October 1, 2007

Hybrides

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 9:58 am

” Vous pensiez vraiment ce que vous disiez ? il me dit sur la terrasse.
- Bah ouais… Vous pensez quand même pas que je défends un genre de loi ? ”
Il rit en pensant à ce qu’il sait de moi.
” Non. Non. Vraiment pas, non. Mais je me demandais quand même…
- Hmmm ?
- Ben, je sais pas moi… les Droits de l’Homme, vous allez quand même pas me dire que vous pissez dessus, si ?
- He ben… Non, disons que non, ça partait d’une bonne intention après tout. Mais comme ça définit nulle part ce qui est homme et ce qui l’est pas, ça me paraît incomplet.
- Hein ? Comment ça ?
- Bah… Des tas de philosophes se sont pété le cerveau pour savoir ce qui était humain ou non à un tas de niveaux. Mais nous, on sait qu’on peut se poser la question même génétiquement.
- Quoi ?
- Des OGM, je parle d’OGM. De mutants. Ont-ils droits à l’appellation humain ? Ou c’est juste des animaux, des cobayes, ou un truc pire que ça ? Ca me paraît pas très honnête de considérer qu’il faut avoir des parents humains pour être humain. Vous croyez pas ? ”
La science finit toujours par rattraper la magie.
” Remarquez, vous pouvez adhérer à la thèse de la suprématie humaine. Notez-bien qu’on sera en guerre dans ce cas, et croyez-moi, le rapport de force sera pas en votre faveur. Mais vous pouvez aussi vous demander où porter les limites de l’humanité. Et j’espère que ça vous fera comprendre qu’on ne peut pas sérieusement apporter de réponse à cette question. ”
Je m’arrête pour vérifier qu’il suit.
” Et de là vous vous souviendrez probabement que manger est un meurtre. Et que faire avaler l’infériorité des animaux à un homme-poisson est un peu raide. Notez qu’un homme-arbre enverra chier pareil les végétariens.
- Mais on n’en est pas là!
- Ben… Je connais personnellement quelques mutants qui sont vraiment persuadés d’exister. Cela dit, vous pouvez toujours leur expliquer qu’ils ont tort si vous vous sentez. Mais venez pas me dire que je vous avais pas prévenu s’ils se plaignent d’être rejetés hors de la réalité.
- Mais…
- Ouais, je sais. Au début, c’est un peu dur à admettre. Que vous le vouliez ou non, c’est comme ça. Ils existaient avant vous et ils vous survivront. Le sang pur de la race humaine continuera de se métisser pendant un moment, vous pouvez me faire confiance. ”
Il prend le temps d’encaisser sans plus chercher à se débattre.
” C’est une bonne chose, je dis, mais faudrait pas oublier de penser aux conséquences. ”
Il fouille machinalement la poche de sa veste à la recherche de son paquet qu’il sait pertinemment avoir fini.
” Du genre qu’on a pas de raison de croire à l’infériorité animale vu qu’on ne peut pas établir de frontière. Et du coup qu’on va avoir des problèmes à établir l’universalisme de l’Etat de droit quand on nourrit des cochons avec du blé ou qu’on tue des vaches pour faire des steaks. Les hybrides, ça pose un tas de problème…
- Mais, votre truc-là, c’est la jungle! Il fait, en colère de ne pas avoir sa nicotine.
- Bof… Vous savez, nous, on est rejetés où qu’on soit. On est obligés de se cacher, de mentir et de fuir. On a abandonné l’idée d’être intégré. On est des étrangers, des autres, et trop souvent des monstres. Tout ce que je vous demande c’est d’arrêter de me dire des conneries. Je vous aime bien. Je sais pas pourquoi, mais je vous aime bien. Alors pour éviter que je me retrouve à devoir vous bouffer le cerveau un de ces jours, ça serait gentil d’arrêter de dire des conneries. Vraiment. ”
Il essaye de se remettre de sa claque.
” Je déconnais pour le cerveau, je dis en me levant. ”
Je me dérouille les muscles.
” On va bientôt devoir partir d’ici. Votre crétin de collègue va rameuter un tas de sales types.
- C’est pas -
- Ouais, je sais. Et vous allez devoir disparaître aussi, sauf si vous avez envie de répondre à leurs questions.
- De la CIA ? ?
- Ah, non. Lui, il est juste manipulé jusqu’à l’os. Faut avouer qu’il est con aussi…
Il soupire.
” Je dois vraiment venir avec vous ?
- Comme vous voulez, vous pouvez faire ça tout seul si vous préférez. “

