November 1, 2004

Papier peint n°9

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 11:50 pm

Ouvrir le numéro 9

Il y a au-dedans de moi un grand bouillonnement de mots. Des rythmes sourds président à leur agencement : assise, rêveuse, dans le RER, ou installée devant une série télé insignifiante, je les sens venir. Ils peuvent appartenir à d’autres – tel poème qui me revient, telle harangue qui m’a frappée, ou être miens. Parfois ils sortent en un exposé clair, mais ils peuvent aussi venir en propos qu’un auditoire trouverait abscons et il faut alors les retravailler ; ou bien comme un emportement, un volet qui claque, une projection violente et assassine, et parfois aussi ils forment un murmure apaisant. Ils leur arrive de couler directement de mon cœur au stylo, en une mécanique des fluides particulière : transformation du flux de mots en encre bleue sombre qui s’organise en arabesques sensées sur le papier. Qu’est-ce qui les fait naître ? Je suis machine à phrases (et à oxymores ?) et je me vois telle, par un procédé paradoxal qui semble propre à l’espèce : tout à la fois être et se voir être. Je note la mise en œuvre de ce même procédé chez d’autres. Cela éveille ma sympathie, mon intérêt, qui n’est encore qu’une autre façon de chercher à comprendre ce qui m’anime et me constitue.

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L’importun

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 11:36 pm

faut croire qu’il m’importe
lui qui m’importune encore
car j’ouvre la porte

Lotte Char

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Cri

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 11:35 pm

Un cri interminablement tu !
Rituellement opérée l’âme laboure à grands pas son territoire branlant de chair et d’os.

Donnez-nous nos cicatrices éternelles,
que nous soyons pour toujours ceux qui dissèquent le monde, ce monde suspect où les cris et les mots croisent sans stupeur la foule raidie des ébranlés !

Corinne Haddad

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Prophétie

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 11:35 pm

La pâle clarté du matin glacé me flanqua une nausée hivernale. Dehors on aurait dit que les loups chantaient enfin, un hurlement déchira le givre sur les baies vitrées et fit trembler le béton ; il soufflait un vent à décorner les éléphants… “Le parc humain se porte bien !”, pensai-je en fourrant simultanément mes deux pieds boudinés dans les longs poils du tapis. L’avenue bordée d’immeubles s’offrait à mon regard telle une ruche ocre délavée en éveil. Les bâtiments mielleux étaient le lieu chaque matin d’un spectacle ordinaire ; s’agrippant avec fermeté aux barrières des balcons on voyait tous les hommes d’affaire prendre leur envol vers les sphères économiques. Aujourd’hui le temps était à la houille -“…4.40 le baril, 4.40 le baril …!! ”-, ne s’élevant que spirituellement, leurs corps restaient piteusement accrochés aux balcons, défiant ainsi les éléments déchaînés en beuglant les valeurs boursines avec une conviction de chaman en transe. La tempête se précisait et abattait désormais une neige cristalline et oblique sur les graviers. Le vent reprit soudain toute sa force et transforma ainsi chaque petit flocon cotonneux en balle assassine fusant dans ce gouffre citadin. On vit alors plusieurs hommes s’écrouler, touchés à mort, et balbutiant dans leur chute, les yeux encore révulsés, le compte rendu de leurs transactions journalières.
C’est à ce moment précis que la terre s’ouvrit dans un déluge de lumière nappée de vapeur rougeoyante, et que l’on vit apparaître, comme dans la prophétie, l’homme des profondeurs et sa meute de loups. Les canidés ronronnaient de plaisir et d’impatience, et après un regard complice, l’“Homme en jogging”, d’un geste impétueux, libéra la meute qui déferla tel un essaim dans la neige recouvrant désormais l’avenue tout entière. Ils étaient si nombreux qu’on ne pouvait raisonnablement les compter, bondissant avec une agilité proprement incroyable. Lorsqu’ils traversèrent mon balcon et rasèrent mes fenêtres de si près que j’eus pu caresser leurs longs poils soyeux en faisant simplement coulisser l’une d’entre elles, j’estimai à dix secondes la nuit qui s’abattit dans tout mon appartement. Le frottement des fourrures sur le verre des carreaux émettait un bruit blanc et étouffé, ponctué du cliquetis effréné des griffes heurtant la pierre. Gravissant les étages en un éclair, ils se ruèrent tous crocs dehors sur les hommes d’affaire. Chaque mâchoire claquait à tout rompre dans l’air et la chair, les coups faisaient mouche et les hommes tombèrent un à un en une pluie de confettis dans la neige. Leurs vêtements et leurs corps se déchiraient comme du papier… La meute ne pouvant arriver à satiété se reput de la totalité de la manne boursine et s’éleva en une colonne dans les airs tel un magnifique dragon chinois pour finalement exploser en un gigantesque feu d’artifice où l’on pouvait lire : “- 50 % sur tous les articles de sport”.

