October 3, 2005

Papier peint n°20

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 7:01 am

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Papier peint a une ligne éditoriale floue. Dire que c’est délibéré serait faux. Simplement, l’on me dit cela et je l’accepte. La première pensée qui émerge, c’est : une ligne floue c’est beaucoup plus proche d’une ligne que d’une absence de ligne. La seconde est plus personnelle : « Et ça t’étonne ? », me dis-je à moi-même. Si je l’avais voulu tracer, cette ligne, ne l’aurais-je pas tracée floue ? Quant à savoir le pourquoi de cette intuition… Alors je revois le coton gris de la rue des Promenades, dans lequel je plongeais sur mon mini-vélo, avalant dans la foulée celui de la place Victor Hugo, en route pour l’école. Les bords du trottoir droit nettement perceptibles, les pavés mouillés, à mesure de leur défilement, et les voitures garées sur la place, ou plutôt, les jours de brouillard léger, des masses sombres dont toute ma vie antérieure, toute mon expérience accumulée d’enfant, me disaient qu’il s’agissait de voitures. Des rêves de voitures, en quelque sorte. Voilà. Rien d’une explication. Un dévidement.

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Le livre de dessin de Juliette

Catégorie: Le livre de dessin de Juliette — mis en ligne par carlotta @ 6:59 am

Page 9 – Lola

lj9

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Four et Vénus

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 6:58 am

Venus in fur
Vénus en pelisse
Enveloppant une peau lisse
De femme en
Fourrure et bottes de cuir
Vénus en fourrure
Renarde à poil long
Mont de Vénus
Au duvet soyeux
De « cache-mire »
Et Mont
Qui n’ est pas
Sans faire penser
A une de ces
« Pâtes de Luxe »
Surgie d’une comédie française seventies
Mélodrâle en diable
Bref, on en mangerait
Pas des poils
Non, mais des peaux lisses
Comme la soie
Enveloppées de pelisses
sadiennes ma non troppo
Des pelisses en oreilles
De rabbit 100 % Ogm
Des Anne en ananas
Pendant des années
On dévêtirait
Et tisserait
Tour à tour
Ver à soie et fil de terre
Conducteur de lumière
À l’air chargé d¹électricité
Statique quand crisse
La pelisse de fourrure,
sainte éthique
Qu’on ôte comme un gant
Vive la pelisse de maman
Surtout si l’on sait
Qu’elle recouvrît longtemps
La peau d’une salope
invétérée si ce n’est invertébrée
C¹est sa fille aînée qui le dit, not me
Revêtir rêver la vague, parcourir l’écume
Ps : Et éluder la bave de fin de partie récoltée en unité de soins palliatifs

Christophe Riedel

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Improvisation 1.2

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 6:56 am

Je crache sur ton nom « prévoyance »
Le modèle à ne surtout pas reproduire
J’ai une patte cassée.
Sur l’envers du décor,

Je dirais…
Better watch a movie
Better kick an ass
Ou bien… Better be gay

Mais encore… Je dirais…
Que les lutins ne se dérangent jamais pour rien et bien qu’ils savent ce que l’avenir nous promet, ils n’en demeurent pas moins bien

Cachés.

Mais encore…
Qu’il existe un palais.

Finalement
On ne se
Préoccupa plus
De mon
Allégeance.
Je crache sur ton nom « prévoyance ».

Stéphane Sicard

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Listen to the pictures

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 6:54 am

Je me réveille. Gueule de bois. Pas de Mike. Pas de Julie. Pas de Xav’.
Je me lève et j’essaye de sortir. Je lutte pour passer ma tête dehors. Il fait bon. Chaud même. Le soleil est déjà haut. Le bateau est échoué dans des rochers. Ca sent fort le maquis. On est sûrement encore au Nord de la Méditerranée. L’eau est bleu pur, tellement transparente qu’on distingue les bancs de sable au fond. Y’a des tas de poissons et d’algues. Et des oursins. Pas bon ça…
« Beau temps, non? »
Je sursaute et manque de tomber de l’échelle. Le propriétaire du bateau est juste en dessous de moi.
« C’est gentil de nous avoir détaché hier, je savais bien que vous aviez bon fond. »
Je le regarde par dessous mon aisselle. Pas moyen de me rappeler pourquoi on les a détachés. Ni même de l’avoir fait.
« C’est rien, je dis.
- HEEE HOOO! »
Je lève la tête. Julie se fraye un chemin à travers les hauts buissons.
« On est en Corse, elle crie, génial non? »
Je monte sur le pont et la rejoints sur la plage. Elle sourit comme si on venait de tomber sur le paradis par hasard.
« Je veux rester ici, il fait beau, il fait chaud, y’a la plage, y’a des rochers vraiment sympas et l’eau est trop belle.»
Je la regarde faire une roue sur le sable. Une vraie gosse. Je peux rien lui refuser quand elle est comme ça.
« Ho les jeunes! Allez donc chercher du bois, on va se faire un bon casse-dalle. »
Il descend dans le bateau. Il remonte. Il ajoute :
« Faites pas les cons, foutez pas le feu au maquis ! » Avant de redescendre.

