December 6, 2004

Papier peint n°10

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 3:30 am

Ouvrir le numéro 10

J’avais pris le parti de me cantonner aux phases amont de l’invention. Avoir l’idée me suffisait. Je ne dis pas, n’importe quelle idée surgie d’on ne sait où. Non. Il y avait un véritable travail d’émergence, de choix de l’idée à conserver, de dégagement de son essence même, d’adaptation, de peaufinage, qui me convenait et me suffisait. En revanche, la simple perspective de m’y mettre, d’y aller, de faire, me fatiguait. Pourquoi se donner du mal. De la création nouvelle, il y en a tant est plus, dans tous les domaines. Aucun sens, d’ajouter ma contribution, dont rien n’annonçait qu’elle apporterait quoi que ce soit de réellement intéressant. Donc, sans impérieuse nécessité, les choses en restaient là, et ce n’était pas plus mal. Faire, je m’y étais adonnée auparavant, durant l’adolescence, où mes réalisations minuscules dans les domaines de la cuisine, du tricot et de l’entretien ne se comptaient plus et, jour après jour, me sauvaient de l’abîme. Et puis ça m’avait passé. J’ai dû franchir un cap, car ça revient. Sans intention vitale, sans projet défini. Ça suinte. J’écris trois mots, je réalise, semaine après semaine, mois après mois, avec la contribution des proches, des connaissances, des amis des amis, ces journaux sans prétention mais non sans exigence dont vous venez de recevoir un nouvel exemplaire. Qui sait où tout cela va mener ?

pp10

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Rue des Chaufourniers

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 3:24 am

Aux confins de la nuit
en face de la nuit
dans le bureau baigné
de lumière électrique dorée
porte ouverte
sur la fraîcheur matinale
sur la rue
sur le monde
il est assis à son bureau
la tête penchée sur ses dossiers
le plombier Nefta de la rue des Chaufourniers.
Les yeux attirés par la clarté
je traverse cet instant d’éternité
et continue ma route sombre
de la maison vers le métro.

Lotte Char

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Varsovie II Episode II - Un piètre marcheur

Catégorie: Varsovie — mis en ligne par carlotta @ 3:21 am

Le quartier Letnaya dormait comme dorment les cités laborieuses, au rythme du départ et de l’arrivée des travailleurs partant ou revenant du centre. Les longues barres de briques rouges flanquées entre le quatrième et le cinquième étage de larges frises blanches aux bas-reliefs de fougères exotiques tiraient une perspective rectiligne de petits appartements bourgeois, à peine assez grands pour un couple et un enfant en bas âge le long de la rue Nungesser. A leurs pieds, devant de larges trottoirs, les portes singulièrement identiques de cette faune disparate et farouche qui ne faisait qu’y passer s’alignaient immuablement. Elles accueillaient le flot continu d’amoureux rêveurs, décidés à partager le début de leur vie dans le même ordre de contingences. Les portes, à l’exception de celles des commodités et des chambres, étaient soit inexistantes, soit invariablement ouvertes, et leurs serrures, évidemment hors d’usage, prenaient la rouille. Cet été, une rumeur selon laquelle les enfants s’y blessaient régulièrement courut à travers le quartier. Et par cet étrange reflex d’imitation proprement citadin, on se mit à les retirer jusque chez célibataires.
Ainsi il n’était pas rare, durant cet été radieux, de voir se rassembler cinq, dix ou cinquante personnes au même étage, pour une rixe, pour une naissance, des noces, le plus souvent pour un feu, et presque jamais pour une réunion syndicale.
Nills Consuolevski ne regardait plus les fenêtres, il passait, parmi les ombres furtives qu’on vit ce soir traverser les quartiers de la capitale. Les halos des réverbères et les perrons tous semblables se succédaient sans fin sous ses pas fatigués. Il avait trop bu, il allait perdre son pari, il avait le vent de face, il s’abîma dans une large flaque et s’endormit.

Chopin, Wagner et Chostakovitch.

Nills rêvait. Il cavalait par une matinée froide à travers une forêt centenaire, suivant le cours d’un ruisseau.

Une voix.