• • •

September 3, 2007

Table rase

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 12:57 pm

« Mais pourquoi vous l’avez tué ? Il a demandé au milieu d’une digression dans son histoire.
- Hein ? Qui ? Je fais en sortant d’une réflexion sur la difficulté de se heurter au paranormal.
- Le mafieux qui vous a emmené sur son bateau.
- On dit ‘mené en bateau’. »
Il continue de me regarder comme si je n’avais rien dit.
« C’est rien que vous ayez envie de savoir.
- Comment ça rien que je ne veuille savoir ? Je viens de vous poser la question ! »
Je ris.
« Croyez-moi, vous n’avez pas envie de comprendre. Et même si je vous répondais, vous en ririez. Jusqu’à ce que vous compreniez. Et que vous vous flinguiez. Vous avez lu Lovecraft ?
- Hein ? Quel rapport ?
- Laissez tomber. »
Je bois une gorgée d’un vin local.
« Vous comptez vraiment essayer de comprendre jusqu’à vous en éclater le cerveau, pas vrai ?
- Ben, c’est mon métier quand même.
- Vous avez dit le contraire devant votre coreligionnaire.
- Co… »
Je me lève à la seconde où il avait l’habitude de hausser le ton, fort de son commissariat. Je vais jusqu’au lavabo où je vide mon verre avant de le rincer.
« Je vais sortir, je dis, si vous voulez continuer à causer, ça sera dehors. »
Il a l’air encore plus perdu qu’avant, je me dis.
« Il faut que arrêtiez de penser que vous représentez la loi. Non seulement on est en Autriche, mais en plus on s’en fout.
- De quoi ?
- Quoi de quoi ? Vous avez compris nan ?
- Oui, oui. Mais vous pensez ce que vous venez de dire ?
- Évidemment. Vous trouviez ça drôle ?
- Non, non, c’est que…, il reprend ses esprits, vous croyez vraiment que vous pouvez vous placer au-dessus de la loi ?
- C’est pas vraiment ce que j’ai dit ; mais cela dit, à votre sens, oui.
- Mais… vous êtes fous !
- Hors-la-loi. Pas fous, hors-la-loi.
- Mais la loi, c’est… la base ! La condition de fonctionnement d’une société ! »
Je soupire.
« Non, je fais, non, la loi c’est juste les limites officielles du comportement autorisé. Ses frontières. La barrière au-delà de laquelle vous êtes un étranger. Vous comprenez ?
- Hein ? Mais oui, mais… Mais…
- Mais quoi encore ? Ca dépasse votre entendement qu’on puisse remettre en question le fondement de tout ce que vous appelez ‘le Bien’ ?
- Mais je ne dis pas ça !
- Alors quoi ? »
Il reste quelques seconde sans réfléchir à espérer qu’un de ses instincts prenne le relais. Mais ni sa pensée, ni ses réflexes linguistiques ne suivent.
« Bon écoutez, je dis, je veux bien que tout ça soit un peu surprenant étant donné la situation, mais là va falloir mobiliser vos neurones.
- Le stupéfiant Fix et ses ravages…, Zack fait avant de boire.
- Ça vole toujours aussi haut, dis-moi. »
Il rit.
« Pourquoi tu te prends la tête ? Lu Tan dit au malheureux lieutenant, laisse-toi vivre mon pote ! Tiens reprends un coup, il dit en le resservant un peu maladroitement. »
Sans prendre le temps de penser, il vide son verre et en redemande un, que Lu Tan lui sert, avant de le vider à nouveau.
« Donc… Vous vous pensez au-dessus des lois, vous assassinez les gens pour une raison que j’ignore, vous êtes impliqués dans un tas de trucs dont je n’ai strictement pas idée, vous envoyez chier des agents des forces de l’ordre et vous me demandez de ne pas poser de questions ?
- Hmm… C’est presque ça.
- Vous vous foutez de moi ?
- Non. Vraiment, non. Mais écoutez, quand vous étiez flic, vous vous pensiez au-dessus de nos lois, vous enfermiez des gens pour des raisons que j’ignore, vous envoyiez chier le reste du monde et vous vouliez qu’on circule rien à voir ? Je crois que vous m’avez toujours pas compris.
- Mais… Mais c’est différent !
- Ah bon ? C’est le badge qui change tout ?
- Mais non ! Mais… On protège les citoyens, vous, vous-
- Faites tirez dessus par des policiers zélés qui protègent l’ordre public.
- Vous aviez pris des enfants en otage !
- La faute à qui ?
- La faute à… Vous allez quand même pas me coller ça sur le dos ?
- Bien sûr que si, nous on faisait juste des courses.
- Alors ça c’est fort. Vous envoyez un collègue à l’hôpital, vous prenez une classe en otage, vous ouvrez le feu en pleine rue, en plein jour, vous volez des voitures, des bateaux, vous bloquez des autoroutes et maintenant c’est de ma faute ?
- Ah nan, pour la fin, c’est une autre histoire. Cela dit, oui, sans vous, on n’aurait pas pris d’otages. Si vous étiez moins obtus aussi…
- Nan mais vous êtes incroyable vous ! On faisait notre boulot !
- Honte à vous, Julie fait en apportant un plat, vous espérez quand même pas nous convaincre avec ça ?
- Je vous accorde qu’ils sont un peu turbulents, Xia Lin dit en apportant le deuxième, mais-
- Un peu turbulents ? Il manque de s’étrangler.
- Oui, ils sont plutôt vivants, vous ne trouvez pas ? On s’y fait vite, vous verrez. »
Le front brûlant, les nerfs au bord de craquer, il crispe ses mains sur le bord de la table.
« Tenez, mangez, ça ira mieux après, elle dit en le servant, Allez ! Mangez ! On a fait ça spécialement pour vous.
- Pète un coup, Lu Tan dit, on dirait que tu vas exploser tellement t’es rouge.
- Lu Tan !
- Mais M’man !
- Arrêtez de vous fatiguer, vous vous faites du mal, Khalim dit, vous pouvez rien pour eux. Ils sont cinglés. Tous les neurones grillés. Cramés du cerveau. Cherchez pas, on a déjà essayé.
- Ouais, calmez-vous, Xav’ dit en se servant, vous êtes quand même pas venu jusqu’ici pour nous engueuler ?
- Non, effectivement, non, il fait, j’étais venu pour trouver des réponses. Mais visiblement, c’est pas le genre de la maison.
- Nan mais, on lui fait à manger, on lui sert à boire et on l’écoute et il est pas content, Julie dit, vous voulez pas une pipe non plus ? »
Il la toise violemment sans qu’elle sourcille. Jusqu’à ce que le fumet de la viande cuite dans son jus ne le convainque d’abandonner.
« File-moi cette bouteille, toi. On se la bouffe votre saleté de tambouille là ? »
Il déchire un morceau de pain.
« Et arrêtez de vous marrer ! »

