Fatras délicieux
Recueil d’aphorismes douteux
Je pourrais écrire la vie de chacune des pompes que je fais, avant et après ma douche. Décrire la dureté de la cinquième, la libération de la dixième, le second souffle de la quinzième, chacune parle et raconte son propre et incomparable effort de vie ; de même, je pourrais passer ma vie à marcher sur un unique trottoir, aller du même épicier au même appartement, toujours par le même chemin, cela ne m’empêcherait pas d’écrire des centaines d’histoires différentes, car chacun de mes pas est d’une infinitésimale différence, une différence implacable et créatrice. Un éventail infini des possibles quantifiés se découvre, pour peu qu’on y prête le regard et l’attention ; rien ne peut mieux en moi produire l’étrange sudation de mes glandes artistiques, et lancer mes doigts mal dégrossis à l’assaut du clavier impassible. L’instant qui produit l’histoire n’est pas quantifiable en montre.
Du micro au macro, les dimensions restent finalement les même, car la barrière ultime reste l’infini.
Zo