Souvent, les premières nuits d’automne, il m’arrive de me réveiller, calme, reposé, et, encore allongé, de perdre mon regard dans le noir parfait. Ma chambre pour un moment s’étend alors au-delà des murs gris, dans la pénombre, jusqu’aux bornes lontaines et profondes d’un insensible intérieur. N’en pouvant rien discerner, je noie mon acuité dans cette insondable torpeur pour qu’un instant j’oublie sur quel côté ma tête est posée, et dans quelle direction je fixe le noir. Les yeux grand ouverts, plongés dans l’encre nocturne, inventent, au gré de mon imagination intime, une autre chambre baignée d’un univers nouveau. Du silence monte alors l’echo d’un bourdonnement sourd, tout autour, puis, de loin en loin, et jusqu’au creux de mon oreille où il vient sussurer quelques mots fous et vertigineux qui emportent puis suspendent ma conscience à la fraîcheur nouvelle de ces nuits d’automne, et la laissent balancer au-dessus d’un abîme de rêves absurdes. Au loin, la nuit noire s’irise de spectres verts, bleus puis violets qui dansent comme des reflets lumineux sur la carapace d’un scarabée. Au rythme d’un bruissement diffus, ils s’entrelacent en un brouet aux teintes disparates, s’enlisent et se mélangent pour mieux adopter les méandres de mon demi-sommeil qu’un éveil parsemé me permet de modeler au fil de longs monologues intérieurs où se mettent en scène puis se rejouent indéfiniment les petites histoires de ma vie. Celles dont je cultive le souvenir comme une part de moi-même, que je verrai une dernière fois défiler dans la nuit qui embrume le regard avant la mort, ou celles que je cache de remords et que j’aurais avouées quelques minutes avant. Chaque soir elles perpétuent les humeurs de mes journées jusqu’à ce que le sommeil ait achevé d’éroder ma conscience, peu avant qu’il ne la submerge de ses reflets d’azur, de sinople ou de pourpre dansant sur les éclats métalliques de l’or, du sable et de l’argent.