Phil Barbero

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Un matin au travail

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 11:34 pm

Elle est au travail et cherche l’énergie de se mettre aux tâches qui lui incombent. Les priorités qui leur sont allouées sont sans cesse battues en brèche par la réalité. Elle compose.
Elle saute depuis des semaines et des mois et des années d’un problème à un autre, tous de nature et d’impact différents. Des actes, des réponses, semblent d’elle attendus, par les uns ou les autres. Rarement exprimées sont ces attentes. Elle devine. A mauvais ou bon escient, quelle importance. Elle colore la mission confiée de compléments que, contextuellement, son libre arbitre accepte, ou que la pression qu’elle reçoit l’amène à prendre en compte. Ainsi est son travail.
Arrivée à saturation, elle s’y perd.
Ce n’est pas drôle, mais ce n’est pas non plus inintéressant pour elle, d’observer sur elle-même cette dérive, d’accepter la perte de contrôle, et celle du sens. Demain elle n’y sera plus, le monde continuera de tourner et, de la trace qu’elle gardera de ce qui aura été son quotidien, sans doute fabriquera-t-elle autre chose.

Cha

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Varsovie II Episode I - Un piètre cavalier

Catégorie: Varsovie — mis en ligne par carlotta @ 11:29 pm

Le lieu et l’heure du récit qui suit n’ont que peu d’importance, tant les faits qui y sont relatés sont improbables. Mais croyez-moi sur parole, rien de tout cela n’est impossible.

“ Ce sera à la Une demain, dans tous les journaux, sur toutes les bouches et dans tous les bistros. Il y aura des rumeurs, des analyses, des ragots, des révélations, mais surtout, oh oui, surtout des surprises, du nouveau, ce sera sensationnel. Le Merle Blanc, Logorrhation, L’intransigeant, L’Eveil, ils en parleront tous, et les spécialistes de la Revue des deux Mondes doivent déjà être en train de remanier l’édition de dimanche. ”
Nills Consuolevski était saoul, il s’imaginait tout un tas de scénarios. Les boulevards de la capitale paralysés par la foule paniquée, les gares prises d’assaut, les premiers pillages, le suicide d’un chancelier, la fuite du président, la cabale des juges, des banquiers, des bourgeois, la dissidence des généraux, la contre dissidence des officiers supérieurs, la rébellion des troupes.
Nills Consuolevski avait bien bu. Il se grisait à imaginer une suite d’événements aussi tragiques qu’improbables, traversant la ville, d’un trot tranquille et chaloupé, en uniforme. De rue en rue, évitant par pudeur les grands axes encombrés, on l’aurait vu, guettant bêtement dans les étages des immeubles de standing quelque ombre inquiète, encore éveillée, passant du salon au bureau, puis du bureau à la chambre, pour préparer le départ tôt demain. Le hussard typographe Consuolevski en oublia, semble-t-il, un instant l’effervescence qui baignait l’une des rues. Un instant juste assez long pour qu’il chute de cheval.

Cette journée avait été plus tumultueuse que prévu pour Nills Consuolevski, typographe fainéant qui avait décidé d’aller pointer à la caserne pour avoir le reste de la journée de libre. On sait, par recoupement de divers témoignages, ce qu’il advint. Arrivé de bon matin à sa caserne, on l’envoya directement à l’état-major, à quinze verstes de là, sous une pluie battante. On l’y fit attendre deux bonnes heures avant que deux commandants de bataillon et un colonel lui ordonnent de retourner à l’imprimerie !
“ …faites tirer ces affiches en tant d’exemplaires…”
“ …titulaires de cartes de mobilisation blanches à bande rouge… ”.

Nills Consuolevski, hussard erratique de l’armée de Modlin, se doutait bien que ce jour arriverait. Qu’on allait lui demander des comptes, à lui et à tant d’autres, pour toutes ces demi journées gracieusement offertes par l’état au titre de son statut de réserviste.

A l’imprimerie, on prit la nouvelle avec une certaine désinvolture et, comme pour fêter ça, on sortit les bouteilles à peine cachées.
A dix heures les rotatives tournaient à plein régime.
Nills Consuolevski, déserteur prévoyant, prit le temps de faire imprimer un certain nombre de documents administratifs en plusieurs langues. Il passa le reste de l’après-midi à boire et à imprimer des affiches de propagande sur lesquelles on pouvait lire les slogans rituels, dont son préféré : ” Nach Berlin ! “. Enfin, comme il était le plus saoul de l’imprimerie, et conséquemment à un vote qu’il contesta avec véhémence, il fut chargé d’aller porter les épreuves desdites affiches aux différents journaux de la capitale. Ce qu’il fit avec le zèle propre aux amateurs de bon vin, de champagne, de vodka, et de toutes ces boissons iniquement illégalisées depuis la mi-août par le gouvernement, qu’on lui servit à chaque fois qu’il arrivait dans une rédaction.

