Papier peint n°6
Paris n’offre à ses habitants que peu de piscines en plein air. L’une d’elles est située à deux pas. C’est donc un privilège rare, dont je connais la valeur et dont j’use, car j’aime nager. Ce matin de juillet, je commence par quelques longueurs, dans cette spécialité natatoire que Pierre nomme « brasse à rendement zéro ». Entre ciel gris et eau bleue, douce, apprivoisée. Je mate les fenêtres des immeubles avoisinants. Mon quartier est mon royaume. J’en connais les géraniums et les moindres fissures, j’en devine les appartements aérés et ceux dont l’air est confiné. Je continue en crawl. L’une après l’autre, chaque main fend l’eau, et, si je remonte le bout du nez, je vois, du bout de mes doigts et de mes pouces entiers, jaillir une voie lactée de bulles ; mes pensées glissent comme je glisse, et elles tourbillonnent, légères, comme les bulles qui, gaiement, en un panache, remontent vers la surface. Si je pense à ma respiration c’est pour réaliser, émerveillée, à quel point elle est maîtrisée, domptée. Elle suit, en rythme, mon mouvement oscillatoire et pénétrant. La nage en piscine ne s’apparente que de très loin à celle en mer, qui offre le contact d’une eau salée, collante, odorante, le battement des vagues, une vue à l’infini, le souffle du vent du large… Différente, elle constitue néanmoins un plaisir de choix, auquel ajoute la version été, bâche relevée. J’y récolte des poèmes, de nouveaux titres pour ma liste d’œuvres restant à écrire et, ce matin, une idée d’éditorial pour Papier peint numéro 6. La pêche a été bonne.