“ Ô patrie violée, tu réclames tes fils, tu implores leur aide.

Rassure-toi, tes pleurs et tes gémissements réveilleront l’honneur de tes chers enfants.

Ils se lèvent déjà, le rouge au front, prêts à rincer l’affront de leur sang.

Entre leurs dents serrées on entend gronder les comptines du pays

Et bientôt de leurs rangs monteront les chants de guerre.

Ô Patrie, essuie tes larmes car tes fils sont debout et l’ennemi tremble déjà au son des comptines »

La voix grésillante résonnait contre l’écorce et soufflait dans les branches des arbres. Elle chantait au loin, puis se rapprochait et venait chuchoter au creux de son oreille comme une onde radiophonique avant de s’effacer sous le souffle plaintif et puissant de Chopin, Wagner, et Chostakovitch.

Entre les troncs serrés, au travers de leurs branchages touffus, d’autres galops. Dans les échos de leurs sabots, la direction d’un vent frais qui emporta Nills jusqu’à la lisière où, en uniforme et en rang, une immense armée de Hussards s’apprêtait à charger. Des Polonais, des Russes, des Français, des Allemands, des Ukrainiens et même des Anglais. L’Internationale hussarde. La horde se cabra et chargea à corps perdu dans la vallée, disparaissant, ou plutôt se fondant dans la brume. La nuée multicolore de cavaliers bariolés s’estompa puis disparut comme le ruisseau dans une rivière invisible en contre bas. Nills percevait à peine les éclats de leurs éperons et de leurs sabres et leurs cris de rage transperçaient difficilement le brouillard blanchâtre de la matinée froide.
Un bourdonnement, comme un orage, montait doucement, puis dans le ciel une ligne noire perça les nuages.

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Varsvie II Episode III - Un soir entre amis

Catégorie: Varsovie — mis en ligne par carlotta @ 3:19 am

“ Mais j’aime beaucoup les enfants des autres. J’en ai d’autant moins besoin. Et puis c’est quand même la guerre,

Tu es saoul. De toute façon si… ”

… si c’est pas avec moi… ”
Elois dit encore une connerie, et comme d’habitude il se tourne vers moi pour ne pas avoir à affronter la colère de Mathild. Je laisse passer un ange, trinque sans conviction avec Elois, puis me tourne, comme à chaque fois, vers Mathild. Elle me regarde, furieuse. Je pourrais dire n’importe quoi, elle est incapable de m’être désagréable, alors je lâche : “ Pourquoi me regardes-tu comme ça ? Tu connais ma situation administrative. Je m’y refuse. ”
Et comme d’habitude, elle part bouder à la fenêtre et Elois change la musique. La petite houle d’engueulades quotidiennes donne à leur couple une juste agitation, un rythme agréable que j’aime partager.
Depuis quelques semaines j’ai pris l’habitude de retourner à Letnaya, les enquêteurs de la Havas n’osent que rarement m’y suivre, j’en profite pour revoir Zania et les enfants. Je les emmène pour l’après-midi au parc. Parfois, avec de la chance, je les laisse en garde chez sa sœur et je passe la nuit avec Zania. Sinon je repars après dîner. Et la cuisine de Zania me rend malade tout le long du chemin de retour. Alors, comme il se mettait à pleuvoir, j’ai décidé d’aller prendre un digestif chez Mathild et Elois. Je pensais retrouver Mathild seule mais Elois est revenu très tôt de sa soirée. Il n’a même pas encore pris le temps de se changer.
Depuis une heure il me raconte comment les cadres de la PH deviennent fous les uns après les autres. Mathild me demande des nouvelles des enfants, je lui en donne. Elle me dit qu’elle les aime tous mais un en particulier. Je lui réponds que ça ne se donne pas, ni en lot, ni à l’unité. Et pour un trait d’esprit j’oublie de lui proposer de les prendre en garde quelques jours. Puis Elois dit une connerie, puis une seconde.
Pourquoi ne revient-elle pas à la table ? Elle ne peut pas avoir été vraiment blessée. Dehors ! Elle regarde dehors, elle prend un air inquiet, mais ne bouge pas. Elois me lance un regard interrogateur.