Très vite, les flammes prennent sur les cendres d’un ancien foyer. Le vieux apporte une grille, des saucisses, des brochettes, des oeufs, du bacon et une poêle et commence à faire chauffer le tout. Ca sent vite bon. Sa femme arrive, suivie de Xav’ qui porte les courses : du pain, du fromage, du beurre et de la confiture. Xav’ a un vieux ballon au pied. Trouvé au bord de la route. Tout le monde s’active autour du feu et bientôt on attaque le p’tit dèj’.

Khalim se lève. Il demande où est passé Mike.
« Il était déjà levé quand on est allé au village, a dit Julie. Il doit pas être bien loin. »
Khalim a failli se faire du souci mais Xav’ lui balance le ballon en pleine gueule. Ils ont commencé à se faire leur petit foot, façon « viens par là que je te montre qui est le pus fort ». Aussi con l’un que l’autre. Ca fait rire Julie qui se met de la confiture plein les doigts.

L’odeur et le bruit finissent par réveiller Zack. Il émerge sans rien comprendre, ni de où on est, ni de comment on y est arrivé, ni même de ce qu’on a fait la veille. Il attrape la glacière, en sort quelques bières, en descend une pour se remettre la tête droite et nous rejoint autour du feu.
Il prend quelques brochettes, quelques tartines et les mange en silence pour éviter d’aggraver sa gueule de bois.

A l’instant où elle finit de manger, Julie se jette à l’eau. Elle en mourait d’envie depuis ce matin mais l’activité autour du feu l’a obligée à rester au sec. Pendant que Xav’ et Khalim continuent de se narguer l’un l’autre avec le ballon, le vieux s’est appuyé sur un rocher, assis dans le sable et a allumé un cigarillo sous l’oeil désapprobateur de sa femme.

Mike revient accompagné d’une fille qui a l’air très intimidée de rencontrer autant d’inconnus d’un coup. Khalim et Xav’ ne ratent pas l’occasion. Ils se mettent à le siffler et à le charrier.
« Mike le tombeur ! Wouhou ! Quel homme ! »
Ca gêne encore plus la fille. Mike leur a dit de la fermer. Faut quand même avouer que voilà à peine quelques heures qu’on est là, en terrain inconnu et sauvage, et déjà il ramène une fille. Evidemment ça veut rien dire, mais n’empêche, c’est balèze. Julie s’est approchée du bord :
” Restez pas là, Zack va rien vous laisser. ”

Arthur

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OUF !

Catégorie: Chroniques fantastiques — mis en ligne par carlotta @ 6:53 am

Ouf ! soupira-t-il en renfonçant enfin le dernier clou. Pourvu que ça tienne ! Le bois noir est depuis si longtemps vermoulu…
Epuisé mais tranquillisé par la solidité - très apparente - de son bricolage, il laissa la tension retomber et retrouva très rapidement l’inconfort qu’il avait cru pouvoir quitter.
Les yeux à nouveau tournés vers le plafond, il entreprit de faire, à l’intention de son voisin immédiat, son copain Sébastien, un compte-rendu détaillé de son aventure. Dès les premiers mots il comprit que l’autre, les yeux révulsés vers le haut, trop occupé à comptabiliser les marques de ses flèches, comme il le faisait compulsivement depuis bien des années, ne s’était rendu compte de rien – et surtout pas de son absence.
Incapable de garder pour lui ce qui venait de se passer, il se décida à lui raconter ce qui lui était arrivé comme si c’était l’histoire de quelqu’un d’autre, oubliant allègrement que certains détails le trahiraient pour peu qu’on leur prêtât un peu d’attention… Au dessus de sa tête, il ne pensait même plus à l’inscription pourtant imposante : “ I.N.R.I. ”, “ Institut National de Rééducation Intrapsychique ”, peut être ? qui avait été remplacée depuis peu par “ V.I.H. ”, “ Vouloir Intensément H..exister ”, puisqu’il est légèrement asthmatique ?
Donc le “ Je ” devint “ il ”.
Et se fit le récit :

