January 5, 2009

Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 3:35 am

Recueil d’aphorismes douteux

Je pourrais écrire la vie de chacune des pompes que je fais, avant et après ma douche. Décrire la dureté de la cinquième, la libération de la dixième, le second souffle de la quinzième, chacune parle et raconte son propre et incomparable effort de vie ; de même, je pourrais passer ma vie à marcher sur un unique trottoir, aller du même épicier au même appartement, toujours par le même chemin, cela ne m’empêcherait pas d’écrire des centaines d’histoires différentes, car chacun de mes pas est d’une infinitésimale différence, une différence implacable et créatrice. Un éventail infini des possibles quantifiés se découvre, pour peu qu’on y prête le regard et l’attention ; rien ne peut mieux en moi produire l’étrange sudation de mes glandes artistiques, et lancer mes doigts mal dégrossis à l’assaut du clavier impassible. L’instant qui produit l’histoire n’est pas quantifiable en montre.
Du micro au macro, les dimensions restent finalement les même, car la barrière ultime reste l’infini.

Zo

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November 3, 2008

Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 9:28 am

Recueil d’aphorismes douteux

Ce soir j’ai vu la pleine lune jouer au morpion, tendue entre deux traînes d’avions blanches comme de l’écume, par dessus les marches des immeubles, dans un ciel sans plumes ni souffle, l’oeuf brillait tel une tête de mort.
Encore un verre.
L’alcool paraît bien pâle, j’ai l’impression de mâcher une poignée d’aiguilles.

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September 1, 2008

Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 10:35 pm

Recueil d’aphorismes douteux

En écriture :
On est toujours plus immoral qu’amoral…
Poète, ce n’est pas savoir dire, c’est savoir regarder. Ce n’est pas avoir du flair. Il faut bien manquer d’imagination pour n’être attiré que par le beau.
Mon écriture se croit trouble alors qu’elle n’est que confuse, au mieux, je suis un écrivain de formule, un écrivain de tract, tout juste bon à couvrir les papiers peints numériques.
Conclusion : Ne pas avoir faim bride l’imagination.

Zo

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March 3, 2008

Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 11:17 pm

Recueil d’aphorismes douteux

Ne pas mettre la charrue avant les boeufs.
Ce n’est pas de l’homme en tant qu’entité neutre dont on parle quand on parle de « nature humaine », mais de l’homme pollué par des conditions d’existence inacceptables lui ayant fait copier les pires travers et les pires traits de son oppresseur, conditions induites par une soumission séculaire aux maillons bien gardés. De la sorte, en feignant accuser tout le monde du mal du monde, on innocente de fait tout un chacun.

Et chez un coupable, l’innocence vaut très cher.

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January 7, 2008

Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 12:58 pm

Recueil d’aphorismes douteux

La concurrence ne peut être ni libre ni juste. Le commerce équitable est un oxymore tant qu’une minorité de structures contrôlent une majorité des productions. Auschwitz préfigure le phénomène : la mort industrielle. Et plus tard, la paix meurtrière, la fin des conflits des cartes et des maisons, la fin des conflits d’écussons et de logos, juste une paix, une paix sanglante en forme de plébiscite. L’organisation des nations est un exorcisme aux incompétences mondiales. Un voile sur le visage qui à chaque renoncement se resserre un peu plus sur nos gorges.
On accuse donc la nature humaine pour parler en fait des irrépressibles déviances morales induites par le règne du commerce. Ce n’est ni un hasard, ni une supposition. On parle tous les jours, du passé au présent, de cette satanée nature humaine, égoïste (sans qu’on sache vraiment ce que délimite ce mot), fourbe, faible et sans caractère. Mais ces traits, plutôt que d’encadrer ceux de l’homme, comme un artiste aux enfers ferait le panégyrique des occupants, désigne bien mieux les conditions intrinsèques de l’exécution commerciale : chacun pour soi, ne jamais rogner aux mensonges, suivre le vent comme seule fortune quoi qu’il coûte aux sentiments personnels.

Zo

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December 3, 2007

Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 12:54 am

Recueil d’aphorismes douteux

On confond « nature humaine » et nerf du commerce : la duperie, le mensonge, la tricherie.
La réalité du commerce phagocyte la réalité sociale jusqu’à la remplacer, et cette usurpation participe de l’appauvrissement idéologique de l’idée de l’espèce humaine ; on sait ce que préfigure ce type de pratique, sa négation pure et simple. Comme on a osé une fois dire « le travail rend libre », on glisse le même mensogne-némésis en mention microscopique au bas d’un contrat censé nous libérer d’un joug imaginaire, et de fait mis en place pour remplir l’office inverse : nous lier corps et âme à un enchaînement non délibéré de transformation de richesses, richesses dont nous serons paradoxalement écartés. Tant que le jeu continuera, la totale vision de l’arnaque sera inatteignable, comme disjointe de la réalité du labeur, comme une idole.