“ Une bière ? ”

Il acquiesce et je me lève. Mathild semble lutter contre un irrépressible reflex. Dehors, sur le trottoir d’en face, un type est affalé par terre.

“ Va le chercher Joachim. ”

J’ai mal au ventre, il pleut dehors et je suis bien ici. Je ne peux rien lui refuser.

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Cendres au vent

Catégorie: Collisions — mis en ligne par carlotta @ 3:17 am

La scène finale du film « Sur la route de Madison » de Clint Eastwood, histoire d’amour rurale et américaine, rassemble plusieurs personnes sur un pont, pour la dispersion des cendres de l’héroïne narratrice. Cette scène touchante appelle en écho, chez nous, celle du film « The big Lebowski » des frères Coen, histoire de galère urbaine et américaine, où deux amis lancent à la mer, du haut des falaises, les cendres d’un troisième comparse, décédé d’une crise cardiaque sur le parking d’un supermarché lors d’une altercation entre voyous. Lancées face au vent, les cendres retombent sur les deux personnages qui font, en quelque sorte doublement, grise mine. Pour touchante que soit la scène de l’histoire d’amour, à cause de cet écho, elle nous fait rire.

Cha

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Minute métaphysique

Catégorie: Chroniques intimes, Minutes métaphysiques — mis en ligne par carlotta @ 3:17 am

(choses auxquelles je pense lorsque je suis distrait)

Mes amis avaient la fâcheuse habitude de me jouer des tours rien que pour me faire enrager, pour m’effrayer. Dans leur jeu favori, ils s’amusaient à sauter le plus haut possible et à retomber lourdement sur le sol en riant, et moi je ne pouvais m’empêcher d’entrer dans une panique irrépressible : « Arrêtez, arrêtez, vous dis-je, vous allez faire tomber la Terre, vous allez tous nous faire tomber dans le gouffre. » Puis, quand ils finissaient leur petit manège, je constatais qu’ils n’avaient pas la force suffisante pour entraîner notre planète vers le fond, et j’étais un peu honteux de ma bêtise.
Mais ce que je craignais par-dessus tout, c’est que la Terre puisse s’écraser vers le haut, contre les étoiles coupantes comme des éclats de verre qu’on a négligé de balayer et qui s’incrustent dans la peau. Un beau jour, un triste jour, j’en vins à prendre une grave décision, qui avait au moins l’intérêt de sauver la race humaine : je m’assurai d’être bien à jeun, et je me plantai sur les deux mains, contre un mur, en position de poirier ; dorénavant, c’est moi qui porterais la Terre à bout de bras. Mon Dieu, comme elle me parut lourde ! (au moins aussi lourde que mon propre corps). Mais ainsi, les choses étaient plus sûres ; je me voyais à l’envers, soutenant un poids monumental, les pieds en bas, appuyés nulle part, pendant dans le vide.
Je tins bon pendant un certain temps. Ma femme ouvrit tout à coup la porte de la chambre et se planta devant moi, les sourcils froncés : « Encore une de tes bêtises, à ce que je vois, hein ? Dans cinq minutes on passe à table, alors quand tu auras fini ta séance de yoga tu viendras faire la salade, me dit-elle sur un ton ironique.
— Chérie, je nous sauve d’une catastrophe ; toi, moi, les animaux, les hommes, les plantes et les minéraux. Et tu devrais plutôt me donner un coup de main, au lieu d’être aussi matérialiste. C’est que ça pèse lourd, tout ça. »
Elle sortit de la chambre en soupirant. Finalement, même ma femme ne comprenait pas la mission que je m’étais assignée. Ma tête commença à bouillonner de plus en plus. Je pensai aux multiples raisons qui risqueraient de faire s’effondrer la Terre ; il y avait mes amis, pour commencer, qui ne s’amusaient qu’à sauter comme des possédés, il y avait les mouvements des machines de transport, les courses effrénées et irresponsables des éléphants dans les savanes africaines, il y avait ces gens qui s’empiffraient, qui se faisaient grossir sans savoir que leur surpoids risquait de tout faire valser d’un moment à l’autre. Et mon cerveau prenait feu tout doucement, le sang se remuait dans mon crâne comme une lave brûlante. Je commençai à divaguer. Je me disais que si tellement de gens cherchaient à faire un régime, c’est qu’inconsciemment ils savaient qu’ils couraient le hasard de tous nous foutre dans le trou. Les femmes, surtout ; elles donnaient vie, elles l’entretenaient et cherchaient à la conserver, quelque chose sur leur épiderme leur demandait de ne pas trop grossir, de ne pas trop peser sur la balance du monde.
J’eus tout à coup la sensation d’un poinçon, d’une morsure à l’intérieur de ma caboche ; mon cerveau devait y pendre, y flotter, faiblement retenu par un petit cordon de chair et des bulles éclataient comme bulles dans le champagne pétillant. Puis vint l’impression que ce n’était pas la Terre que je portais, mais plutôt ma propre tête, et que les deux s’étaient inversés. Je ne sais pas, il y eut un voile noir, mes bras durent ployer sous ce gigantesque poids, et tout finit par tomber dans le grand fossé de l’univers.