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“ Ouf ! soupira-t-il en arrachant enfin le dernier clou, et il se laissa pesamment glisser le long du bois ciré qui lui sembla poisseux, puis le long d’un pilier suintant d’humidité glacée. Il resta quelques minutes à reprendre son souffle, allongé sur une dalle de marbre noir. Il se sentit envahi par le froid, éternua, se moucha dans le morceau de tissu qu’il trouva sous sa main, laquelle trembla un peu de la proximité d’une zone interdite. Il se releva avec peine, s’essuya les mains sur le même tissu, sans prendre garde aux traces bizarres qu’il y laissait, en plus de celles dont il était déjà maculé, et regarda autour de lui : la pièce était immense et sombre, un profond silence y régnait. Il remarqua qu’elle avait plusieurs portes, une monumentale et deux ou trois autres de moindre importance, et hésita longuement. A vrai dire il n’avait aucune idée de là où il était.
Il avait si longtemps dormi, bercé par des chants solennels, des musiques envoûtantes, des discours exaltés. Dans un vrai autre monde. Maintenu, également, dans cette espèce d’ailleurs, à la fois cotonneux et tranchant, par un flot de lumières imprécises et d’odeurs enivrantes.

******

Voilà trois jours un rayon de soleil avait frappé violemment sa paupière droite, à travers une minuscule fenêtre ménagée dans le mur. Il avait donc ouvert l’œil en question, un peu inquiet quand même de ce réveil inattendu. Rien de cataclysmique ne s’étant produit, il avait ouvert l’autre. Mis un moment avant de recoller les deux images qui s’imposaient à lui et qui, du reste, ne lui faisaient pas voir grand chose. La tête, il pouvait la tourner : à droite, il voyait un peu de lumière, à gauche une profondeur noire où il ne distinguait absolument rien.
Il avait d’un seul coup résolu de s’enfuir. Mais d’où ? De s’échapper. Mais de quoi ? De sortir. Mais pour où ? En bref de plonger, s’immerger dans un monde dont non seulement il ignorait tout, mais de plus un monde dont il n’était même pas certain qu’il existât…
Il eut une pensée fugitive pour sa mère, dont il n’avait guère que deux souvenirs : le sein – n’en avait-elle qu’un ? - et les genoux –là il était sûr qu’elle en avait deux, parce qu’elle les écartait un peu pour qu’il s’y asseye plus confortablement, et il était parfois gêné par une odeur étrange. Quant à son père… il avait même du mal à concevoir qu’un jour il en avait eu un… du mal, en quelque sorte, à concevoir d’avoir été conçu…
Adossé à ce pilier suintant l’humidité, il sentait sa respiration reprendre un cours normal, et cela lui brûlait un peu les poumons ; le sang circuler à nouveau dans ses veines, et cela lui causait un léger fourmillement. Certes la tête lui tournait encore un peu, mais dans l’ensemble il se sentait reprendre des forces après l’énorme effort qu’il venait de fournir.
Il s’écarta de la pierre grise et fit une vingtaine de pas encore peu assurés vers la plus petite des portes qu‘il avait distinguées. Pris soudain de panique, il s’en arrêta à un mètre : il reconnut cette sorte de vertige qui l’avait souvent habité autrefois, lorsqu’il savait que le geste qu’il était sur le point de faire, la parole qu’il était sur le point de prononcer, allaient avoir des conséquences qu’il ne pouvait prévoir. Comme alors, il se sentit porté par une force invisible et terrorisante.