Arthur

• • •

August 6, 2007

Bronzette

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 10:43 am

« Dégage de mon soleil ! » je dis avant d’entendre le cliquetis d’une arme.
Distinguer les traits des deux hommes qui me bouchent le vue me demande quelques secondes de réadaptation à la lumière.
« Déjà ? Je fais, surpris.
- You’re under arrest, un des deux dit.
- Oui bah bonjour. »
Il a visiblement compris bien qu’il ne semble pas disposé à déplacer le canon de son flingue du bout de mon nez.
« Il dit que vous êtes en état d’arrestation, l’autre dit.
- Oui ça va, merci. J’avais compris. »
Je commence à me lever.
« Don’t move !
- Il est toujours comme ça ? je demande à l’autre.
- Presque, il répond en lui jetant un coup d’oeil.
- Et il a pas appris-
- Shut up ! Don’t move ! »
Je sens la colère monter un bon coup. Restons calme. Soyons poli, comme on dit chez nous.
« Dites-lui de causer correct ou je réponds plus de rien.
- Shut up ! Don’t-
- GIMME. A. BREAAAAAK ! »
Il recule presque.
« Nan mais sans blague, je dis, y s’croit où lui ? ‘tain… »
L’autre essaye de ne pas rire pour préserver l’unité de son équipe.
« You’re-
- …under arrest, I know, don’t you ever listen when I talk to you ? Gimme. a. Break. You got it ?
- Face on the ground or I’ll be forced to shoot ! ”
Vraiment très fatiguant.
La balle qu’il tire vient s’arrêter dans un mur d’organes sanguinolents subitement apparus entre nous dans un bruit flasque
« Pas mal ! j’entends Julie.
- Putain, je leur crie, et toi, t’aurais pu pas me prévenir ? »
Elle m’ignore en donnant un conseil à Lu Tan.
« ‘Chier…
- *Herm*, le français fait pour me rappeler leur existence.
- Quoi encore ?
- C’est-à-dire que vous êtes vraiment sous le coup de plusieurs mandats relativement internationaux, il dit, presque emmerdé.
- Ha, je fais, c’est cool, mais… et alors ?
- Et alors, je crois que le monsieur ici veut les mettre en application. »
L’autre, encore à peine remis de sa surprise, commence à fulminer d’être ignoré.
« Ah bon ? Mais pas vous ?
- C’est une longue histoire, il dit, mais au début oui.
- Ah. Et qu’est-ce que vous foutez avec lui ?
- He ben, c’est la même longue histoire.
- Je vous offre un verre, vous me la racontez ?
- Bin… je dis pas non, mais faudrait voir avec lui.
- You mind having a drink with us and talk a bit ? ”
Il chauffe jusqu’au point de non-retour.
« ‘YOU CRAZY ? I’M HERZ »
Il s’étrangle avant de tousser.
« Calm down, relax man, don’worry, je dis.
- I’m not gonna let you go, il dit, come on, face down.
- Il est pas très rilax, je dis.
- Il est un peu stressé.
- Ouais, stressant en fait, vous pouvez pas lui dire de se calmer ? Moi, il m’écoute pas.
- Heu… Weït ! No vaïolance ! Pisse ! Heu… Oui wouile tolk. Oké ?
- Shut up, you stupid french bitch, I’ve nothing to do with you.
- Donte taïke it on zis ton, monsieur, or aï wouile bi very énèrvèd, attention, Aï préviens iou.
- I said shut up, don’t make me kill you both. »
Il lui en met une.
« Aï ave préviended iou ! »
Un autre mur sanguinolent vient arrêter une balle avant de s’écraser sur le précédent.
« Toujours pas, Julie dit, fais-les disparaître, pas tomber, dis-pa-raître.
- Mais j’essaye ! Lu Tan se défend. »
Le type est trop surpris pour réaliser que je suis en train de lui arracher son arme des mains.
« Bon, sans blague, je dis, une fois que c’est fait, vous êtes vraiment un casse-couille vous. »
Il appuie sur la gâchette qu’il n’a plus.
« Ah bah pour un casse-couille…, l’autre fait.
- Mais vous, vous êtes pas flic au fait ?
- … En théorie. Mais… c’était avant la lettre.
- La lettre ?
- Un truc que j’ai arrêté d’essayer d’expliquer. Encore un, il fait en sortant son paquet de clopes. »
Il l’allume.
« En fait, j’ai arrêté d’essayer d’expliquer la plupart des choses qui m’arrivent, il ajoute en tirant une longue bouffée qui le soulage visiblement d’un fardeau mental, je me suis dit que vous pourriez m’aider.
- D’accord, je dis, et lui ?
- Bin, je pensais qu’il m’aiderai mais finalement, il m’a apporté plus d’emmerdes que de réponses. »
Il soupire de la fumée.
« J’aurais du m’en douter le jour où il a débarqué dans mon bureau.
- Won’t you ever care about me ?
- Il pige le français ?
- Pas beaucoup je crois.
- Ok. Listen, je dis en agitant aléatoirement le flingue devant lui, You are not gonna take me away. And You’d better stop shouting orders all the time, ’cause you begin to annoy me seriously. And we’re gonna have a drink and talk a bit. ‘f you got questions, now is the time.
- What the-, il s’arrête en pensant à une balle qui pourrait partir, you’re serious ?
- Dead serious. ’still doubt ?
- You’re gonna have a drink ? Now ?
- Yeah, lunch’s coming, time for dah apéro.
- But- But- You’re supposed to be a terrorist !
- Am I not ? »
Il s’arrête pour remettre ses idées en place.
« So…, je reprends, will you join us ?
- He ? No ! Never !
- Ok. »
Je fais signe à l’autre de me suivre.
« Donc vous avez besoin d’aide, je résume.
- Heeeeeee ! L’autre beugle, where ‘re you goin’ ?
- Drink. And then eat. Don’t you ever listen when people talk to you ?
- You’re not goin’ nowhere ! Il fait sortant une autre arme, you come with me !
- Why the fuck would I miss my favorite part of the day ? »
Il libère le percuteur nerveusement. Sans savoir quoi penser.
« You come with me ! That’s what !
- Look, I told you I won’t, je dis, patiemment, so I won’t. End of matter.
- Yes you will ! I’m a CIA agent ! You have to obey !
- You’re in Europe, stupid, and you could be an agent of god, it wouldn’t change a damn thing in my answer : Go fuck yourself.
- You’re an enemy of Freedom ! I fight for freedom !
- Obviously not mine, but whatever, I’m just tired of having this fucked up conversation with you. So please, get away and do whatever you want but leave us, ok ? »
Je le laisse en plan. Il tire plusieurs balles qui se perdent dans un troisième mur de chair.
« On disait quoi ? je fais à l’autre.
- Que j’avais besoin d’un peu de lumière.
- Ah. Ouais… »