Pit Bernal

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La règle du jeu

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 3:14 am

Le monde va s’effondrer. J’en ai la certitude, et je marche depuis que j’ai quitté l’école le long du trottoir comme au bord d’une falaise. Une sensation profonde me hante tel un spectre depuis que je suis en âge de penser. Une impression opaque d’un équilibre cosmique précaire, et d’un sort qu’il faut sans cesse conjurer.

L’avenir de l’humanité, qui l’ignore, dépend de mon adresse à jouer l’équilibriste malgré moi au bord de ce précipice aux embruns imaginaires. Un seul pied posé sur l’asphalte de la chaussée et les multiples bombes disséminées aux quatre coins de la terre s’amorceront simultanément pour exploser dix secondes plus tard, réduisant notre belle planète en flocons soufrés projetés dans l’obscurité du vide. Et tout ceci sans que personne, moi excepté, n’en connaisse la cause. Je ne peux pas supporter cette idée ! Elle me plonge dans un état d’inquiétude et de tristesse insondable. Donc, je rentre à la maison en prenant mon temps, marchant sur cette poutre bétonnée, chahuté par les rafales poussiéreuses, et évitant avec soin les faux pas. L’entreprise serait presque aisée, si seulement mon nez ne me démangeait pas aussi intensément. Malheureusement, je ne peux pas me toucher le visage, sans quoi je ne connaîtrais jamais l’amour, n’aurais jamais de femme ni d’enfant, et finirais mes jours seul et stérile. Je m’éteindrais dans un vieille bâtisse de campagne aux boiseries sombres, au parquet grimaçant et aux armoires pleines des artefacts d’une vie manquée. Je me visualise errant telle une ombre cassée parmi les livres et les grimoires, chaussant mes vieilles lunettes pour lire avec peine à la clarté grisâtre des fenêtres grillagées de rideaux diaphanes. Vivant dans un hiver et une mort perpétuels, au coeur d’une maison sépulcrale qui finirait par devenir mon tombeau ; délaissé de toute âme pourvue d’humanité, je ne laisserais dans le souvenir de mes semblables qu’un éphémère filigrane aussi lumineux et vivant qu’une cave humide au sol boueux et gelé… Je pense qu’à mon âge pourtant précoce, je connais déjà toutes les variantes et évolutions des démangeaisons faciales. Car il m’a rarement été donné de pouvoir y répondre sans risquer de causer le débarquement des aliens dans le jardin, l’invasion d’abeilles tueuses à la cantine, ou une épidémie de peste dans mon village natal. Un vrai supplice parfois… Un soir, mes yeux me piquaient si fort qu’il m’était impossible de m’endormir, pourtant je ne me serais résolu à les frotter pour rien au monde. J’étais convaincu qu’en le faisant je déclencherais un processus pénétrant mon inconscient. Ainsi redoutais-je une crise de somnambulisme, lors de laquelle j’aurais tué mon père avec le hachoir de la cuisine et me serais réveillé horrifié après avoir répandu son sang sur les coussins du salon éventrés.