Il n’eut pas le temps de s’y attarder : derrière lui un bruit de talons claquait sèchement sur le sol. Aucune erreur possible, on se rapprochait de lui. Il ne pouvait pas rester là ! Il poussa donc la porte dépourvue de poignée et fut tout étonné d’en trouver une seconde. A travers l’imposte qui en perçait le haut, il vit une tache grise qui ne lui dit rien qui vaille – c’était le ciel, pourtant. Ce fut à l’origine de sa première hésitation. Faute de pouvoir revenir en arrière, et là fut le moment de son premier regret, il se résigna à peser sur le battant.
Il sortit. Se figea un instant, aveuglé par la lumière, assourdi par le bruit, assiégé par l’odeur, assailli par le froid. Il eut le réflexe de se blottir dans une encoignure, autant pour reprendre son souffle que parce qu’il avait en un éclair perçu qu’il était impensable qu’il fût vu. Effaré, il se sentit étreindre par la certitude glacée qu’il ne pourrait pas faire un pas de plus.
Il resta là un temps indéterminé, très long sans doute puisqu’à la nuit tombante il en était encore à chercher en vain des points communs – du moins de ressemblance – entre le monde tel qu’il l’avait connu avant sa mort prématurée quelques siècles plus tôt et ce qui s’offrait maintenant à ses regards.
Bleu de froid à présent, il se sentait à nouveau faiblir. Ses multiples cicatrices commençaient à le faire vraiment souffrir, et il avait, depuis le temps, oublié ce que c’est qu’avoir mal.
Il n’arrivait pas à détacher les yeux de l’espace où défilaient devant lui des lumières rouges et blanches qui passaient rapidement, accompagnées de traînées sonores et parfois odorantes. Jamais il ne s’était senti aussi près de l’étourdissement. Mais tomber dans les pommes, il ne pouvait vraiment pas faire ça à … tiens, à qui, au juste ? à ce couillon d’Adam ou à cette salope d’Eve ? Cela le fit ricaner. Quand il s’en rendit compte, il jeta un coup d’œil inquiet vers le ciel, espérant que personne là-haut n’aurait été témoin de sa grimace.
Une sensation étrange lui tordit soudain le ventre. Comment est-ce que ça s’appelait, déjà ? Ah, oui : la faim ! la dalle ! La dalle, sa dalle, un truc très lourd qui lui rappelait bien quelque chose de lointain qui lui avait vraiment pesé sur l’estomac, mais ce n’était pas le moment de se laisser aller aux souvenirs… La faim, donc. Cette histoire de pommes, peut être ? Ou, tout simplement, un signe de ce que la santé lui revenait ? Il sentait bien pourtant qu’il était pour le moment incapable de quitter le recoin où il s’était terré, atterré.
Au bout de quelques temps il décida de tenter de rentrer dans l’édifice d’où il était sorti et de se mettre en quête d’un peu de nourriture : il se souvenait avoir eu autrefois des talents certains pour fabriquer un bon repas à partir de pas grand-chose. Le tout était d’éviter l’économe et d’arriver à violer… la serrure de la réserve !
Chancelant, il poussa les deux portes dans l’autre sens, jeta un coup d’œil pour s’assurer qu’il était bien tout seul et se dirigea d’un pas hésitant vers ce qui devait être le garde-manger.
Celui-ci était surmonté d’une petite loupiote rouge qui n’évoqua rien pour lui : seul comptait à ce moment ce qu’il allait trouver à se mettre sous la dent ( “ sous l’Adam ” se dit il, et il pensa à nouveau à Eve avec un ricanement un peu nerveux ).
Il se mit à chercher, sans trouver, mais peut être cherchait-il mal - un outil pour …

