January 5, 2009

Vienne (extrait)

Catégorie: Uncategorized, Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 3:19 am

J’ai les mains tellement sèches que je les sens mouillées. C’est tout ce savon et puis les crèmes anti-bouton et encore le savon
je me décape. Ça frotte sec, ça badigeonne et rebadigeonne et après quand ça agit, ça tire bien tout
je me dépèce. Je manque d’humidité. Sur moi, partout. Je voudrais quelqu’un pour être humide avec moi, histoire de passer à autre chose que cette peau lisse, douce, propre et seule. Quand elles glissent l’une sur l’autre je m’aperçois alors de la douceur de mes cuisses, et de son immense inutilité. Un corps gentil finalement mais désœuvré
rendu à lui-même
à son attente et ses désirs, en proie au narcissisme
c’est-à-dire à son autosuffisance. Mais très vite la question va resurgir. Toute cette vie, ces efforts, ce corps sympathique, pour quoi ? Pour qui.
Et je reste seule. Et qui me manque tellement que ça fait un creux comme l’univers quelque part je sais pas où entre l’âme et la chair.

Marion

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Septième ciel

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 3:17 am

Il y avait au grenier des caisses de jouets cassés, des boites de photos jaunies, des étagères chargées de dossiers et de livres usés. Les tommettes du sol se déchaussaient. Par la lucarne aux carreaux fêlés, des rais de lumière venaient faire danser la poussière, on éternuait. Les murs mansardés étaient tapissés de Petits Parisiens d’un siècle passé.
L’enfant y venait pour se délecter des crimes d’antan et des actions musclées de vieux gouvernements. Elle escaladait des tabourets, lisait, le cou tendu, les yeux rivés haut, les articles en colonnes, suivait les feuilletons comme elle pouvait, tâchant de repérer des dates pour mettre les épisodes dans le bon ordre. Alors le long ennui disparaissait. Alors la vie palpitait.
Au grenier.

Mais qu’est-ce qu’elle faisait ?
Elle lisait le P’tit parisien
Elle s’intéressait à la politique
Elle lisait le P’tit Parisien
L’plus fort tirage des journaux du matin.

Carlotta

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Adieu Moby Dick

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 3:17 am

Au loin sur la banquise étale étincelante, trois monticules alignés, l’on devine une crevasse, le passage d’un navire brise-glace ? d’un avion ? quoi d’autre abîmerait le manteau pommelé ? Ou alors…
à mesure que l’on se rapproche de la ouateuse peau d’orange, le relief éphémère monte sur la ligne d’horizon. Qui l’avale.
Adieu Moby Dick.
Plongée dans la prison de brumes.

Carlotta

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November 3, 2008

Légèrement piqué

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 9:09 am

Écrire c’est chercher à comprendre, reproduire ce qui n’est pas reproductible, c’est sentir jusqu’au tréfonds le sentiment qui resterait seulement vague et étouffant. Clarice Lispector

Campons-le : Un grand type que rien ne désigne aux regards distraits. Il est, à un point médian qui le rend exceptionnel, pourvu de cette humanité commune qui nous fait ressentir de même façon les mêmes effets.
Aujourd’hui il sent qu’il a de quoi s’endormir avant onze heures, ce qui n’arrive pas si souvent dans l’existence, me dit-il : « tu pressens cet état cotonneux, duveteux, légèrement piqué, comme si le sucre du corps était en train de fondre dans son eau ».
Je le comprends, tout ensemble au sens de savoir – il m’en donne les mots, et au sens d’éprouver.

in Plagiats

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Eveil

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 9:08 am

Souvent, les premières nuits d’automne, il m’arrive de me réveiller, calme, reposé, et, encore allongé, de perdre mon regard dans le noir parfait. Ma chambre pour un moment s’étend alors au-delà des murs gris, dans la pénombre, jusqu’aux bornes lontaines et profondes d’un insensible intérieur. N’en pouvant rien discerner, je noie mon acuité dans cette insondable torpeur pour qu’un instant j’oublie sur quel côté ma tête est posée, et dans quelle direction je fixe le noir. Les yeux grand ouverts, plongés dans l’encre nocturne, inventent, au gré de mon imagination intime, une autre chambre baignée d’un univers nouveau. Du silence monte alors l’echo d’un bourdonnement sourd, tout autour, puis, de loin en loin, et jusqu’au creux de mon oreille où il vient sussurer quelques mots fous et vertigineux qui emportent puis suspendent ma conscience à la fraîcheur nouvelle de ces nuits d’automne, et la laissent balancer au-dessus d’un abîme de rêves absurdes. Au loin, la nuit noire s’irise de spectres verts, bleus puis violets qui dansent comme des reflets lumineux sur la carapace d’un scarabée. Au rythme d’un bruissement diffus, ils s’entrelacent en un brouet aux teintes disparates, s’enlisent et se mélangent pour mieux adopter les méandres de mon demi-sommeil qu’un éveil parsemé me permet de modeler au fil de longs monologues intérieurs où se mettent en scène puis se rejouent indéfiniment les petites histoires de ma vie. Celles dont je cultive le souvenir comme une part de moi-même, que je verrai une dernière fois défiler dans la nuit qui embrume le regard avant la mort, ou celles que je cache de remords et que j’aurais avouées quelques minutes avant. Chaque soir elles perpétuent les humeurs de mes journées jusqu’à ce que le sommeil ait achevé d’éroder ma conscience, peu avant qu’il ne la submerge de ses reflets d’azur, de sinople ou de pourpre dansant sur les éclats métalliques de l’or, du sable et de l’argent.