« I’ll be back ! » Il dira quand plus personne ne l’écoutera.
« I’ll be back ! » Il dira pour penser qu’il n’a pas échoué.
« I’ll be back ! » Il dira encore. Pour combattre le ridicule de sa solitude.
Et il se taira.

• • •

May 7, 2007

Venise

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 11:48 am

Dans les quelques rues sèches de Venise, un homme erre depuis le lever du jour. Son nom n’a plus d’importance pour personne. Il travaille pour des gens qui ne soucient que ses capacités. Pour des gens qui nient l’identité propre de leurs outils. Outils qui le leur rendent bien en profitant abondamment des avantages que présente leur statut. Tout ce qui n’a pas de personnalité leur est facilement accessible. Armes, filles, argent. Tout ce qui est éphémère et ne demande pas d’attache. C’est un homme qui ne s’intéresse finalement qu’assez peu à ces choses là. Il préfère de loin la sensation de toute-puissance que lui procure l’anonymat. Il peut entrer presque partout. A un permis de tuer en terre étrangère. Peut se procurer du matériel dernier cri si le besoin s’en fait sentir. Il n’est qu’une seule chose qui lui soit interdite, l’exubérance. Depuis plusieurs minutes, il se sait suivi. Dans sa recherche d’un passage dont l’existence commençait à lui sembler douteuse, il a remarqué un professionnel à ses trousses. Le principal défaut d’être un agent de l’ombre, c’est que mourir n’est qu’assez rarement le sommet de la gloire. Lui, il s’en fout, il fait ça pour sa patrie et veut mourir pour cette terre de liberté qu’est l’Amérique. Il est stupide mais personne n’est assez convainquant pour le déstabiliser. De toutes façons, si vous avez le malheur d’essayer, il fera immédiatement une enquête sur votre entourage pour trouver d’éventuels contacts qui prépareraient le retour de l’U.R.S.S de Staline. C’est un enfant de la guerre froide et il est né du côté des vainqueurs. Il hait la vermine communiste. Oui. Il la hait, cette engeance qui veut la mort de la liberté. A un coin de ruelle déserte, il s’engage dans une cour. C’est pas un rouge qui l’aura, ça non. Aussi sûr que la fourmi ne mange pas l’aigle. L’autre l’a suivi. Cette pourriture ne se doute pas de ce qui l’attend. Quelques secondes passent. L’autre a compris. Aller au devant du danger. Il fait un pas en avant et, ce faisant, trahit sa position, poussant son poursuivant à la même faute. D’un seul mouvement, ils se heurtent l’un à l’autre au coin de la cour et engagent un pugilat violent sur le pavé. Ils échangent des coups. Des clés. Quand enfin il parvient à plaquer son adversaire sur le mur, il jure. « You ? Here ? Damn French ! » Il le lâche. « What the fuck are you doin’ here ? » le lieutenant tousse. « Zat’s exactely ouate aïe am demanding to me.
- I asked first !
- Ho ! Ho ! Calmos, grand marabout ! Bi qwaïeute.
- Answer me !
- Aïe am hir bicauz of iou are hire. Someouane m’a dit que je finderai ce que je was cherching for.
- What the heck ?
- Oh ! Oh ! Plise, be polaïte, I’m from ze police you no. » Le lieutenant rit. Polite. Police. Ca le fait toujours rire. « Why d’you follow me ? I’m not your target !
- Yes, zat’s raïht, my good monsieur. But I sink you canne elp mi.
- Help ? You ? You kiddin’, I work my own way.
- If iou donte, i folo iou jusqu’à ce que ça soit over. Andeurstand ?
- Nah fuck, l’autre répond, en pensant que c’est une option des plus probables.
- Iou have bèeteur tou accepte, I ave some sings zat are intérestingue.
- Really ?
- Yes, soeur. » A contre-coeur, il accepte. Et, ni l’un ni l’autre n’étant dupe de la bonne volonté de l’autre, ils décident de ne pas se quitter. Pour éviter les secrets. Pour la bonne entente de l’équipe. Pour leur plus grand malheur. Heureusement que le lieutenant fume. Ca lui fait supporter n’importe quel abruti. Même américain.

