January 5, 2009

Hautes-Alpes

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 3:34 am

Les cimes des tours du XIIIème arrondissement sont prises dans le brouillard. Le ciel est blanc et il ne reste d’elles, dans ce blanc, qu’une trace. L’air saturé d’humidité apporte un parfum d’automne, terre, cendres, qui étreint le cœur. Pour peu de feuilles vertes qu’il reste aux branches des arbres de l’avenue de Choisy, elles ont cette teinte forte que seul le gris sait donner au vert. Le cuivre et l’or se marient dans le plomb. L’asphalte luit. Les semelles de mes chaussures savent le froid du sol, je sens mes orteils, je laisse entrer en moi la saison.

Cha

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November 3, 2008

Vie sauvage

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 9:21 am

On n’en parle pas, et pourtant. La vie en a été transformée et il a suffi pour ça d’une décennie, les années 1990. Au début, on ne les aimait pas, il faut dire que leur aménagement a été un laboratoire de mauvais goût. On leur préférait, et de loin, la route prioritaire, priorité aux collisions les soirs de cuite, violence rituelle, sacrifice de la jeunesse aux mânes de l’absurde et du métal. Et puis, on s’y est fait. Lieux désertés et entretenus, les carrefours restent des territoires à explorer. On y voit la ville sous un angle inédit. On peut y faire, sans tapage, de tranquilles révolutions. On y gouverne le flux des véhicules qui, sans exception, se détournent et nous contournent. Puissance remarquable. J’aime à m’y installer, avec un ami ou un livre, et, dans le ronron des moteurs, m’abandonner à la rêverie.

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September 1, 2008

Change

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 10:34 pm

Elle avait calé la blanquette sur la banquette, collé le hurleur sur la table et tiré les scotchs. D’une main elle lui levait les deux pieds, tandis que de l’autre elle essuyait le petit derrière d’une lingette tirée du sac, dégageait rassemblait en boule la vieille couche, saisissait ouvrait glissait la propre sous les fesses minuscules qu’elle y déposait doucement en relâchant les chevilles. D’un geste précis, elle écartait les petites jambes, rabattait la couche sur le ventre et, de part et d’autre, positionnait les bandes collantes. « La prochaine fois, allez faire ça dans les toilettes », dit le garçon. Elle lui sourit, cala le bébé apaisé dans son couffin et repartit, rêveuse, sur la blanquette.

Cha

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January 7, 2008

Velib’ mod’op

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 12:54 pm

Le Velib’ c’est pratique, et c’est facile moyennant quelques précautions.

Si les loupiotes des plots de l’aire de stationnement sont toutes rouges, ou éteintes : passer son chemin.

Ignorer les cycles dont la selle est tournée vers l’arrière.

Détecter un pneu arrière gonflé.

S’il y en a plusieurs, se diriger vers le vélo qui a la selle réglée à la bonne hauteur.

Vérifier que la loupiote individuelle est verte.

Si besoin, vérifier que le panier est présent et qu’il tient suffisamment.

S’assurer que le pneu avant est gonflé.

S’assurer de la présence d’une chaîne, suffisamment tendue.

Prendre des deux mains le guidon pour vérifier qu’il est fixé au cadre.

Vérifier à l’oeil si la roue avant est dans l’axe du cycle.

Soulever la selle de façon que la roue arrière ne touche plus le sol et actionner du pied la pédale pour vérifier l’entraînement de la roue. Détecter un éventuel cliquetis de mauvaise augure.

Vérifier que le carter tient, qu’il ne frotte pas ou ne bloque pas la course du pédalier.

Si la selle n’est pas à la position souhaitée, la régler, ou du moins, essayer.

Toutes ces étapes franchies, dans l’hypothèse où il y a peu de cycles disponibles, jeter un coup d’oeil sur la borne où, peut-être, un concurrent brigue le même numéro.

Passer le navigo pour faire virer la loupiote à l’orange. Attendre qu’elle repasse au vert et désamarrer. Rouler.

Négliger de s’arrêter à une station dont les voyants sont tous rouges ou éteints : le vélo serait considéré comme non restitué jusqu’à la remise en service de la station. Jusque là, il ne serait plus possible d’en emprunter un.

Amarrer le vélo à un plot libre, et attendre le bip-bip de libération.

A noter :

Si l’on emprunte un vélo qui s’avère illico inutilisable, on peut, juste après l’avoir restitué à la station même où l’on vient de le choisir, en obtenir un autre sans délai.

Si l’on déraille et que l’on rejoint à pied une station, il faudra attendre quelques minutes avant de pouvoir prendre possession d’un vélo de remplacement. En profiter pour mettre la selle vers l’arrière.

Cha

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December 3, 2007

Le jeu des 7 différences

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 12:53 am

C’est l’hiver, c’est la grève. La file n’en finit pas de zigzaguer dans le bureau de poste.

