June 7, 2004

Papier peint n°4

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 1:00 am

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Quand les peintres disposèrent des tubes de peinture, tout le monde put peindre et montrer ses tableaux, et put le faire partout et n’importe où. Et la peinture explosa. La littérature est en train d’exploser parce que nous sommes tous en train d’écrire, grâce à la bureautique et à l’internet. Et parce que nous pouvons tous tout écrire, nous allons faire de la littérature quelque chose d’autre que ce qu’elle est aujourd’hui car répéter ce que nous savons déjà faire ne nous satisfera pas. Il n’est d’aucune importance de ne pas être de ceux dont l’histoire se souviendra, d’être la peintre du dimanche qui continuait ses natures mortes quand Cézanne avait transcendé les formes, ou, littérairement, celle qui écrit des conneries quand d’autres tordent le matériau pour le faire beau et neuf. En revanche, il est touchant de réaliser que nous éprouvons quelque chose qui nous relie aux peintres du XIXème, aux architectes grecs et aux bâtisseurs égyptiens. Je ne suis pas en train de dire que la technique crée le talent. Mais que, lorsqu’elle lui donne un nouveau terrain à explorer, ou, comme il me semble que Corinne préfère que je l’exprime, qu’elle l’outille pour explorer le terrain différemment, le talent s’en sert… avec talent. Et que dire alors du génie… Notre sale époque d’égoïsme et de gaspillage, où jamais ne fut plus grande notre capacité de nuire, est, sur ce plan, intéressante.

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Pierre et vacances

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 12:59 am

la mer va et vient
transversalement, le train
soleil, Juan les pins

Lotte Char

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Ironie de l’histoire

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 12:58 am

L’appeau en berne à berner l’hérésie
Isole et cisèle un détournement
Du melliflu langage élégamment
Déverglaçage et idiosyncrasie

Le cave est forclos Ducon-Lajoie règne
En bon plaisantin consommant le ris
Si décortiqué accise qu’imprègne
Un spectaculaire béribéri

Yann Bernal

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Résistances

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 12:57 am

Il y aura toujours un feuillet froissé pour résister au bourreau, sur lequel une parole humide, telle une larme tardive, aura coulé. » Edmond Jabès, Le livre des marges

Evguenia S. Guinzbourg raconte dans Le vertige comment, dans le train la menant en Sibérie, ses tortionnaires croyant entendre un texte lu avaient voulu la réduire au silence en confisquant les livres, livre interdit, livre introuvable : seule la mémoire des mots, des poèmes récités par cœur. En effet, ses bourreaux bourrus, sceptiques, ne pouvaient rien contre elle, elle n’avait pas enfreint le règlement, aucun livre. Mais la force subversive de la mémoire, de sa voix qui, soutenue par le rythme des phrases avait tenu tête au vacarme saccadé du train. Même à l’arrêt, elle avait continué de réciter, indifférente aux ordres de silence.
Comment la parole poétique peut-elle « désarmer » ceux qui ont dans leurs mains le moyen de forcer au silence ?
Résistants : Tous ceux qui, éprouvés par la haine et l’effroi ont – par les paroles contenues, retenues dans leur mémoire soudain rendues vivantes, présentes, irrécusables – trouvé la force et le courage de survivre.
Résister serait d’abord et avant tout, de manière emblématique, le refus de se taire, parfois même en se taisant.
J’entends en écho : résister, ne pas céder, refuser d’abdiquer, ne plus se plier à la volonté de l’autre. J’entends à travers l’usage même du verbe, ne pas se plier dans sa littéralité, la métaphore, le transport du corps dans l’âme ! Rester debout, droit, voire la tête haute.
Quelle est cette audace, ce risque, si ce n’est de rompre avec l’animal humain que nous sommes tous d’abord, avant cette rupture que provoque l’évènement qui porte le nom de poésie, d’engagement politique, de pensée, d’amour…
« Nous voici contraints alors de mesurer notre vie, notre vie d’animal humain socialisé, à autre chose qu’elle-même » A. Badiou, L’éthique
Résister serait alors inventer cette autre dimension du vivre plus haute, voire incommensurable avec l’ordonnancement méthodique de nos vies.

Pourtant nous sommes ainsi faits, que nous résistons à la résistance et que résister peut se dire aussi d’un renoncement, voire de cette persévérance dans l’être, toujours identique à elle-même, dans la répétition inlassable du connu, dans l’ignorance d’une violence maintenue. Résistance insistante telle qu’en témoigne la pratique psychanalytique qui dans sa fixité à ce qui a été mêle à la souffrance éprouvée, l’impossibilité à faire surgir pour un sujet de l’inédit.
On voudrait alors, de ce verbe, en faire presque un mot d’ordre : Résister ! Or l’usage récuse à en faire un verbe intransitif. On ne saurait résister contre sans en même temps exister pour – Contre quoi, contre qui, pour qui, pour quoi ?

« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience. » René Char

Texte écrit par Corinne Haddad , lu par Lotte Char le 1er mai 2004 à « La Bicyclette » lors de la lecture sur le thème « Résistances » organisée par Chemins qui ne mènent nulle part.