Et maintenant, il était allongé, sur le pavé, les bras en croix, les yeux rivés sur le ciel. Aucune pensée métaphysique ne lui vint à l’esprit. Il constatait que le temps allait à nouveau tourner à l’orage et se répétait inlassablement, à mesure que le galop de son cheval s’éloignait, ces quelques mots simples : “ Quelle merde ! Mais quel con ! Et chier… ”.

Nills Consuolevski ne put être considéré comme une victime militaire, car, comme il fut dit lors de son procès, au moment de sa chute, eut égard aux documents en sa possession et malgré son uniforme (qu’il portait somme toute fortuitement), il était déjà déserteur.

Il se releva douloureusement et, comme réveillé par la chute, constata l’agitation inhabituelle de la petite foule refluant des gares, celle des familles de réservistes des groupes Kutno et Prusy, déjà sur le pied de guerre. Quelques témoins, dont une grosse dame et ses deux filles ainsi qu’un insignifiant administrateur de la Prudential House dont personne ne se souvient, lui apprirent qu’il avait été désarçonné par deux russes, un gros brun, avec des lunettes et un autre grand, blond, l’air méchant.
“ Ils avaient une bête avec eux…
- Un ourson !
- Le gros est parti par là ”

Nills reconnut et rattrapa aisément la grosse silhouette accompagnée d’un petit ours noir affublé d’une muselière de cuir rouge. S’en suivit une discussion ferme et brève au terme de laquelle Nills paria qu’il pourrait traverser la ville le soir même et que s’il gagnait, on lui rendrait son cheval. La muselière de cuir rouge fut portée comme pièce à conviction.

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Quel numéro !

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 11:29 pm

Ca a commencé voici quelques années. Arrivée à la porte de l’immeuble, devant le digicode, je ne savais plus. Mais, plus. Plus du tout. Quel est le code de l’immeuble ? Instant de panique. Le code de la porte d’entrée de mon immeuble, là où je vis depuis des années, là où m’attend ma famille, m’échappe, rien. Des bribes de successions de chiffres me semblent une piste, issus, peut-être, de codes de carte de paiement, de codes anciens d’autres immeubles, de numéros de téléphone, de mots de passe associés à des accès Internet, d’identifications administratives… Bref, une foultitude de données inopérantes qui s’entrechoquent. Rien de rien. Rien ne débloque cette foutue porte d’entrée de mon immeuble, d’accès à mon univers. J’ai fini par repérer que certaines touches du digicode étaient usées. J’ai tenté, au hasard, des combinatoires incertaines et cursives : ça a marché. Plus tard, le code m’est revenu. Sans ambiguïté, sans aucun doute possible. Comme si je l’avais toujours su. Sauf qu’à un instant crucial, je ne le savais plus. Et ça, je le sais. Cela s’est reproduit depuis, pas si fréquemment, et sous une forme moins perturbante : ce n’était plus la première fois.
J’ai tenté d’unifier mes codes. Simplement, le digicode change, rarement mais il change, et je n’ai pas de prise. Mes codes bancaires, il me faut bien les mémoriser, pas le choix non plus. Reste Internet, où il est quelque fois possible de définir soi-même ses codes d’accès. Seulement, pas moyen d’en choisir un, une fois pour toutes : certains sites ne permettent qu’un nombre limité de caractères, d’autres exigent une combinatoire improbable, demandent périodiquement un changement . Notamment au boulot. Je vis ça comme une brimade, tout en sachant que cela n’a pas été pensé comme tel.
Je me demande ce que va devenir ma vie. Je crains qu’une défaillance de ma part n’entraîne une quelconque catastrophe imparable. Pas question pour l’instant de me faire implanter une carte mémoire détentrice de mes pauvres secrets, cependant.

Cha

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La migraine mise en mots

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 11:28 pm

avec le parti pris de Ponge.