Quelques rangs devant moi, deux sexagénaires encore verts avancent du même pas. Coiffés d’une chéchia blanche, vêtus d’un pardessus bleu sombre, ils me présentent sous le même angle leurs deux profils en anamorphose, l’arc de l’un plus bandé que l’autre. Sont-ils frères ? Aucun geste de l’un vers l’autre.

Embarrassée de mon paquet, je joue au jeu des sept différences, histoire de tromper l’attente : l’homme au profil accentué, le moins grand (mais de peu), a la peau sur les os. Sous le front qui monte en pente douce vers des boucles serrées, les yeux sont bordés de cils sombres, courts mais courbes. Les ailes du nez busqué sont fines, les lèvres, dessinées, surmontées du fin liseré d’une moustache blanche. Le menton rejoint vite le cou. Son voisin a les traits à la fois plus fermes et plus en chair, une chair qui s’est tenue mais qui commence à se plisser. Ses sourcils sont broussailleux, son nez plus épais. La moustache, poivre et sel, couvre tout l’espace du bas du nez à la ligne de la bouche, décidée, ponctuée d’une fossette qui veut dire : dents serrées. La mâchoire, bien horizontale, accuse de l’autorité. Ressemblants, par les proportions de leurs profils. Très différents. Les voici candidats au prochain guichet qui se libère. Ensemble, ils s’y dirigent. Bingo.

Cha

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July 2, 2007

Springfield

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 11:13 am

Stèles (à la Victor Segalen )

La banlieue résidentielle américaine, modèle Springfield

C’est un endroit presque fractal dans l’impression d’infini qui s’en dégage, dans sa répétition… mais là où les fractales naissent dans les choux (Romanesco, je veux dire), ici tout est fabriqué par la main de l’homme, sa main formée au geste habituel, sa main qui radote ; par son pied botté, pour le confort et l’efficacité, botté de totalitarisme et d’uniformité – ici tout est artificiel, construit, pensé, tout vient comme on dit d’un procès, ce qui n’est pas une garantie d’intelligence. Vertige nonsensique. Pas de grand Architecte, mais plutôt un comité, du genre qui préside aux destinées du voisinage fleuri : dahlia, pensées, soucis ? On a d’ailleurs planifié décidé dessiné même la sinuosité, pour le naturel, voyez, celui qui ne revient, en fait, jamais au galop. Ici on roule en voiture, au pas de préférence, et les chevaux sont probablement interdits. Rien pour distraire l’œil de la litanie de maisons modèle A B ou C, rien pour distraire malgré les customisations peinturisations modifications que chaque famille peut apporter – librement ! - à son home, sweet home. Les fioritures, donc. La surface, la répétition, les détails. Ce qui reste, maintenant, c’est l’intime – le dedans de chacun. Une demeure, une famille, un individu, un intérieur de boyaux et de sang, un cerveau, 5 ou 6 sens, tout ce qu’on pense et ce qu’on ressent. La banlieue des Simpson c’est une ruche, aussi : rayon après rayon, les mêmes tubes hexagonaux, et dans chaque cellule de la cire, une cire, cette cire-là ; le poisseux du personnel, le temporel, qui passe par des yeux – uniques, forcément, un matériau unique, cette cire, et pourtant primal et commun – et les mots pour essayer de le rendre, le refaire, l’ordonnancer, pour qu’on puisse enfin danser. Dans la rue, pourquoi pas. La différence cachée dans l’identité, le secret du désir caché derrière la façade rose bonbon, pour faire plus gai, saumon, pour faire plus vrai, mais la pierre naturelle est recommandée si c’est le luxe que vous recherchez. Les Simpson de banlieue c’est l’humour de l’humain, son pathétique, ses temps modernes et radioactifs autant que son éternel féminin, masculin, américain, son éternel train-train. Ca s’écrit dans le micro, et l’accumulation, et dans la parure et dans la répétition, dans la tentative de faire s’agiter les petites maisons identiques, que la route bitumée elle-même secoue son popotin. Il y a des tas de choses que suburbia n’est pas, et elle le sait, et il y a des choses qu’elle est : pas un espace ouvert mais un espace clos, pas un lieu de travail mais un endroit dortoir, un investissement immobilier… un terrier. La seule échappatoire est comme ça vers l’intérieur, elle demande un effort, faut creuser, c’est une fuite en avant dedans – j’écris prisonnier, d’être moi, mais souvent je propose une accumulation, des impressions, des digressions… comme dans sa maison, pour se distraire, un banlieusard allume la télévision, un teenager ouvre son diary. On y habite, là. Si on veut, barricadé derrière les volets, on peut y être soi.

-ana.

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Le prix à payer

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 11:12 am

Ce n’est pas immédiatement visible, mais c’est sur la pointe des pieds qu’elle gravit la rampe vers la sortie du RER. Elle porte d’élégants talons hauts qui pourraient se prendre dans l’interstice entre les lames de bois qui forment le sol de la passerelle. Arrivée sur la partie couverte de moquette qui donne accès aux tourniquets, elle pose pied à terre, son pied hésite à chaque pression au sol, vascille, elle perd en grâce, elle s’alourdit.

