August 2, 2004

Papier peint n°6

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 3:00 pm

Ouvrir le numéro 6

Paris n’offre à ses habitants que peu de piscines en plein air. L’une d’elles est située à deux pas. C’est donc un privilège rare, dont je connais la valeur et dont j’use, car j’aime nager. Ce matin de juillet, je commence par quelques longueurs, dans cette spécialité natatoire que Pierre nomme « brasse à rendement zéro ». Entre ciel gris et eau bleue, douce, apprivoisée. Je mate les fenêtres des immeubles avoisinants. Mon quartier est mon royaume. J’en connais les géraniums et les moindres fissures, j’en devine les appartements aérés et ceux dont l’air est confiné. Je continue en crawl. L’une après l’autre, chaque main fend l’eau, et, si je remonte le bout du nez, je vois, du bout de mes doigts et de mes pouces entiers, jaillir une voie lactée de bulles ; mes pensées glissent comme je glisse, et elles tourbillonnent, légères, comme les bulles qui, gaiement, en un panache, remontent vers la surface. Si je pense à ma respiration c’est pour réaliser, émerveillée, à quel point elle est maîtrisée, domptée. Elle suit, en rythme, mon mouvement oscillatoire et pénétrant. La nage en piscine ne s’apparente que de très loin à celle en mer, qui offre le contact d’une eau salée, collante, odorante, le battement des vagues, une vue à l’infini, le souffle du vent du large… Différente, elle constitue néanmoins un plaisir de choix, auquel ajoute la version été, bâche relevée. J’y récolte des poèmes, de nouveaux titres pour ma liste d’œuvres restant à écrire et, ce matin, une idée d’éditorial pour Papier peint numéro 6. La pêche a été bonne.

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Pari

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 4:38 am

L’ancolie carrément au café Le Khédive
Puis jeûne le génie Genova Italie
J’enjôle la jolie hétéroclite endive
La gamme et l’égérie dynamo à Paris
C’est l’équerre qui passe et la gorge amoureuse
Ma slovène Eulalie si euro-new-yorkaise
Pas de grève du galbe mais la page onéreuse
Pas de télé le globe palinodie de glaise
Gasoline à Pavie à Plaisance à Formose
Opulente est l’abstème ozone en oedème
Les seins en embolie où placer ma cirrhose
Zéro zèle Eulalie car précaire est la veine
L’épave dégrise et pâlit et pallie
Le pare-brise éclatant Brisons là
Maintenant

Mehdi S’Tylh

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Morale

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 4:37 am

J’ai retrouvé la jouissance des mots
Ni crier ni s’écrier donc écrire
Les anges les démons le néant qui sait rire
D’ouïr en son écho et le nom et le mot
Car tracer le néant c’est déjà le remplir
L’ancrer sur cette page où le nom où le mot
Noircit l’espace au son du pipeau de la lyre
Pisser dans un violon bousculer un sumo
Ce qui ne sert à rien évite d’en mourir

M.S.T.

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Prière à tous ceux qui ne sont pas morts pour exiger qu’ils restent vivants !

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 4:36 am

A Charlotte - - Delbo

Je ne suis pas morte dans les camps
Je ne suis pas morte à Phnom Penh
Je ne suis pas morte sous les gravats d’un mur
d’une ville désertée
Je n’ai pas quitté, perdue, les paysages de ma mémoire
jamais non plus le regard au loin les larmes
arrimées au port, de l’autre côté du rivage.
Je n’ai pas sous les coups de matraque,
martelé les mots d’un espoir,
dessiné sous les pavé la plage…
Je n’ai pas dissimulé mon regard
les ondes vagues de mon corps
sous la règle pitoyable
des maîtres de la vie au grand jour.
Je n’ai pas étranglé d’un geste vif
l’enfant de la femme
couchée dans les ruines du gettho..

Je n’ai pas connu la haine
de la petite différence
l’hécatombe
le déplacement
les ordres
les aboiements
les coups !

Et pourtant
j’hésite à me taire
et pourtant
j’aimerais entendre
ressuscités
les mots du poète
« donne à chacun sa propre mort
la mort née de sa propre vie ».