******

Ouf ! – soupira-t-il en venant enfin à bout de la serrure qui ne s’était pas facilement laissé faire. Il jeta négligemment à terre l’épingle à cheveux, par bonheur un peu grasse, qu’il avait finalement trouvée sous un banc et qui lui avait servi de sésame. Dans le garde-manger, qui avait extérieurement des allures de luxe – dorures, fausses perles et enluminures, bref du toc tape à l’œil – peu de choses. Mais il avait trop faim pour faire la fine bouche, et il avala, sans mâcher ni goûter, des biscuits insipides et un vin légèrement piqué. Sur ces agapes, la tête se mit à lui tourner et il s’affala sur le linge immaculé qui recouvrait une table de pierre. Il s’en releva avec difficulté, eut du mal à reprendre ses esprits, lui qui pourtant pensait n’ avoir jamais été quitté par eux.
Il était urgent d’examiner froidement – ça, ce n’était pas trop difficile ! – sa situation.
Que faire ? Quel parti prendre ? Celui de tenter à nouveau l’exploration du monde qu’il avait entrevu ? Ou bien de retourner à ses vieilles habitudes, aussi inconfortables fussent-elles parfois, mais, qui, au moins, lui étaient familières ?
Lui qui avait dans sa vie conquis tant de publics, qui avait entraîné dans son sillage tant de fans et de groupies qui en avaient souvent perdu et la tête et la vie, il se sentait à présent bien seul.
Il ne tourna même pas les yeux vers ses anciens camarades, de classe ou de combat, dont les portraits ornaient les murs. De quel secours lui seraient-ils, alors que c’est lui- même qui les avait toujours secourus ?
Tenter une autre porte ? Mais le monde, au-delà, serait-il différent de ce qu’il en avait perçu ? Y aurait-il autre chose que ces flaques de lumière, ces grondements et ces odeurs ? Il réalisa soudain qu’il n’avait rien vu qui ressemblât à un être humain. Et sentit aussitôt sa curiosité s’éveiller…
Il se décida pour une deuxième tentative, mais mieux préparée : il fallait trouver de quoi s’emmitoufler pour affronter l’air glacé du dehors. Il avisa alors une petite porte un peu dissimulée, dont la serrure succomba sans trop de résistance à l’épingle à cheveux, décidément providentielle, qu’il avait mis cinq bonnes minutes à retrouver.
S’approchant d’un meuble imposant de bois sombre composé d’une dizaine de grands tiroirs, il tira l’un d’entre eux. Il découvrit un immense vêtement blanc, vert et or, muni d’une étiquette XXL. Son âge - à peu de choses près. Mais ce vert ne conviendra pas à mon teint, se dit-il en pensant au dernier reflet de lui qu’il avait aperçu autrefois, - voyons à l’étage au-dessus ! Il tira les tiroirs les uns après les autres et découvrit dans chacun d’eux un vêtement de même coupe mais de couleur différente, portant chacun la même étiquette. Il n’en essaya aucun. Son choix se porta sur quelque chose de bleu et or, qui lui rappelait les robes de sa mère. Il s’en enveloppa, et sentit tout de suite une douce chaleur l’envahir.
Un peu empêtré dans le vêtement beaucoup trop ample, il choisit une porte du côté opposé à la première. Avant de se décider à la pousser il ferma brièvement les yeux, invoqua l’image de sa mère qui, elle, ne l’avait jamais abandonné, même aux moments les plus difficiles de sa brève existence. Et il se retrouva dehors.

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Tout à l’heure bleu de froid, maintenant ombre bleue. Il fut surpris de découvrir quelque chose d’un peu différent. La nuit était à présent totalement tombée et un fin crachin rendait le sol glissant. Il ne voyait même plus le ciel, comme si celui-ci avait enfin décidé de lui foutre la paix. De l’autre côté de l’espace toujours zébré des mêmes bruits, des mêmes lumières, des mêmes odeurs, il aperçut une silhouette qui lui sembla tapie, comme lui, dans un recoin, mais pour se mettre à l’abri, non pas des regards, mais de la pluie. Un être humain, enfin… Son oeil s’enflamma, mais la perplexité eut vite raison de cet embrasement.
A trente pas de lui ce quelqu’un sortit soudain de son abri, se trouva exposé et à la pluie et à la lumière étrange qui suintait d’un réverbère faiblard. Il vit avec terreur que s’approchait de lui une créature et il se mit à trembler – de quelque chose qui n’était pas de froid…
“ Eh ben mon coco, t’en as, une drôle de tronche, emmitouflé dans ton rideau bleu ! T’as pas envie qu’on se tienne chaud ? ”

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Il crut ouvrir les yeux et les oreilles à demi pour entendre les chants, contempler l’assistance qui le regardait avec une sorte d’adoration. Un demi-sommeil un peu engourdi, comme s’il revenait d’ailleurs.
Il se réveilla pour de bon, pas tout à fait quand même, entouré de ses vieilles connaissances : les frères Halopéridol, le fort et le faible, la drôle de chemise aux manches interminables dont on l’affublait parfois.
MAMAN ! ” hurla-t-il, et, pour la première fois de toute son histoire, elle ne répondit pas .
Ce silence le figea. Et, pour la retrouver, il décida de retourner là d’où il était si imprudemment descendu.
“ Ouf ! ” soupira-t-il en renfonçant enfin le dernier clou…