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Quand vient la nuit

Catégorie: Poésie, Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 9:06 am

Quand vient la nuit
Mes craintes s’effondrent sans bruit
Dans le tunnel de ton cou

Variante :

Grise vient la nuit
Craintes se lovent sans bruit
Puits de tes épaules

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September 1, 2008

Papi pèle

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 10:26 pm

Papi sort un petit canif vert de son sachet en plastique et le déplie pour peler sa clémentine. Il fait cela méthodiquement et lentement comme il fait tout depuis des années. Il tient ses lèvres bien serrées l’une contre l’autre en les faisant aller de haut en bas avec la régularité d’un métronome.
Un léger morceau d’écorce s’échappe de ses mains, glisse entre les barreaux du banc et tombe gentiment à terre. Il s’attarde un petit moment à déshabiller le fruit de cette partie blanche, lisse et amère qui rend la peau si épaisse et qui se coince dans les dents. Papi n’aime pas ça.
La chair à vif lui fait envie, il n’insiste plus et coupe sa clémentine en quartiers sans respecter les sections naturelles. Sur sa lèvre inférieure, une petite goutte perle et vacille. Et bien qu’à peine tremblante, tombe à son tour.
Le fruit est consommé.
Il ramasse l’écorce, replie son canif et le remet délicatement avec les médicaments, dans le sachet en plastique, qu’il roule avec soin.
Cinq heures sonnent.
C’est le moment de la lecture, il est dans les temps. Il en aura pour une heure à finir son magazine, si tout se passe bien.
Par chance, tout se déroule comme sur des roulettes. C’est une bonne journée.

Cyril Gay

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Saint-Drézéry

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 10:25 pm

Sur la ligne de partage entre ombre et lumière, une touffe d’herbe verte et dorée. Les fragiles têtes graminées se haussent et dodelinent dans l’air tiède et odorant du soir. Unique touffe visible de ce verger herbeux, sur cette frontière franche. Insensiblement et déjà, la cime des herbes s’estompe, sort de la clarté vivante, retourne à l’invisible.

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Long apprentissage

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 10:24 pm

Chercher des coquillages c’est apprendre à voir. La chasse à ses débuts est toujours décevante. Ne pas s’en formaliser. A mesure du friselis des vagues descendantes, le long de la plage incurvée, les premières découvertes, les joyeuses surprises. Continuer, dans la tension particulière que requiert l’exercice, visage tourné vers le sol et muscles des cuisses bandés, tension éprouvée et exercée année après année, depuis toujours. L’œil s’adapte au relief, tour à tour couvert et découvert, à la dégringolade des grains de sable et des brimborions, et à ces curieux mouvements de l’eau qui, en surface, avance frissonnante et, plus près du sol, plus tranquillement liquide, recule. Au milieu d’un amas de reliefs de coquilles et cailloux, ou bien dégagé de l’orteil d’un affleurement du sable sous l’onde claire et mouvante où s’amuse la lumière, la forme pure, intacte, joliment colorée, la trouvaille. Le retour le prouve : là où, au commencement de la traque, on n’avait rien vu, l’on fait les plus belles prises.

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Stade oral

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 10:22 pm

Dans la vaste salle suréquipée, à la climatisation un poil mal réglée qui lui faisait regretter une petite laine, entourée de ses directeurs, madame Le Fur présidait la réunion du conseil. Ceux-là, retranchés derrière leurs écrans plats régulièrement répartis sur l’ovale du bureau gigantesque, s’affrontaient ou s’alliaient sans surprise ni brio quoique l’enjeu fut de taille, voix rendues étranges par les micros hi-tech. Leurs carrures bien nourries se déplaçaient dans la limite autorisée par les sièges profonds, massives dans du massif. La main baguée de la Présidente chercha sa poitrine où elle sentait monter une quinte, rencontra le collier de perles. Si c’étaient des pastilles à la menthe, pensa-t-elle dans un soupir. Cinq étages plus bas, Stéphanie Etcheparre relançait les ingénieurs du département par courrier électronique pour obtenir leur compte-rendu d’activité mensuel avant la date limite qu’ils semblaient infoutus de se mettre en tête une bonne fois pour toute. Une routine que le système d’information poussif rendait fastidieuse. Stéphanie s’énervait et triturait son sautoir fantaisie. Elle cochait les noms sur la liste papier dont elle avait fini par demander l’impression, à force de ne pas s’y retrouver dans ses pointages. J’aimerais que ce soit un collier de Zan, se dit-elle alors qu’elle basculait en arrière dans le siège à roulettes réglable et portait à sa bouche les perles noires et irrégulières.

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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