Lectures du 1er mai extraites de :

 « Le vertige », Evguenia Guinzbourg
 « Feuillets d’Hypnos », René Char
 « La crise de la culture », Hannah Arendt
 « L’homme approximatif », Tristan Tzara
 « Littérature nouvelle d’écriture française » 1986, Léopold Senghor
 « Les cinq sens », Michel Serres
 « Si c’est un homme », Primo Levi
 « Le Paradis » XVII 28 66, Dante
 « Journal d’un vieux dégueulasse », Bukowski
 « La conjuration des imbéciles », John K. Toole
 « Le dernier caravansérail », Hélène Cixous
 « Récits de la Kolyma » Varlam Chalamov
 « Penser, classer », Georges Perec
 « Portrait de groupe avec dame », Heinrich Böll
 « Révolution électronique », William Burroughs
 « Stèles », Victor Ségalen (A quoi sert de résister ?..)
 Et… un poème de Desnos, un poème de Michaux

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Violence, et l’enfant ?

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 12:56 am

Qu’as-tu donc petite rose ?
Qui a ajouté du bleu
Dans cette morne croûte

Qui a voulu peindre
Salaud ! Ce portrait bien brutal
Toute couleur t’est amère

Entachant la splendeur de ta corolle
Et toi coquin, quel est ton nom ?
Peut-être te trouverais-je solution

T’as peur de l’eau la nuit
Et peur de lui là haut
Ici ta nuit c’est l’anneau

Et le poing et le vin sans le sein
Qui donc les nourrira bien ?
Crétin ! Sale agneau de noce

Celui qui y rira point
C’est sûr n’y ira plus

Dan Yunes

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Tendre liberté

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 12:55 am

Te trouverais-je un jour
Enfermé que je suis
Dans cette figure imposée

Pourrais-je un jour jouir
De l’instant suffisant
pour te fuir en dedans

Libre comme le vent
Respirant cet air frais
O mon intérieur désiré

O mes quatre murs savourés
Et ma cabane d’azur
C’est pour quand ?

Dan Yunes

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Attraction

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 12:54 am

Résistance du sol
Sous le poids du corps
Plus de chute
L’homme est debout
Face à son destin vertical

Kat

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Rési-stance

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 12:53 am

Guerre et paix
Dur et mou
Terre et ciel
Yin et yang
Vie et mort,
Choc de la dualité.

Résistance de l’esprit,
De toutes choses manifestées,
Aux forces obscures
Insidieuses et morbides
Hostiles à toutes différences,
Aux totalitarismes géniteurs
De rigidités cadavériques.

Soulevons à jamais
Les germes de la révolte
Afin que triomphe
Dans la danse du monde
L’énergie du cœur
Et qu’en sa plénitude
A l’issue du parcours
Cesse enfin le combat
Pour jouir de l’extase
De l’Un indifférencié.

Kat

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Psychogéographie

Catégorie: Chroniques urbaines, Psychogéographie — mis en ligne par carlotta @ 12:51 am

Place de Clichy

Mouvement d’enroulement aqueux la statue-pivot le terre-plein central banc de sable dur Les voitures portent le courant les passants s’y glissent aux marges emmenés par la force de l’inertie perpétuelle tout juste policée par les feux-couperets
Sur le terre-plein central le vertige de l’isolement étreint l’observateur statique seul élément fixe du maëlstrom ininterrompu L’envie prend de rejoindre la terre ferme le trottoir côté Wepler Statue dans l’oeil du cyclone placé d’un point de vue invisible pris dans la bulle vide du terre-plein Parfois des passants s’y agrègent jusqu’à la venue du rendez-vous qui propulse le patient dans le courant Les touristes aussi ces étrangers qui s’arrêtent c’est à ça qu’on les reconnaît cette tendance à enrayer même microscopiquement la cinétique mécanique

Mehdi S’Tylh

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A propos de démographie

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 12:50 am

Un récent rapport ministériel signale une baisse exponentielle de la démographie, due à une natalité en chute ; on envisage d’interdire les contraceptifs, quels qu’ils soient, voire d’obliger à la procréation ; d’autre part, et ce fait inquiète davantage les autorités, on dénombre de plus en plus de femmes qui meurent en accouchant de vieillards, qui décèdent à leur tour au bout de quelques courtes années dans le meilleur des cas, au pire, dans les jours qui suivent, n’ayant plus de maman pour s’occuper d’eux ; les vieillards nouveau-nés, ayant déjà atteint un âge canonique et ne sachant donc pas se reproduire, la survie de l’espèce est sérieusement remise en cause et aucune solution n’a encore été trouvée. Quant à la baisse de la reproduction elle-même, on prévoit de subventionner les réseaux de prostitution, d’encourager au racolage, à la séduction ; chaque foyer devrait recevoir sous peu des échantillons de lingerie affriolante, du maquillage, de la crème antirides et autres produits de beautés ; selon toute vraisemblance, les autorités vont employer des étalons, qui auront le statut de fonctionnaires ; et afin de remédier à cette situation catastrophique qui risque de transformer notre planète en désert humain, l’état devrait bientôt faire appel aux bonnes volontés en recrutant des violeurs professionnels.

Pit Bernal

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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