November 7, 2005

Papier peint n°21

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 10:11 am

Ouvrir le numéro 21

Le monde ne me parvient jamais qu’avec retard. Ainsi je découvre que tout l’été a été agrémenté par un monsieur nommé Jean-Baptiste Harang, de son état journaliste à Libé, de chroniques sur des livres imaginaires. Je n’ai pas (ou si peu) lu ces chroniques, même si l’occasion m’en a été donnée récemment : je préfère pour l’instant les imaginer. Je crois que je suis amoureuse de Jean-Baptiste Harang. Je rêve de lui envoyer mon œuvre complète reliée en peau de néant. Ca m’étonnerait que mon Jean-Baptiste Harang soit exactement le monsieur de Libé. Aussi je compte sur vous pour ne pas ébruiter cette information.
A propos d’info, Papier peint est en ce moment visible sur la toile grâce à Monsieur Toussaint Louverture (http://www.monsieurtoussaintlouverture.net/Listes/10-16-05Livresquejepourrai.html) à qui j’adresse mes remerciements vifs et amicaux.

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Le livre de dessin de Juliette

Catégorie: Le livre de dessin de Juliette — mis en ligne par carlotta @ 10:10 am

Page 10 – Eva

lj10

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Là-bas

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 10:09 am

Comme un sentiment d’irréalité
Comme si, malgré ce gouffre
S’avançait le soir
Sans savoir
Sans raison
Là où la vie abonde
La terre qui ne veut rien
Et s’enfle parfois du vent dans les feuilles !

Corinne Haddad

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Station Belleville

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 10:08 am

Seul,
Entouré de son luth
Il creuse la pénombre
un instant exilé.
Chagrin constellé
à la lenteur des corps
De ses yeux monte soudain
La moiteur rêvée !
Il y a parfois des soleils perdus,
dont le chant s’égrène
sur les cordes tendues
de la misère des jours !

Corinne Haddad

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Extraction

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 10:08 am

Nous sommes nés avec le goût et la peur de vivre
Nous sommes nés des palmiers solitaires
dans les oasis bruyantes des villes
Nous sommes nés dans ces pièces obscures
à l’ombre des moissons de la langue
Nous sommes nés penchés,
des saules, toujours au bord des pleurs

foudroyés !

Corinne Haddad

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Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 10:07 am

Je naquis un jour
La vie ne m’a rien donné
La mort m’a tout pris.

Stéphane Sicard

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Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 10:07 am

Sous leur costume de coton
S’agitent naïvement les trains.
Ma tête penche lentement,
Dans les vapeurs de cigarettes.

N.M.

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We are at War until you’re free

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 10:04 am

4th of July

“It has to start sometime,
It has to start somewhere,
What better place than here?
What better time than now?”
Rage against the Machine.

” C’est ici, pas vrai?
- Oui, elle m’a répondu.”
J’ai levé les yeux vers le ciel. Cette côte est la même depuis des années, elle danse dans le fond de mes yeux depuis que je la connais. Le détail des rochers, la façon dont les vagues viennent s’écraser contre les récifs.
Tout. Même le temps qu’il fera cette nuit. Je le sais.
J’ai regardé Zack. Il savait de quoi on parlait. Ses yeux me disaient de ne rien dire. J’ai regardé Julie. Il n’y avait plus rien à dire.

Le temps était venu.

Zack s’est levé. L’orage a éclaté à l’horizon. Seule une chaude pluie nous parviendra, elle durera jusqu’à l’aube. Je le sais depuis longtemps. Mike avait trop fumé pour ne pas comprendre. Il s’est levé aussi. Même Khalim et Xav’ le sentaient. Trop de pression. Sans raison apparente. Rien qui puisse entrer dans leur champ de compréhension. Mais ils le sentent tous.

J’ai sorti mon 9mm.
Je l’ai lancé à Zack.
” Tu sais…c’est pas une arme pour toi. Mais t’es quand même bon avec. ” Je lui ai dit.
Il l’a armé et l’a pointé sur le vieux. Il s’est levé, les yeux écarquillés.
Il a lâché son cigarillos encore fumant.
” Tu n’aurais jamais dû voler nos mémoires “, a dit Zack.
Il a tiré. En plein front. Le vieux s’est effondré. Son chapeau s’est gorgé de sang avant de glisser de son crâne. Sa femme est tombée à genoux. Zack a ajusté sa tête. Il est resté sans bouger. Sans ciller.
Elle tremblait. Tout était suspendu au jugement de Zack. Un autre éclair. Les premières gouttes nous sont parvenues. Zack n’a pas le courage de gâcher cette pluie, pas celle-là. Il a rangé son arme.

Il s’est approché d’elle, l’a saisie par le bras et l’a relevée.
Il est parti sans regarder derrière lui. Notre cuisinière d’un jour au bras.
Mike m’a jeté un dernier regard. Il avait été heureux d’avoir passé un peu de temps avec nous. Khalim et Xav’ sont restés bras ballants sans trop savoir quelle conduite adopter jusqu’à ce que Mike parte en emmenant sa rencontre encore fraîche. Ils l’ont suivi. Ils ne comprendront que bien plus tard. Peut-être jamais. Ca n’a pas d’importance. Zack sait.

Julie a regardé le ciel.
” La boucle est bouclée.
- Oui, je lui ai répondu.”
***
Signe Fix cette fois.
Et c’est la dernière.