Cha

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June 2, 2007

Fruits déguisés

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 7:36 am

Les hommes en costume qui viennent au Mc Donald’s de la Plaine St Denis ne ressemblent pas aux hommes en costume de la place de l’Opéra.
Les hommes en costume qui arrivent au Mc Donald’s de la Plaine St Denis portent des costumes sombres sur des chemises blanches. Leurs corps sont trapus, leurs cous puissants. Quand ils marchent leurs pieds suivent deux droites parallèles tandis que la course de leurs bras est perpendiculaire, et leurs épaules arrondissent leurs costumes.
Les hommes en costume de la place de l’Opéra portent des couleurs masculines et subtiles et des chemises à rayures, ils sont élégants et urbains, ils parlent au téléphone en plissant le front, vont et viennent, regardent au loin.
Qui désire les hommes en costume ?

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May 7, 2007

La « Criée » de Rennes

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 11:47 am

Sur tous les t(h)ons !

Il ne se passe pas grand-chose, à Paris, dans l’univers de la création artistique : on radote, on tourne en rond, on boit un coup, puis chacun va se coucher, satisfait d’un devoir inutile accompli. C’est ailleurs en France que tout naît, et singulièrement depuis sept ans à Rennes, à « La Criée, Centre d’art contemporain ».
Il faudra bien, et au plus tôt, qu’un responsable d’une chaîne de télévision, doté d’intelligence – on croit rêver… - ait le courage de produire une émission, à une heure de grande écoute, afin de montrer cette activité des artistes qui consacrent leur vie à offrir aux autres ce qui résulte de toutes les beautés de leurs rêves et de leurs désirs. « J’ai fait un art selon moi – écrivait Odilon Redon –. Je l’ai fait avec les yeux ouverts sur les merveilles du monde visible. »
Rendre visible à tout un chacun ce qu’il ne peut voir, tel est l’objectif de Larys Frogier et des responsables de « La Criée ». Qu’ils en soient remerciés. Depuis l’an 2000, le Centre d’art contemporain de Rennes produit et expose des œuvres d’artistes travaillant en France et à l’étranger, soit 179 travaux de 133 créateurs.
Ainsi, vient-on de découvrir les travaux de l’atelier « Trafik », base de création graphique et multimédia, installée à Lyon, une œuvre collective de portraits à laquelle ont participé les habitants de Rennes, dans des domaines aussi divers, mais inter-créateurs, que la typographie, l’image, l’informatique et la scénographie.
Cette année, « Just a Walk », présenté par Jocelyn Cottencin, est une découverte de « territoires » effectuée avec l’aide d’autres créateurs vivant à Glasgow, Porto, Lisbonne, et un groupe d’inventeurs rennais.
De son côté, Latifa Laâbassi, chorégraphe, organise pour quelques jours encore des séances de création de danse chez les habitants de Rennes qui en rêvent. Une promotion de ballet à domicile, c’est dingue, non ?
La milanaise Paola Pivi, elle, présente à « La Criée » ses « actions photographiées » : un âne debout dans une barque flottant sur une étendue d’eau, un crocodile pris dans une masse blanche informe qui s’avère être de la crème chantilly, ou encore un couple de zèbres sur une étendue de neige et de glace… Qui dit mieux ?
A voir aussi « Piperdream » projet international d’un photographe fou, Alexandre Perigot. L’aide à la production de Centre prévoit aussi cette année une exposition des œuvres d’Anne Durez, revenue du Spitzberg, ainsi que des témoignages sur la ville et ses quartiers par Julien Jeanne, David Chevé et Vincent Lemeur.
Les jeunes publics sont tout particulièrement invités à La Criée, où sont organisées en permanence de nombreuses rencontres avec les créateurs et présentée toute une variété de livres et monographies consacrés à la réalité actuelle de l’art. Marcel Duchamp, qui n’était pas né de la dernière pluie de Bretagne, a écrit, au sujet de Rennes : « La Criée mise à nu par ses poissons, même ». Et sur tous les t(h)ons !

Paul Gilles

La Criée
Place Honoré Commeurec
35000 Rennes
www.criee.org

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Une prise

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 11:46 am

Un obstacle par le bas. Quelque chose empêche ma sortie de la rame. La toute petite sandale du tout petit garçon assis sur le strapontin s’est prise à mon mollet. Quelques dizièmes de secondes qui sont une éternité. Ordinairement je cherche à forcer ce qui m’entrave, mais pas cette fois. « Tu voudrais me garder mais je dois partir », lui dis-je en souriant et en le cherchant des yeux. Lui a les yeux au ciel, à observer je ne sais quoi. C’est moi qui voudrais le garder, me dis-je simultanément. Déjà je dévale l’escalier de la station vers ma correspondance, et mon cœur emporte l’ancre qui s’y est fichée.

Cha

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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