J’aimerais ressaisir le fruit mûr
et non l’effroi
de chaque instant qui délègue
au petit bonheur
l’exaltation d’une vie diurne,
sans abîme et sans fin.

Au fond, l’angoisse me murmure la question
– ses soubresauts –
La joie peut-elle rester première,
bouleversée et bouleversante ?

Témoigner pour la joie,
pour la mort-vie,
sur le qui-vive,
dans les pas de ceux qu’on précède,
aux abords des vies mutilées
Pleurer en lisant infiniment
la langue vertigineuse
derrière les façades vides !

Corinne Haddad

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Résistance réprimée

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 4:35 am

Le Struthof, Dachau
broyeurs d’ enfants qui voulaient
un monde moins idiot

Lotte Char

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Ièo

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 4:31 am

Comment la décrire
cette avidité de l’être
à apprendre encore…

Lotte Char

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Batmania

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 4:29 am

Les petits mollets s’agitent, soulèvent sans difficulté les gros godillots. Sur le tapis roulant de l’échangeur RATP de la gare Montparnasse, cape noire volant au vent sur son short rouge, le petit bonhomme court. « C’est Batman ! » L’exclamation fuse, elle le ravit. Jaune citron, la chauve-souris appliquée sur le lainage noir fait son effet. Les coutures recousues de sa cagoule bleu-marine simulent des oreilles. Je suis la maman de Batman et mon cœur est gonflé d’orgueil. A cause de ma misérable réussite, deux morceaux d’étoffe, un galon de velours assemblés, mais surtout à cause du bonheur insolent du petit garçon qui vole le long du tapis roulant de l’échangeur de la station Montparnasse, à Paris, dans le monde.

Cha

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Tantacules

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 4:29 am

(Clin d’œil à Maud)

Je crois que cette odeur de papier senteur que l’on met dans les toilettes me dérangera toute la vie. « Comment peut-on m’infliger une telle torture, à moi, Napoléon 1er ?! » m’écriai-je soudainement. Mon voisin de table ne sembla pas apprécier cette remarque et me dit d’un thon frivole qu’ils ne remontaient pas les rivières pour les œufs, mais pour la guerre. J’aurais dû m’en douter… César ne comprendra jamais ma façon de penser… D’ailleurs, pourquoi a-t-on réuni tous les grands conquérants, maîtres à penser et musiciens dans un seul et même bâtiment ? Je crois comprendre maintenant… Un homme grand, très grand en a décidé ainsi. Il veut conquérir le monde et pour cela, il a besoin d’une armée faite des plus grands de ce monde. Je crois que je ne suis pas le seul à l’avoir compris dans cette assemblée et j’irai me renseigner plus tard sur l’opinion de chacun. En attendant, j’allai demander à cette cantinière si elle était au courant. « Avez-vous encore des frites s’il vous plait ? » je parlai en message codé pour que le « Maître » n’en sache rien. La cantinière me servit aimablement une assiette de frites et je retournai à ma place aux côtés de Jules et de Lucky Luke.
Le repas se passa bien, jusqu’à ce que l’Usurpateur arrive. Il se dit être Napoléon 1er, mais il croit qu’il peut se prendre pour moi parce qu’il a un chapeau qui, soi-disant, ressemblerait au mien. Mais Napoléon ne vit et n’a jamais vécu à la même époque que César, je ne suis pas aveugle. Son coup de bluff ne prend pas avec moi. Alors je me levai, et je sortis le menton haut, avec toute la grâce et la dignité que je pouvais avoir.
Retourné dans la chambre que je partageais avec Diderot et Mozart, je m’assis sur mon lit tout en ruminant sur un quelconque moyen pour m’échapper avant que ces horribles messieurs en blouse blanche ne viennent pour me faire prendre une douche. A force de penser, je perds les pédales, donc je sortis dans le couloir. Après trois petits tours de l’étage, une idée me frappa soudain. « Les escaliers ! » m’écriai-je tout à coup, surprenant les gens autour de moi. Je me dirigeai alors vers les escaliers en question, ceux que l’on prenait pour aller faire du sport sur le toit, et je montai en haut du bâtiment. Arrivé sur le toit, je montai sur le bord et je criai :
« I am the real Napoleon Bonaparte! »