• • •

April 2, 2007

Rester calme

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 9:38 am

Le lieutenant Thabord devient fou. Après avoir fumé une cartouche, après plusieurs litres de café et autant de repas sautés en trois jour, il doit bien admettre que non. Pas fou. A peine perdu la raison. Sans qu’aucune explication rationnelle lui ait été fournie, le texte d’un manuscrit qu’il a lu des dizaines de fois a changé. En trois jours, il n’a pas osé vérifier. Constater que le sceau brisé est le même suffit a lui donner la chair de poule. La seule solution qu’il puisse envisager est que le texte a effectivement changé. En y réfléchissant suffisamment, il finit par se dire que c’est un nouveau procédé révolutionnaire venu des Etats-Unis. Après tout, maintenant que la C.I.A s’en est mêlée, ça ne l’étonnerait pas beaucoup. Il a tort. Il ne veut pas le savoir. Tout ceci a une explication et c’est pas un procédé graphique qui va le faire douter. Une lettre écrite à la plume, parfumée, donnée sans explication qui finit par se transformer, ça peut venir de n’importe quoi. Pas vrai ? se dit-il. Donc, c’est normal. Ca rentre dans le champ de ce qu’il imagine être possible. Tout va bien. Sauf ses poumons et son taux de caféine. Et quelques carences annexes.

Une fois qu’il s’est suffisamment détruit la santé, le lieutenant peut d’habitude se remettre à penser. A penser très fort. Mais efficacement. S’il parle de ça à qui que ce soit, il a une chance de finir en section psy. Ou de se faire tuer pour avoir divulgué les secrets de fabrications des services spéciaux américains. Ou même pire. Il est seul. Bon. Jusqu’ici, ça va. Il a l’habitude, au fond. Il ne sait vraiment pas après quoi il court et là ça commence à coincer. Il ne peut pas faire demi-tour et doit fuir vers l’avant. Ca lui va. Il n’aime pas regarder en arrière. Il n’aime pas non plus faire du sur-place. Piétiner. Le hic, c’est qu’il a beau chercher, il ne sait plus où est l’avant. C’est un problème. La seule chose qu’il est sûr de vouloir retrouver c’est trois fous qui n’ont probablement pas fini leur crise d’adolescence. Les esprits obscurs qui hantent la montagne, très peu pour lui. Les enquiquineuses qui aguichent le mâle solitaire en parfumant des lettres piégées, non, merci, il a donné. En définitive, il n’est pas certain de vouloir savoir le fin mot de l’histoire. Après tout, l’Italie est loin d’être sous sa juridiction. Et sa réserve de semaines de congés finira par se tarir. Saloperie d’administration. Pour un peu, il ferait grève tiens.
Mais quand même… C’est trop bizarre pour être honnête. Et on ne laisse pas la malhonnêteté impunie. Foi de lui.

Est-ce qu’il avait vraiment besoin de venir à Venise ? Tout ça pour rester cloîtré dans un hôtel. Sans même envoyer une carte postale à sa maman. Non, vraiment, une mauvaise idée. Pourquoi faut-il qu’il se sente obligé de suivre une piste quand il la voit ? La curiosité le perdra. Il le savait depuis qu’il avait voulu savoir ce qu’il se passait dans le bureau du directeur qui restait allumé la nuit. Chaque lundi. De dix heures à minuit. Après avoir été abandonné. Il savait qu’il n’aurait pas dû y aller. Mais il aimait trop jouer à l’inspecteur-aventurier. Quarante heures de colle. Tu parles d’un souvenir. Peut-être qu’après il n’aurait pas détesté l’école et n’aurait pas été obligé de passer le concours de la police. Quand on rêve d’être Indiana Jones, ça la fout mal. Il écrase un énième mégot. Cette fois, il est décidé. Il ne laissera pas passer cette histoire. Quarante heures de colle… Ca valait bien ce qu’il avait découvert. Pourquoi ça changerait ? Il va rouvrir la lettre et découvrir la suite des instructions. Et l’inspecteur de la C.I.A va l’entendre. Ah ça oui! ‘bécile de ricain.

• • •

March 5, 2007

Faster

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 1:41 am

La larme qui noie la colère.
La lacrymo qui disperse la foule.
La peine qui noie la colère.
Le type en bleu qui te matraque quand tu vois rouge.
De quelle couleur est la haine ?
Changer de chargeur. Bouger.