Le jour décline et je profite du spectacle du paysage automnal encore intact, me glorifiant, malgré tout, d’en être le garant solitaire. Mais je suis bien vite arraché à ma contemplation, quand j’entends un bruit de patin à roulettes qui heurte le goudron. Une respiration à l’odeur de bonbon à la fraise se précise dans mon dos tandis qu’une sentence monolithique résonne dans ma tête : “Si je n’arrive pas au poteau électrique avant cette jeune fille en roller qui est derrière moi, ma mère va mourir et mon père contracter le cancer.” Je touche trois fois ma montre pour que mon petit chien ne meurre pas écrasé ou ne devienne aveugle, et pique un sprint sur les cinquante mètres qui m’en séparent. Essoufflé après ma course, j’enserre le poteau de mes bras afin d’accuser le coup avec certitude. La jeune fille me rattrape et passe en me jetant un petit sourire narquois ; le voile provocant de sa robe se soulève légèrement me laissant entrevoir ses jambes veloutées.
Je ne peux plus bouger à présent, je le sais, en courant ainsi frénétiquement j’ai commis l’irréparable : j’ai posé un pied sur la route, et à plusieurs reprises en plus. Conscient de mon inexcusable faute, je profite des quelques instants qu’il me reste à respirer pour penser à ma famille que j’aime, à mon petit chien qui ne sait pas qu’il me doit la vue et la vie, et à cette femme qui peuple mes rêves et que je ne connaîtrais hélas jamais. Puis je ferme les yeux en attendant la fin.

A la dixième seconde, je me demande si ce monde existe vraiment. Je réfléchis à toutes les connections synaptiques réalisables dans un esprit humain en une seule seconde. Quelle qu’en soit la quantité, elle me donne le vertige en cet instant dont je ne parviens à trouver l’issue.

Lorsque j’ouvre les yeux à nouveau, la mer est là. Cent mètres en dessous de moi les vagues viennent défoncer le granit avec leur jupe d’écume tranchante. Le bitume a laissé place à une jetée de pierre anguleuse. Le sel me creuse les narines tandis qu’une entêtante odeur de salicorne enrobe mes sinus. Le contre-ciel agité par les vagues et son image inversée dans les nues réfractent une lumière contrariée, à la fois obscure et d’un bleu orangé dégoulinant par fissures. Certains nuages ruminent leurs mémoires en toussant, foudroyés par les décharges électriques. Je me sens si bien ici que j’en oublie d’y chercher un sens. Déchargé pour un temps du sentiment de culpabilité d’un déséquilibre planétaire dont je me sens constamment être la cause, je tente un instant d’oublier la saveur d’un monde ne m’évoquant que l’envie de me défenestrer.

Puis, j’ouvre la fenêtre imaginaire s’intercalant entre moi et le vide, et je saute, espérant finir dans ce paysage inconnu en une floraison poudrée d’étincelles, et espérant surtout ne plus jamais voir de trottoir…

Phil Barbero

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Dimanche 20 février 2000

Catégorie: Caffe Sicilia — mis en ligne par carlotta @ 3:14 am

Un voyage presque sans histoire sauf que Zélie a été baptisée à la grappa et que le magnifique pot est arrivé façon puzzle (Louise a de quoi s’occuper mercredi prochain) et que AlItalia ou les bagagistes de l’aéroport Charles De Gaulle nous ont fait une farce : pas de valise de Billy ni de sac de Gabriel, on se met dans la file avec les autres pour la déclaration et à ce moment vingt cinq valises sont retrouvées in extremis.

Fin.

