Quelle surprise, la première gorgée. Elle a une saveur… une saveur… Quelque chose de connu, depuis toujours. Je l’ai sur le bout de la langue, mais, pas moyen que ça sorte.
J’ai dégotté au Monop’ ce vin de Pfalz. Les blancs secs et fruités sont mes préférés. Sur quels indices m’a-t-il paru avoir ces qualités ? Ou bien ai-je été une nouvelle fois victime du bleu ? Comme le Vinho Verde, il est présenté dans une bouteille à peine bleutée, qui donne à l’or du vin une beauté aquatique, une idée d’insondable, à laquelle je ne résiste pas.
Puis la sensation se dilue. Aller au fond du verre ne m’aide pas. Le lendemain, je m’y remets. Miracle, de nouveau. Mais perte immédiate, aussi. Patiente, j’y reviens de loin en loin, à mesure que la soirée avance. Un peu saoule, j’entends mes lèvres articuler « fraise des bois ». Mais j’ai conscience d’être saoule, et doute. Le lendemain, c’est clair et net : fraise des bois.
J’ai grandi au souvenir-des-deux-guerres. Aussi me vient une pensée absurde : « Comment avons-nous pu nous battre contre un peuple capable de produire un vin au goût de fraise des bois ? ».
Charlotte aux fraises