Nouvelle planque. Nouveau rempart. Même combat.
Nouvelles douilles. Mêmes flingues. Mêmes alliés.
Nouveaux tirs. Nouveaux morts. Mêmes cibles.
Ils sont coincés. Enfermés. Assiégés.
Quelques pièces. Leurs derniers retranchements.
Leur forteresse est à nous. Encore un sous-sol.
Les couloirs remplis d’anges dorés.

L’escalier. Julie me fait signe.
Ils les auront sans moi.
Le temps joue contre nous.

J’y vais.

• • •

Cold

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 1:40 am

Une fresque de la Renaissance arrête mon attention. Caïn tuant Abel. Une peinture nuancée où ne brille que l’absence de Dieu, supposé être ailleurs.
« Abel. Le premier des martyrs. C’est un passage fascinant, n’est-ce pas ? »
Sa lame crisse sur le marbre.
« Je préfère Caïn, je dis, il est humain.
- C’est un assassin.
- Il n’a pas tué ses agneaux pour les servir à Dieu. »
Il rit, méprisant. Je me tourne vers lui.
« L’on ne peut confondre la mort d’agneaux et celle d’un homme, créature divine parmi les terrestres. Mais c’est sans doute trop demander à un rejeton du Diable que de le comprendre.
- Vous êtes stupide, je dis en revenant à la fresque, et Caïn n’en reste pas moins humain.
- Vraiment ? En tuant son propre frère ? Et en n’osant dire la vérité face à son créateur qui sait et voit tout en ce monde ?
- Si Dieu est ce qu’il est, je dis, sans vraiment prêter attention à ce qu’il dit, et qu’il a créé l’homme à son image, pourquoi Caïn est-il un meurtrier ? »
Sa colère monte.
« Mais plus que ça, je dis en admirant la qualité d’une peinture qui a traversé les siècles, pourquoi, sachant que Caïn ne l’accepterait pas, a-t-il délibérément refusé son offrande ? Il savait que Caïn tuerai son frère. »
Sa lame frappe contre mon flingue.
« Finalement, la colère a changé de camp, je dis pour le provoquer. »
Je recule alors qu’il sabre dans le vide. Je pointe mon arme. Gâchette. Enrayé.
« Dieu est avec moi, il crie pour sonner mon glas. »
J’arrête sa lame à pleine main.
« Ca se peut, je dis. »
Je le frappe suffisamment fort pour qu’il tombe.
« Mais ça change rien. »
Je retourne sa lame couverte de mon sang contre lui.
« Je ne suis pas là pour discuter de la teneur de la Bible, je dis.
- Vous pourrirez dans les profondeurs de l’enfer païen et les Portes du Paradis vous resteront à jamais fermées ! Hérétique !
- Tant mieux, je dis en posant la pointe de la lame sur sa pomme d’Adam. Je demande que ça. Qu’il me foute la paix, ce gros con. »
La Haine le gagne encore une fois.
« Je lui ai rien demandé.
- Vous êtes le Mal personnifié, il crache.
- Et Dieu m’a créé, je réponds, ironique. »
Il essaye de prendre une longue dague effilée qu’il cachait encore. Sa lame perce sa propre gorge. Il s’arrête dans un gargouillis. Dieu n’est qu’un mythe. Dernières convulsions. Je la laisse plantée. Encore un chasseur de moins.
« Connard de nazi, je dis en partant. »

Les combats des niveaux supérieurs se calment. Quelque part, Julie pose les bombes qui réduiront ce palais d’art qu’est la forteresse, enterrant du même coup les installations des traqueurs.
Nous n’avons qu’un seul message à l’adresse de ceux qui nous veulent morts.