Collectif des deux familles

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« Au cœur de l’exploit »

Catégorie: Ethylistiques — mis en ligne par carlotta @ 3:12 am

(Interview sportive)

Afin de couvrir cet événement comme il se doit, le service public audiovisuel avait dépêché pour cet événement son spécialiste en la matière : Dominique Leglou (et glou et glou). A l’issue de la compétition, il a pu interroger l’athlète français Martial Pruvost, champion de France d’hectomètre de pastis depuis 5 ans et double vainqueur de l’Oktoberfest Cup (1999 et 2001), licencié au PMU Le Celtic de Creil (60), malheureusement rapidement éliminé. Voici le compte rendu de l’interview réalisée à chaud :

Martial, vous êtes sorti prématurément de la compétition. Comment expliquez-vous cette défaillance ?
Bleuarp… Broorp… ‘é l’putain dcass dale… sossison d’merd chié…
(Oui, j’crois qu’on s’était bien préparé avec le coach, mais le voyage a été long. Et puis le saucisson était plus favorable aux Russes…)

Vous avez l’air de douter de l’impartialité des juges…
Arrhh… né toujour a mem soze avec cé salopri d’moujik… save po gagner sans tricher…
(C’est vrai que quand on voit le climat général de la compétition et le regard des juges sur les concurrents venant des pays occidentaux, on a l’impression de gêner, alors qu’ils n’ont pas besoin de ça pour l’emporter…)

Vous reconnaissez donc la supériorité des concurrents russes…
Aaattttend… cé des gens qui zon bu d’ leur truc depuis toupeti, mem que yzon pas du sang dans les veines mais rien que d’ lalcool… y sont pas com nous et pis voilà…
(En effet, je crois que cette discipline est profondément ancrée dans leur culture. Affronter les Russes sur ce terrain, c’est un peu notre Champions League…)

Que vous inspire la défaillance du vainqueur ? Certains parlent déjà de dopage…
Boarh pédé hè… mem po capab’ d’assurmer son alcololll… alcomi… la boasssson koua.… sa piiiicole, sa piiiicole et ça tient po…
(Au contraire, je crois que cette discipline est devenue très propre, contrairement à l’époque soviétique où le dopage était planifié. Cet incident relève plus du caractère de compétiteur inné des Russes dans ce sport.)

Quels enseignements tirez-vous de cette compétition ?
Ronfl…
(Le fait de se frotter aux meilleurs permet de progresser et une seule participation à ce tournoi permet d’emmagasiner beaucoup d’expérience pour l’avenir. Je pense également que la médiatisation croissante de notre sport et son image positive devraient permettre son développement en France, notamment chez les plus jeunes. C’est sûr que quand on voit le football ou le handball, ça donne des idées, mais il faut garder les pieds sur terre et construire sur le long terme et surtout développer une culture de compétition comme celle des Russes ; tant qu’on aura pas cette mentalité, on ne pourra pas rivaliser sur la scène internationale.)

Yves Le Borgne

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A la porte !

Catégorie: La rubrique contentieuse de Cha — mis en ligne par carlotta @ 3:10 am

Il lui a laissé un message téléphonique pour qu’elle le rappelle. Ce qu’elle fait, plus tard dans l’après-midi. Il lui raconte une histoire embrouillée, qui progresse lentement, et elle lui demande où il veut en venir.
- Si nous ne rédigeons pas une lettre d’excuse, nous serons renvoyés du foyer.
Elle finit par comprendre quelques tenants et aboutissants. Elle propose un modèle de lettre qu’elle dicte au téléphone.

La lettre

Bobby Benchley et ses amis
1 foyer Audiberti
75019 Paris

à Monsieur le directeur du foyer étudiant Audiberti

Monsieur le directeur,

Nous venons vers vous pour vous prier de nous excuser des manquements au règlement que nous avons eus hier soir.
Nous avons depuis lors, à l’occasion de notre conversation avec la directrice, pris conscience de la gravité de nos actes. Nous comprenons que non seulement nous avons transgressé le règlement sur plusieurs points mais aussi amené nos camarades mineures à le transgresser.
Nous n’avions pas de mauvaises intentions et pensions que cela légitimait notre comportement. Nous avons compris depuis lors que nous nous sommes trompés.
Nous espérons que vous accepterez nos excuses, que nous présentons également à la directrice du foyer du lycée.
Nous espérons que vous ne nous renverrez pas du foyer des étudiants, et que vous voudrez bien nous indiquer de quelle façon nous pouvons nous racheter.
Nous nous engageons à respecter le règlement, que nous acceptons et comprenons mieux désormais.
Dans l’espoir que vous entendrez nos excuses et notre demande, nous vous prions d’accepter nos respectueuses salutations.

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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