Atar sur le tard
Mauritania. Desert. Coldness in the night. Nous ai acheté deux duvets en plume d’oie, pas en fibre synthétique. Une traversée du désert en sept jours, à raison de vingt kilomètres par jour, à pied ou à chameau, pour la jouer Théodore Monod. A la petite semaine. Trois jours en case et quatre en bivouac dans le désert, en buvant le thé (amer, vaguement néo-colonial et amical) avec nos guides midi et soir. Du vent et du sable partout. au réveil, des dunes oreillers partout aux alentours. Retour illusoire but sublime à l’état de nature. Toilettes à ciel ouvert.
Qu’on se figure un territoire deux fois grand comme la France et peuplé par deux millions d’habitants, pour la plupart pauvres comme Job… Facile de jouer les explorateurs fatigués, voire obscènes. Mais le coeur, le corps et l’exaltation y sont.
La vraie vie pourvu qu’elle ne dure pas trop longtemps, pensa l’urbaine créature, qui, parfois, gémissait qu’elle n’arrivait pas à dormir de la nuit dans la tente qu’il fallait démonter tant bien que mal au réveil.
Un désert de lumière, de toutes petites tempêtes de sable, les dunes figurant autant de hanches féminines et de bassins méditerranéens.
J’ai mangé un tagine cuisiné au chameau, ma foi succulent…
De A à Z, immensité, absolu, paysages lunaires, dunes tranchantes ou rondes qui affûtent l’esprit comme autant de scalpels sensuels… Marcher, ça te fait oublier ton petit ego roi. N’empêche que j’étais le nombril du désert : un petit rien du tout inspiré par l’infini, un temps habité par un souffle vital à l’origine incertaine et à la fin certaine.
Un absolu grisant.
Later.
Du haut d’une dune,
Assis pieds nus dans le sable chaud du crépuscule,
Je contemple la naissance de la lune.
Chaque soir,
Une fois le bivouac choisi
Et les tentes installées,
On y grimpait
Pour voir le coucher du soleil,
Qui ne donnait jamais pleine satisfaction.
De-ci, de là, on entendait quelques réserves
De membres du groupe sur la qualité vespérale.
Ah, solitaire, par deux fois, il s’en fut
S’en fumer un au Manali
Du haut de sa dune de Mauritanie.
Suavement assassines,
Acres, les volutes haschischines
L’envoyaient en l’air
Sans en avoir l’air ;
À perte de vue, le sable
A reflet d’or rangé,
Ocre, jaune selon l’heure
Grognon ou béat
Selon l’humeur.
In the mood for desert,
Except in the morning.
Se réveiller, prendre un petit-déjeuner
De grosse miche pas assez cuite
(Pain cuit au feu de bois la veille au soir), puis marcher deux ou trois heures, le temps de s’éveiller au monde de silence environnant. Ah le vent se lève, hélas, charriant du sable plein les yeux. Puis, une fois qu’on a chaud, une petite heure de chameau. Jusqu’à la pause déjeuner, avec sieste forcée dune heure trente pour respecter la coutume locale. Puis, repartir à flancs de Blacky, mon noiraud préféré, qui blatère à tout va et tente d’éjecter son occupant pendant les phases de décollage et d’atterrissage, le temps de digérer.
En tête de caravane, les cent pour cent purs marcheurs : Jean-Pierre (prof de physique à la fac de Pau), Jean-Paul (kiné de l’équipe de rugby paloise) et Robert (technicien à France Télécom).
Quand on se sent reposé, de nouveau alerte, marcher encore, dans la chaleur et la poussière de sable, jusqu’à l’étape du jour, bivouac ou auberge au confort sommaire. Il pense que ce développement qu’on voudrait durable a du plomb dans l’aile. Faire un plein d’énergie, mais pas fossile. Invoquer plutôt un dieu de Eoliennes. Espoir pour la soif.
Etre enfin Alexandrine, Alexandra… David Neel (qui demanda le renouvellement de son passeport à cent ans, à la grande surprise préfectorale de sa région française d’élection) ou un personnage de David Niven. Laurence d’Arabie à Petra, sans la British Petroleum. Juste comme ça. Ne pas braquer des sculptures précieuses à Angkor Vat comme un sagouin enministrable.
En ce début de vingt-et-unième siècle, on a l’aventurisme éclairé qu’on peut. Vivre des aventures exploratrices sans mot dire. Débarrassé du bagage colonial, harassé par une saine fatigue randonneuse en fin de journée. Débarrassé du langage. Faire cap sur les pôles, sans malle Vuitton ni Degrifftour du voyage de masse en kit. Tracer la méridienne d’une poétique sans heure de pointe. L’épopée intérieure de la re-découverte de soi à l’aune de l’autre. Et vice versa. Un troisième thé chaud à la pause-chameau pour fêter ça.
A Ouadane, à Shingetti, villes fantômes et, jadis, comptoirs portugais répertoriés par le germano-portugais Valentim Fernandez in the beginning of sixtine siècle (comme écrira dans la suite du Code Da Vinci un littérateur anglo-saxon à fort tirage). Y arraisonner le roulis du temps. A raison d’une minute par grain de sable.
De Ouadane, à Shingetti, villes fantômes et, jadis, comptoirs portugais répertoriés par le germano-portugais Valentim Fernandez. Y arraisonner le frottis du temps tempête . A raison d’un grain de sable renouvelable. Espérer qu’en 2100, qu’en 100002, les énergies de substitution ne se déroberont pas. Le désert ne se refermera pas sur les papas.
Christophe Riedel