Perrine Detoeuf

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Chien céleste

Catégorie: Chroniques fantastiques — mis en ligne par carlotta @ 6:51 am

Quand les yeux s’envolent comme deux ailes, celles du papillon d’un masque de carnaval ou de sommeil…
Je préfère être prophète dérangé que citoyen lambda. Il n’y a pas de lambada pour les prophètes. Que des carnavals de miroirs, d’horizons cassés et d’yeux qui s’envolent en papillon.
On s’en fait un nœud, nœud papillon. Nœud coulant pour se pendre à un astre à moitié pourri et dévoré par les astéroïdes, se pendre au crochet du vestiaire de son existence ou de la piscine municipale pour signifier post-mortem que je suis des leurs, de la brigade des poissons stupévolants.
Parfois dans mes suicides lents, un chien lape la lune et pisse là où fleurit le soleil qui grossit à mesure que la flaque s’agrandit, jaune, et que les couleurs partent en rayons, le chien pisse là contre le lampadaire de notre vie, celui du jour et de la nuit, et en repartant il l’éteint et part en fumant une Dunhill. Clébard sournois, lévrier céleste, cabochard à la langue pendue ! Tu claudiques là dans mes rêves, remuant l’espace privé de mes rues comme on fouille les organes d’un corps ouvert au grand jour, tu marques ton terrain et passes un tour de clé à molette sur mon cœur, tu rajoutes un peu d’huile là où ça fait mal, du sel dans les plaies. Quel fromage t’offrir, Chien, pour que tu délaisses les rues intimes et silencieuses de mon enfance, mes rives intérieures où pousse mon jardin secret ?
Quand le papillon de mes yeux se sera envolé, tu auras disparu. Car c’est un pacte de la nuit, celui des étoiles posées sur l’oreiller gonflé de rêves. C’est le carnaval de minuit, les chants sacrés pour que tu ne reviennes plus. Je deviens mon propre prophète et me surmultiplie en autant de moi-mêmes, et nous portons des masques de chat et de papillon et loin, loin nous lançons le bâton que tu iras chercher, sur l’autre rive de la vie.

Pit Bernal

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Le yéti d’Albi - Mercredi. 22H40.