edouleptitgnou

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Jazz

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 4:28 am

L’homme et l’instrument étroitement assujettis. Le souffle impulse, imprime le mouvement. Rigide, le saxophone tressaute, décrit des arcs. Le corps absorbe, compense, désarticulé par le mouvement asymétrique qui le déhanche, le déforme, pantin rebondissant au souffle magique ; mouvement mécanique, ridicule, sexuel. Et l’ensemble produit, comme avec un effet retard, la mélopée voluptueuse, chaude, rythmée, sulfureuse ode syncopée ; lave douce qui s’écoule par saccades chaleureuses, comme des règles abondantes. Flux d’enfer.

Cha

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Varsovie Episode VIII

Catégorie: Varsovie — mis en ligne par carlotta @ 4:27 am

Le bâtiment A ou, comme certains Potents l’appellent encore, premier édifice, était le seul qui disposait d’un cinquième étage et de seulement deux sous-sols. Sa façade, régulièrement gommée, tranchait avec le dénuement et le manque d’entretien de son aménagement intérieur. Plinthes, clenches, rampes et marches d’escaliers en bois, tout y semblait comme poncé par l’usure des talons traînants de fatigue et des mains moites de lassitude. Du prestigieux siège des premiers temps de la Prudential House, il ne restait qu’une morgue administrative où s’échouait un flot continu d’archives diversement rangées, où se divertissaient les administrateurs les plus vicieux, où flottait cette odeur de flétrissure procédurale propre aux archives oubliées.
Les fenêtres les moins mal placées, aux petits carreaux crasseux et dont les armatures perdaient leur peinture jaune et défraîchie, étaient laissées entrouvertes à l’espagnolette. Dès qu’il pleuvait, comme ce matin là, les gouttes ne tardaient pas à pleurer jusque sur le parquet.
« Monsieur Anckovich ! Que me vaut une telle visite ?» Le secrétaire Anckovich, qui venait de poser un gros registre sur une table de la salle de consultation, reconnut le ton frais et amical qu’on pratiquait dans les écoles auxquelles sa condition sociale lui avait interdit l’accès. Un étudiant qu’on met à l’épreuve et qui s’ennuie avant d’accéder à un poste d’attaché, se dit-il avant de répondre sur le même air.
« Je viens seulement consulter les carbones de 6701 en provenance de l’A.P. Noé.
- Vous avez défié mon système de classement. »
Anckovich affecta un sourire complice, comme pour laisser entendre qu’il avait saisi un subtil trait d’esprit ou une fine allusion. Il ouvrit le registre et en sortit trois liasses de carbones bleu clair.
« Noé… une carrière prometteuse gâchée par un manque total d’éducation et d’habilité. Vous savez, avec son contrôle disciplinaire…
- Disons que vis-à-vis de monsieur le premier attaché Lautréamont, sa situation n’est pas des plus commode. »
Tout en parlant, Anckovich comparait la signature du mot de Noé et celle d’un carbone du registre 299 792 afférent aux procédures du matin. Etrangement ressemblantes, le carbone semblait être signé Noë, la deuxième jambe du N étrangement arquée vers l’avant. Anckovich n’en fut qu’à moitié surpris, il pensa un instant que Noé, comme la plupart des administrateurs principaux, utilisait plusieurs signatures et ne laissait aucune prérogative à ses secrétaires.
Néanmoins le trait maladroit et la texture grisâtre du carbone interpellèrent son attention. Il ressortit l’objet de l’index. La même signature, le même accent tréma, la même jambe fuyante, plus claire, étonnèrent cette fois-ci totalement Anckovich.
« Quelque chose ne va pas ! ? »
Il se tourna vers l’étudiant, curieux et inquiet de voir le secrétaire d’un Potent s’intéresser de si près à des documents auxquels il n’avait jamais compris quoi que ce soit, le distingua d’un clignement d’œil et répondit non d’un hochement de tête. Manifestement vexé, l’étudiant partit s’enfermer dans son vestibule.

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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