Arthur

• • •

February 5, 2007

Troubles

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 3:40 am

” Putain de baraque de fous…
- T’as vu les meubles? On se croirait, chais pas, chez louis XIV.
- Ouais, il a pris la poussière le vieux.
- C’est une baraque hantée. C’est obligé.
- Mike, je t’ai pas dit de la fermer ?
- On va crever les gars, je vous aurai prévenus.
- Bo- ”
Mike sursaute.
” Ca a bougé. Là.
- Putain mais calme-toi, c’est un rat à tout les coups.
- Vous pouvez pas la fermer ? Xavier fait, j’essaye de voir si y’a quelqu’un.
- Ouais, bah si c’est le cas, on est grillés à cause de ce con.
- Grillés ! Grillés !
- Bordel mais ferme-la putain ! Et fume un truc, sérieux. ‘Tain, pourquoi on l’a emmené ?
- On va crever ici… Dans un trou à rats. ”
Il sursaute.
” A RATS! ”
Khalim vient lui en coller une quand on entre.
” Tiens, il fait, les sympathiques promeneurs ! ”
Il nous regarde tour à tour en laissant Mike trembler.
” Quand je pense à ce que vous nous avez fait gober.
- C’était vrai, je dis.
- Ah bon ? Et là vous allez au hasard et vous vous arrêtez là où vous pose le vent ?
- Presque, je dis. Le vent a tourné.
- Bordel ! Mais tu nous prends vraiment pour des cons !
- A RATS ! ”
Mike sursaute à l’arrivée de Zack.
” C’est vrai, il dit, on pensait pas que ça irait aussi vite.
- Aussi vite que quoi ? De quoi ? Mais-
- Arrête Khalim, Xav’ fait, ça sert à rien de s’énerver. Je sais pas toi mais je les crois même si je pige rien.
- Vous pouvez pas nous suivre, je dis.
- Ah nan, Khalim fait, là je marche pas. Ou alors va falloir me convaincre. ”
Il sursaute aux détonations.
Zack s’est tiré dessus trois fois. Dans le ventre. Ca cicatrise à vue d’oeil.
” Qu’est-ce qu- ?
- Cherchez pas à comprendre. Vous pouvez pas nous suivre.
- Attends mais…?
- A RATS ! A RATS ! A RATS ! ”
Khalim lui en colle une. Ca le calme.
” Qu’est-ce que ça veut dire ? Il demande.
- Ca veut dire qu’on a des pouvoirs que les humains sont pas supposés avoir.
- Des… Superpouvoirs…?
- Si tu veux, elle fait.
- Et on va gober ça ? ”
Je soupire.
” Khalim… Tu sais que veut dire Inquisition j’imagine ? ”
Il réfléchit deux secondes.
” Des genre de chasseurs de sorcières ? ”
Je bloque le poing de Xavier sans vraiment y penser.
” Qu’est-ce que tu crois qu’ils nous feront s’ils nous trouvaient ? ”
Xavier recule. Convaincu.
” … Des trucs pas cools.
- A RAAAAAAATS ! ”
Mike tremble beaucoup.
” Pas normal, c’est pas normal, il fait. Nan, pas normal ! PAS NORMAL ! ”
Khalim lui en remet une bonne. Mike tombe, hébété.
” Mike, c’est juste des mutants…
- MUTANTS ! MUTANTS !
- Bordel de merde. ”
Il lui colle une manchette qui l’assomme.
” Ca ira mieux t’t à l’heure, il dit. ”
Xavier fait mine de dire quelque chose avant de retourner à ses réflexions.
” Vous voulez bien veiller sur Lu Tan ? je demande.
- Sans savoir pourquoi ?
- Pour l’instant.
- … Ca me va.
- Ca me va aussi, Xavier fait. “

• • •

January 1, 2007

Filature amateur

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 3:07 am

” Bordel, fais gaffe ! ”
Khalim tire Mike en arrière.
” Putain, t’es con, tu vas nous faire repérer.
- Mais vos gueules “, Xavier fait.
Du coin de l’immeuble, ils espionnent Fix et Julie qui discutent avec un inconnu.
” Je vous l’avais bien dit qu’ils nous cachaient un truc “, Mike dit.
Fix et Julie traversent la rue pour frapper à une porte.
” Bordel, mais qu’est-ce qu’ils branlent ?
- J’en sais rien, faudrait se rapprocher. ”
Ils se cherchent le courage de le faire. Quand Mike a demandé ce qu’ils foutaient là en se réveillant, ils ont réalisé qu’ils n’en savaient rien. Un trou béant dans la mémoire. Ils ont connu des réveils difficiles. Ca revient avec le temps. Pas cette fois. Au fil des jours, le trou reste. Un trou qu’ils n’ont jamais remarqué. Comme une pièce inconnue chez soi. On passe devant pendant des années. Et elle nous tombe dessus.
Khalim a voulu s’avancer avant que Xavier ne l’arrête.
” Attends, regarde. Tu vois rien de bizarre ? ”
Une rue. Fix. Julie. Un autre inconnu sur le pas de la porte. Une vieille qui promène son chien et son cabas. Deux voitures garées.
” Ben… Nan “, Khalim fait.
Une voiture passe dans la rue.
” Toujours rien ?
- Nan toujours rien. C’est une putain de rue déserte, qu’est-ce que tu veux que je trouve de bizarre ?
- C’est exactement ça. Y a rien. Tout est normal.
- Bon alors quoi ? Tu m’as fait chier dix minutes pour me dire que tout va bien ? Khalim dit avant de se demander si son plan d’approche est toujours bon.
- Nan. T’as pas compris. Tout est normal.
- Oui, bon, et quoi ?
- Ouais, et quoi ? Mike fait.
- Vous avez pas remarqué ? On les suit depuis un moment mine de rien. Et tout est normal… Regarde la vieille avec son chien. Elle a pas regardé une seule fois vers eux. Y’a personne aux fenêtres… Ils ont pas mal marché, mais personne les a remarqués. Personne les a mal regardés ou quoi… Pourtant, une nana comme Julie, ça passe pas inaperçu. Et Fix, sérieux, je le croise dans ma rue, je me demande ce qu’il fout là. Mais nan, rien, tout est putain de normal. ”
Khalim et Mike réalisent au fur et à mesure que Xavier parle que tout est affreusement anormal de banalité. Mike panique.
” C’est des fantômes. Ils vont nous bouffer nos âmes comme dans ce film, là…
- Bordel, Mike, ta gueule, Khalim dit, et arrête de regarder des films de merde quand t’es fonc’dé. ”
Ca le calme un peu.
” Y’a pas que ça, Xavier reprend, même nous, on fait tache dans le décor. T’as pas remarqué ? On nous a pas adressé un seul coup d’œil. Même pas méfiant ni rien. Nan. On est invisibles. ”
Mike reprend peur. Khalim lui colle une claque derrière le crâne.
” T’es chiant quand t’as pas fumé, tu sais ? Déstresse deux secondes. ”
Il reprend l’observation.
” C’est putain de chelou.
- Ca, tu l’as dit. On fait quoi ? ”
Fix et Julie finissent par entrer.
” On va là-dedans.
- Pour quoi faire ?
- J’en sais rien. Je veux savoir ce que c’est que ce bordel.
- Je veux pas. On va se faire gauler. Et…, Mike tremble, ils vont nous arracher notre âme !
- Mike, tu me gonfles, Khalim dit, tu fermes ta gueule et tu viens avec nous. ”