Catégorie: Le Yéti d'Albi — mis en ligne par carlotta @ 6:50 am

Un ultime barrissement, suivi d’un soigneux essuyage de son excroissance nasale, autorisait enfin Papi Raoul à passer à l’accostage. Le cérémonial faisait partie du jeu mais aussi du plaisir, puisqu’il n’y sacrifiait jamais le moindre détail.
La pute trouvait ça plutôt mignon et en tout cas plus agréable que ces crétins encasernés, qui après lui avoir quasiment fait monter les escaliers quatre à quatre, lui laissaient tout juste le temps de se déshabiller avant de se jeter sur elle avec une ardeur qui n’avait d’égale que leur gaucherie, quand elle ne tendait pas vers la brutalité.
Décidément, les marchandages empreints de délicatesses balourdes du bon Papi Raoul restaient chose rare en ces temps dédiés à la productivité, méritant ainsi qu’on y consacre le temps nécessaire.
La suite s’enchaîna en douceur et sans extravagances, comme chaque mercredi soir.
Avec Papi Raoul, c’était aussi la fin de la nuit et du travail, la vie normale qui reprenait son cours. Oh, ils n’étaient pas nombreux ceux qui avaient le droit de passer la nuit !
« Ils » formaient comme un petit cercle intime, ne se fréquentant pas les uns les autres, se saluant d’un simple coup d’œil au hasard de leurs rencontres.
« Ils » se comptaient sur les doigts d’une main, se tenaient soigneusement en amont des limites qu’elle leur avait marquées dès le départ. Apolline avait décidé, les en avait informé, puis la routine une fois installée, avait régné sur sa petite cour sans abus, mais si besoin avec fermeté.
Ce soir là, après leurs ébats, elle fixait Papi Raoul, ses yeux semblables à deux investigateurs pointilleux, habillés du même costume noir et austère.
Sombre regard donc, qui fouillait celui de Papi Raoul encore perdu dans les douceurs de l’amour charnel. Il finit par s’en apercevoir, ce qui le mit mal à l’aise.
_ C’était pas bien ma Canette ?
_ Mais si mon Raoul. Tu étais très bien, comme toujours… Tu le sais, tu es mon horloge, pour ça, pas de problème !
C’est d’autre chose qu’il s’agit. Quelque chose de sérieux. Tu sais quel âge j’aurai bientôt ?
_ Mais ma Canette, c’est rien çà, l’âge, regarde-moi, je suis une vieille « cranque » et tu me veux bien pourtant.
_ Je suis une femme Raoul ! Pourquoi je t’ai plu ? Pourquoi je leur plais aux autres ? Pourquoi ? Mais parce que je suis encore bien foutue et appétissante, et que tu m’as connue au bon moment. Sinon, mon Chou, c’est chez Josy que tu serais le mercredi !
_ Ca, c’est pas gentil pour elle ! Pourquoi tu deviens méchante ? Elle t’a rien fait la pauvre Josy !
_ Bien sûr qu’elle ne m’a rien fait ! Comprend-moi bien mon Chou, dans quelques années, moi aussi je serai une Josy. Les clients qui deviennent rares, les amis qui disparaissent ou ne se comptent plus qu’en rêve … La vieillesse quoi ! Tu m’entends ?
Moi, ce n’est pas ce que je veux vivre. Je veux pouvoir m’arrêter.
Déjà que j’ai bien ralenti … Ces derniers mois, je n’ai plus le cœur à rien. Tu ne t’en es pas rendu compte ?
Je veux te parler. Sérieusement, de l’avenir. J’ai des idées, mais je ne suis pas sûre. Je ne voudrais pas me tromper.
Par contre, si je ne te le dis pas, je n’arriverai jamais à en parler aux autres.
_ Qu’est-ce qu’ils viennent faire là-dedans « les autres » ? Et d’abord, tu es bien gentille ma petite, mais j’ai peur de ne pas bien te suivre. Tu voudrais pas me les dire tes idées, tout simplement, comme tu sais faire, pour le reste…
_ Justement, j’y viens. Mais c’est pas facile. Tu vas m’écouter sans rien objecter. D’accord ? A la fin, tu me diras ce que tu en penses.
Après, je déciderai si je peux en parler à Féfé et à mon Petit Secrétaire.
_ D’accord ! Je t’écoute ma Canette, et je me tais. Même si je ne comprends pas tout, ce n’est pas grave, tu m’expliqueras après !

Là-dessus, la lumière s’éteignit, emportant avec elle la flamme noire de ses yeux, et Papi Raoul fit ce qu’il avait promis: il se tût.
Il n’eût pas de mal, médusé qu’il était par l’avenir qu’elle dessinait dans l’obscurité.
Il s’endormit avant la fin, et la nuit leur fût douce.

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Substitution assistée

Catégorie: Collisions — mis en ligne par carlotta @ 6:49 am

Disons que pour des raisons professionnelles je suis devant un écran d’ordinateur chez un constructeur automobile français. Le correcteur orthographique tique sur « Flins », nom d’une ville de banlieue où se fabriquent à la chaîne des voitures de série. Il me propose d’y substituer « Flint », ville du siège de la compagnie General Motors, aux Etats-Unis. C’est-y pas joli ?

Cha

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Tunisie

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 6:48 am

« Personne n’est libre de vivre indifféremment n’importe où »
F. Nietsche in Ecce-Homo

Ce n’est pas un retour, ce n’est pas le pays de l’enfance. C’est le territoire intime, la force pénétrante de la terre, du vent et de la mer à l’intérieur de soi. C’est une empreinte, une appropriation involontaire qui subsiste et renaît à chaque rencontre.
Je peux ainsi nommer du nom de ces villes inconnues mes territoires promis, mes espaces intérieurs. Gibraltar, la pointe sud de l’Espagne et l’abandon contraint de l’Andalousie pour la côte algérienne. Oran, Socarra puis Bône et enfin le Cap Bon ! Viatique imaginaire, qu’importe ! Comme une inconnue, c’est l’appel des sens, du cœur, de l’âme !
Les garder, ces noms, les serrer contre soi, non par défaut d’histoire, méprise ou ignorance, mais pour enfin reconnaître l’accord tourmenté de la chair et du monde. Si tel un atavisme, le lieu nous est donné, il n’est pas toujours vrai qu’il soit aimé pour cette fatalité !!

Corinne Haddad

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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