Zo

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November 5, 2007

Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 2:20 am

Recueil d’aphorismes douteux

Je peux toujours écrire que « ma névrose vous veut du bien » ( définition de Michel Bounan, La Folle histoire du monde page 81).
Je peux aussi dire qu’on n’est jamais de droite pour de bonnes raisons, qu’on est toujours de gauche pour de mauvaises ; et « qu’on a les inquiétudes de ses privilèges », encore et encore.
Marx a toujours écrit que le socialisme ne se développerait que sur des terres déjà capitalistes, richement industrialisées et prospères, et jamais sur la boue moribonde des régimes féodaux.
Je peux en sortir au kilomètre sur toutes les ramures du monde.
Tourner autour du 4 comme s’il était rond. Marcher contre le jour et suivre le concert des batailles aux tambours des buildings. Je peux aussi finir ma bière, passer à autre chose, ou à quelqu’un d’autre. Oui, ce serait une bonne idée, un livre à lire en chorale, chacun lisant une page, un paragraphe, puis le passant à son voisin, sans rien commenter, ni rien dire du tout, puis, quelques heures plus tard, lancer le chant, et demander à chacun de raconter l’histoire aux autres. Ou demander que chacun lise une phrase tout haut et passe le livre à son voisin, de sorte que le livre ait cent mille voix.
Ce serait beau, ce serait vivant, ce serait plus facile pour tout le monde.

Zo

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October 1, 2007

Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 10:00 am

Recueil d’aphorismes douteux

On ne peut effectivement pas dire qui est le coupable légal des marées noires à répétition, à cause des strates incompatibles des législations internationales, mais on peut sans difficulté dire qui est le coupable moral : Total, BP, etc. La coterie qui vit au crochet de Total dira que c’est le consommateur d’essence, véritable despote de la pompe, tyran écologiste, génocidaire en puissance qui a eu tout le temps d’entendre Karl Zéro et de lire le Nouvel Obs au cas où sa responsabilité mortelle ne lui serait pas encore jetée assez violemment au visage, c’est lui donc le véritable coupable, car c’est lui la cause, le pourquoi et la finalité de tous ces tracas mondiaux. Bien sûr, aller faire ses courses en voiture est contractuel, chacun sait qu’en allant faire ses courses il cause l’envasement irrémédiable du Bengladesh, mais si, ils le savent tous, bien sûr ! (Pas de mauvais esprit en insinuant que ce sont les pétroliers et les fabricants de voitures qui brident les transports en communs et les modes de déplacement non polluants).
Alors beaucoup s’en voudront, et fermeront encore un peu plus leurs coeurs, et tous seront encore un peu plus grégaires, timides et pleutres, planqués sans responsabilités dans leur oppidum de banlieue, d’où ils ne pourront même pas fuir les complices réels du pouvoir, complices qui ne manqueront pas une occasion d’aiguillonner la médiocre culpabilité du consommateur, à coup de remontrances, d’éditos, lui rappelant à quel point il est sacrément irresponsable. Putain de consommateur !
CQFD !

On peut dire que c’est la faute aux deltas, ou aux chiffres, mais écrire cela ne fera jamais de moi un écrivain aussi cool que Lester Bangs…

Zo

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September 3, 2007

Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 12:58 pm

Recueil d’aphorismes douteux

Le monde marche à l’envers depuis qu’il a compris ce qui lui était possible d’accomplir, et quelle était la force potentielle de son devenir. Nous avons toujours eu les cartes en mains, l’histoire n’existe pas dans le concept de progrès de l’évolution, nous avons toujours eu les cartes en mains. On peut croire qu’elles sont brouillées, alors que la mise au point n’a jamais été faite avec autant d’acuité sur les réels acteurs de la machine. Il suffit, ni de le dire ni de le faire, mais de le répéter.

Zo

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August 6, 2007

Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 10:43 am

Recueil d’aphorismes douteux

Faisons oeuvre de puissance, serrons fort nos livres, nos mains et nos yeux, avec humour ou rancoeur, mais implacables et déterminés, flanquons une baffe nucléaire à ceux qui veulent nous faire croire que la mendicité est le parangon du partage, les consultations populaires le summum de la démocratie, et les purges de torche culs aux cols qui baillent le nec plus ultra de la pensée moderne.
La pensée moderne c’est Épicure.

Zo

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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