, le conseil de l’ONU avait été pris d’assaut cinq minutes auparavant et une trentaine de terroristes tenaient le bâtiment, ils étaient bien organisés et n’avaient pas encore fait couler le sang. Il demandaient l’antenne en direct sur toutes les grandes chaînes du monde et avaient la plupart des chefs d’état du monde en otage pour appuyer leur demande. Il ne demandaient aucun argent. Ils avaient simplement une annonce à faire.

Une petite heure plus tard, le bâtiment était cerné par une véritable armée, des centaines de soldats, policiers, hélicoptères, des marines, ainsi que des SWAT. Les terroristes étaient condamnés. Le contact avait été établi avec eux. Ils avaient annoncé que si l’assaut était donné, tous leur alliés commenceraient une révolte violente. Des civils commenceraient à détruire des lieux d’utilité publique en plein jour, commissariats, banques, mairies, bâtiments d’administration, chaînes de télévision, de radio et même casernes de pompiers, hôpitaux et écoles. Dans la mesure où personne ne savait à quel point ils en étaient capables, on leur avait donné l’antenne.

Sur tous les écrans du monde, l’annonce allait être lancée. Un homme apparut sur l’écran.
” Bonjour à tous, ces mots seront traduits dans plus de langue que j’en connais. Ce soir, le monde est en suspens, 97 chefs d’états sont sous notre contrôle et toute tentative pour nous déloger de cet endroit entraînera un bain de sang. Vu les effectifs présents sur la place, nous n’y survivrons pas mais croyez bien que nous n’hésiterons pas à emporter tout le bâtiment avec nous. De plus, dans ce cas figure, le monde entrera dans un période de terreur. Nous avons des sympathisants dans la plupart des pays dits développés. Ceux-ci tireront à vue tout représentant de l’Etat ou du pouvoir capitaliste, détruiront tout bâtiment public ou défendant des idées capitalistes, de la banque à l’école en passant par les commissariats et mairies. Ceci n’est pas du bluff. Ils se sacrifieront tous sur l’autel de la destruction de ce monde hypocrite.
Maintenant que les choses sont claires, nous allons pouvoir parler de nos revendications, nous demandons un démantèlement de tous les gouvernements et multinationales et ce sans condition. Nous exigeons l’établissement d’une nouvelle constitution dans tous les pays du monde. Nous sommes conscients du trouble que cela créera dans les prochaines années voire dizaines d’années mais même sachant cela, notre mouvement a décidé cette opération.
Comprenez bien que si à un moment ou à un autre nous ne donnons plus aucune nouvelle, la destruction de ce monde par les armes commencera. Et pour tous ceux qui attendent dehors : si vous donnez l’assaut nous nous battrons jusqu’au dernier.”
Il s’arrêta de parler. Il avait un petit sourire en coin. Il ne savait dire si il préférait que l’assaut soit donné ou que le monde changeât. La balle était dans l’autre camp.

Arthur

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February 7, 2005

Juste un coup

Catégorie: Chroniques de guerre — mis en ligne par carlotta @ 2:30 pm

Je suis née dans l’état du Texas. Comme des milliers d’autres, je me suis conformée au moule dans lequel on m’a coulée. J’ai passé ma vie à attendre dans un magasin d’un bled paumé, peuplé de ploucs racistes. Mais, un jour, le destin a frappé à ma porte. Un jeune étranger est venu. Il a dit qu’il venait de Los Angeles. Il m’a emmenée avec lui dans une vieille décapotable. Il m’a fait quitter cette vie morne. Il voulait simplement tirer un coup, mais je le savais. On a roulé jusqu’en Louisiane, dans un bled presque aussi paumé que le mien.
Aujourd’hui, il m’a tirée, tirée à bout portant sur le shérif de la ville qui est mort sur le coup. Puis il est parti et m’a laissée dans le corps chaud du représentant de la loi. Il est parti en chantant un air de reggae que tout le monde connaîtrait plus tard.

Arthur

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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