Elle n’est pas là, elle n’existe pas ; et puis elle est là, il n’y a plus qu’elle. Comment ça se passe ? Eh bien elle peut s’annoncer par un léger battement de la veine qui passe entre l’œil gauche et le somment du nez, que vient presser le doigt inquiet, déjà alerté ; ou par un battement plus fort, à la surface du crâne, à l’horizontale de la tempe droite, et qui requiert trois doigts placés horizontalement pour le comprimer ; ou au dessus du sourcil. Ou bien, et cela se passe surtout dans les périodes où les crises s’enchaînent, par des phénomènes visuels, qui lui valent le nom compliqué d’ophtalmique : une partie du champs de vision se trouve entourée d’une courbe fermée clignotante, ou barrée de zébras psychédéliques. Parfois encore, au réveil, elle s’impose, énorme déjà, en place. Ou bien, après que les yeux ont travaillé de près, avec attention, ou parce qu’un parfum vole, qui me vole le temps où elle n’existait pas.
Lumière blessure, bruit agression, monde intolérable. Enfermement. Expérimentation du paroxysme de la douleur. Désir fou d’auto destruction, pour faire cesser. Mais se cogner la tête en arrière contre le mur ne fait que dégrader encore la situation. Vrille térébrante dans le crâne, en même temps que mise en route d’une terrifiante hyperactivité cérébrale. Hachis du cerveau enflammé. Nausée, par vagues, vomissements, le corps révulsé, durement secoué de spasmes par saccades, et relance, dans les tempes, dans toute la boite crânienne, du rythme sourd et douloureux. Se redresser pantelante, se passer un gant d’eau fraîche sur le visage. Et repartir dans l’à peine supportable jusqu’au prochain déchaînement. Encore et encore, jusqu’à écumer. Savoir que cela s’arrêtera – inéluctablement ; ne pas le ressentir.
Difficile, à la fois de subir cette accélération de la pensée, et de n’être pas – ou mal – en état de communiquer, abrutie de douleur, avec celui qui soigne. Le vivre comme une supplémentaire exaspération. Comme un embarras, une humiliation de ne pas être en possession de tous ses moyens.
Piqûres de morphine ou cachets de triptan : c’est, de façon très rapide ou différée, éprouver dans tout le corps, de même la transmission dans une gelé grenue ou un éther d’une onde molle, une transformation chimique en mouvement, qui s’accompagne d’une perte de repères, d’équilibre. Se liquéfier. Tomber.
Un bain chaud dans la pénombre est un réconfort, faible rempart contre la douleur qui, du fait des soins, s’est amenuisée mais résiste ; rempart tout de même.

Cha

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Salon de coiffure

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 11:27 pm

Sa main experte dégage la mèche et le peigne monte, formant de longs barreaux fins de cheveux mouillés. De l’autre main il la pince par en dessous, entre deux doigts allongés, accompagnant la montée du peigne, qui, en bout de course, dégage. Le peigne pivote et les ciseaux entrent en action. Il effectue ainsi, autour de moi, un ballet géométrique, circulaire et aérien. Quand il attaque la frange, sa main s’abaisse, mon regard lutte au travers du rideau des cheveux et je louche. Je la vois, énorme, un peu floue, et, plus net, le poignet de sa chemise qui sent bon. Les pointes coupées de mes cheveux jonchent mon tablier blanc.

Cha

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Baiser équinoxial

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 11:26 pm

à Pit

A l’aube du soir, alors que les autobus fardés de feuilles mortes pourrissaient dans leurs écluses, nous cheminions, caressés par le baiser de l’équinoxe. Un mépris salivaire nous charriait dans les artères de l’automne. Le paysage orthogonal se moirait dans nos yeux grimaçant au passage des coches enfumés… Je revois tout. Les grands ensembles vides dont le fracas silencieux nous laissait songeur, la nature rouillée nous murmurant la promesse d’édens incertains, et la porte dérobée sur ce désir impétueux d’incarner, à chacun, sa rupture.
Le sextant en poche, embarquant sur un quadrige de feuilles jaunâtres bordant les flots pluvieux, nous glissions en fugitifs braconniers du temps perdu. De douces jeunes filles attendaient vainement sur l’autre rive, des colliers de barques au bout des doigts, avec cet espoir dans les yeux de nous sentir les quitter à chaque instant. Dans un mouvement trahi telle une main mordue, nous prenions pour point d’inflexion la rencontre du parcours solaire avec l’horizon tronqué et jurions, un poing immatériel levé au ciel, d’éradiquer en rêve cette engeance trébuchante en forme de cortège funéraire.
Une langue ombilicale pourléchait la voie céleste tracée au dessus de nos têtes, tandis que les feuilles de tremble prenaient leur envol comme des insectes, et qu’un désir polymorphe disloquait peu à peu notre esprit. C’en était fini de l’amertume stérile des flaques d’eau mutilées par la pluie, des regards perdus dans le quadrillage des feuillets mobiles et de l’angoisse effleurant nos grands lits défaits. Portés par le craquement d’antiques peupliers, auréolés d’alcool pur, nous empruntions inlassablement, sans le voir, le chemin du retour…

-Phil Barbero-

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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