Arthur

• • •

December 4, 2006

It’s getting weird

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 2:28 pm

Le lieutenant Thabord est du genre rationnel. Profondément rationnel. Il ne jure que par la logique et la physique. Tout a forcément une explication. Même la lettre.
Depuis quelques minutes, il doute. Les symboles trouvés sur la plage près du dernier meurtre ne peuvent être qu’une fausse piste laissée volontairement. C’est logique. Malgré tout le talent déployé pour les graver à même la roche aussi nettement, ça devait nécessairement être une signature. Ou un délire mystique. Au pire. Rien de très concret à creuser. Il sait qui est coupable. Quelle arme a été utilisée. Combien de balles ont été tirées. Il ne lui manque qu’un mobile. Quoique ça ne soit que par curiosité. Il lui faut mettre la main sur les meurtriers. Un point c’est tout. Ne pas se mouiller dans cette histoire de fous. Furieux même.
La lettre l’a guidé dans les Alpes. En Suisse ? En Italie ? En France ? Il n’en sait rien. Pour ce qu’il en sait il pourrait aussi bien être en Autriche qu’il ne verrait aucune différence. Un de ces coins de montagne tellement isolé et propre qu’il en viendrait presque à croire que la pollution n’est qu’une vaste blague. Il a dû marcher presque une heure pour venir ici. Une bicoque de pâturage, pratiquement en ruine. Pas moyen d’en trouver la trace où qu’il aille. Cette maison n’existe pas. Tout simplement. Il a demandé au village où il a laissé sa voiture. Rien de bien bon. Des commérages de villageois craintifs qui croient encore au grand méchant loup. Qui confondent planque de terroristes et sorcellerie.
Il n’aime pas beaucoup la montagne. C’est un citadin. Un parisien d’un bout à l’autre de sa cigarette. Tout a l’air vieux dans la campagne. S’il s’est cru au Moyen-âge en parlant à des paysans superstitieux, maintenant il se demande s’il n’est pas tombé plus bas encore. Sur tout le trajet il a pesté contre les croyants. Du premier des chrétiens au dernier des païens. Il les hait. Tous.
Depuis qu’il est au milieu de ruines, il doute. Des runes tapissent les murs. Mêmes caractères, même facture indéfinissable. Il se dit régulièrement que ça n’est qu’une symbolique. A chaque fois qu’il sent une ombre lui tourner autour, il sait que non.
Il aimerait se dire que ça n’est que son imagination. Il sait que c’est faux. Il déteste ça. Il ne veut pas craquer face à des peurs irrationnelles. Il est du genre cartésien et compte bien continuer à l’être encore un bon moment. N’empêche qu’il flippe. Il se retourne trop souvent maintenant. Il a peur. Vraiment peur. Quelque chose l’observe. Quelque chose de physique. Trop physique pour être un rêve. Des sueurs froides. Il veut se concentrer pour analyser le lieu. Trouver des indices. Savoir pourquoi on l’a mené ici. Il veut bouger. Arrêter d’avoir peur. Penser que tout va bien. Que le monde est rationnel et pourri. Il veut son train-train. Il veut sa vie. Il veut se souvenir de tout ça comme d’un cauchemar.
Il court. Il court loin. Entre les rochers, il court. Il trébuche. Il se relève. Il perd son paquet de clopes. Il s’en fout, il court. Il fuit. L’enfer n’est pas à ses trousses. Le soleil brille. Juillet va sur sa fin. C’est un bel été et la montagne est verte. Il ne se retourne pas. Il ne veut pas penser à tout ça. Il sait que ça lui laisse une chance de ne plus jamais se rendre compte que le monde n’a rien de rationnel. Il sait qu’il a probablement tort. Il s’en fout. C’est ce qu’il pense et rien au monde ne le fera quitter la sécurité d’une vérité ancrée au fond de lui. Sauf la proximité de la mort. Il a réussi toute sa vie à fuir la mort. Il a réussi toute sa vie à rejeter l’irrationnel avec elle. Il a senti sa forteresse s’effriter. Il croit l’avoir sauvée. Il croit pouvoir reléguer tout ça au rang de cauchemar. D’hallucination. Peut-être même qu’il pensera que le manque d’oxygène y était pour quelque chose. Ou qu’une spore lui a faussé les sens.
Au village, il achète des cigarettes à l’épicerie-tabac-boulangerie. Il en grille une à peine sorti. Il fait chaud. Sa clope est dégueu. Il est heureux. Ses soucis partent en fumée. Il est heureux de pouvoir se dire qu’il fume une saloperie. Qu’il en crèvera peut-être. Qu’il doit faire attention à sa consommation. Il sait que ses habitudes mentales tiendront le choc. Un jour, il oubliera l’existence de cet endroit. De cette affaire. Et tout ira bien.
Il reste longtemps sur un banc à bronzer. Il aime la vie. Définitivement.
Dans sa boîte à gants, une lettre attend sagement de se rappeler à son bon souvenir. Et son monde s’effondrera à nouveau.

Arthur

• • •
Next Page »
"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

Moteur : WordPress • design : Wench + anatsuno [Merci beaucoup !]