Arthur

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Urbanisme affinitaire

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 10:02 am

Bon…

Non plus Montmartre mais, conformément à l’orthographe française que nous méprisons par ailleurs, Mamartre. La promotion pour cet animal aussi méconnu que mignon ne froissera sûrement personne et permettra de brider le lobbying des persécuteurs de fourrure.

Si la seine ne l’est pas, c’est qu’elle n’est pas, or, si elle n’est pas, de nom elle n’a pas ; aussi ne la nommerons nous plus. Ce principe conforme à un Héraclitéisme de bon aloi ne saurait chagriner les philosophiques esprits qui hantent Paris entre midi et deux…

La tour Edoudou se passe de raison.
Le lycée polyvalent Pierre la Police où les enfants apprendront à aimer les choppes de bière en peluche et à réciter les locutions fongoriennes fondamentales telles que “Je chaussure les poitrines de femmes”.

Le musée de l’écharpe et du tricot en lieu et place du centre Pompidou…

Notre Dame : locution perfidement misogyne qui gagnera à devenir Notre Edam, ce dernier patronyme promettant par ailleurs de favoriser les relations diplomatiques avec le payx du Gouddha.

La pastille : prison commémorative inexistante devant prôner l’abolition des migraines et autres maux de têtes.

Hôtel de vils : bien propre à accueillir le patronat.

Champs du troisième sein: ne mâchons pas nos mots, l’idée d’associer, par pur et pitoyable patriotisme, une place historique à une barre chocolatée nous déplaît. La métaphore éculé du Sillon fertile (c.f. Empédocle) n’est plus à même de caractériser le genre féminin trop longtemps spolié de son droit au troisième sein.

L’île de la cécité : devra être traversé les yeux fermés.

L’esplanade des imitations nasales : où se passeront d’authentiques débats politiques.

N.M.

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Trottoir complice

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 9:59 am

Il y a trois semaines, en sortant de chez moi pour aller à la poste, j’ai remarqué une inscription bizarre sur le trottoir. D’habitude, à cet endroit-là, il y a fréquemment des crottes de chien. C’est pour cette raison que j’ai toujours les yeux rivés sur le bitume. Histoire de préserver mes cols de fémurs, vu que j’ai, quand même, quatre-vingts ans…
Alors là, je n’en ai pas cru mes yeux ! Appuyée sur ma canne, j’ai même changé de lunettes, pour en avoir le cœur net ! Ce qui est un peu compliqué, puisque j’ai le poignet gauche dans le plâtre.
Pas d’erreur, c’était bien écrit : « J’AI VU DIEU, ELLE EST LESBIENNE » Même pas une faute d’orthographe ! Une rareté à notre époque !
J’ai ri, d’abord franchement, et puis de moins en moins, histoire de retenir mon dentier qui en aurait bien profité pour se faire la malle…
J’ai étouffé mon rire - comment faire autrement ? Avec délicatesse, pour ne pas, du coup, l’avaler – le dentier.
Ça m’a fourni l’occasion de régler un vieux compte avec Celui en qui j’ai longtemps cru, avant qu’Il ne torpille ma vie.
De retour chez moi, pour être certaine d’être tranquille, au cas (bien improbable) où Jules aurait eu soudain l’idée de me parler, j’ai débranché mon sonotone et je lui ai collé dans les mains le « Figaro » qu’on reçoit tous les jours, puisqu’il tient mordicus à ce qu’on soit abonné. Il s’est jeté, comme d’habitude, sur le carnet mondain, rubrique « décès ». Ça l’occupe toujours un moment, et même, parfois, ça le fait rire…
J’ai pris ma plume sergent-major, celle avec laquelle je faisais, quand j’étais petite, des pleins et des déliés pleins d’élégance ; je l’ai trempée dans l’encre épaisse de mon ressentiment, et j’ai rédigé la missive suivante :

Mon Dieu, Seigneur, si vous saviez ce que je sais de Vous…
Tiens, c’est curieux, mon Dieu, Seigneur, est-il possible que Vous ne sachiez rien ? Même pas que je sais ? Allez ! Ne faites pas semblant, ou alors… Vous allez perdre toute crédibilité, je Vous le garantis ! Déjà qu’à mon avis Vous êtes mal barrée…
Eh oui ! Je le sais, Seigneur, que Vous êtes lesbienne.
Comment ça, Vous, Vous ne le savez pas ? Mais si, mais si, je Vous assure !
Et comment je le sais ? Voyons, Seigneur, ça n’a pas pu Vous échapper ! C’est marqué sur les trottoirs d’une rue ordinaire (qui, de ce fait, ne l’est plus tant que ça), et en plusieurs endroits ! A la belle peinture rouge, à l’aide d’un pochoir tout ce qu’il y a de soigné. Vous pouvez vérifier, la pluie n’a pas encore tout effacé ! D’ailleurs, si Vous avez besoin d’une preuve irréfutable, je tiens quelques photos à Votre disposition.

Comment ça, ça Vous étonne ? Comment ça, ça Vous indigne ? Comment ça, Vous m’attaquez en justice ? Comment ça, si Vous estimez que si la Justice en question ne Vous donne pas raison, Vous ferez appel ?
Appel ? Mon Dieu, Seigneur, appel à qui ? Il y aurait quelqu’un, à l’étage au-dessus ?
Parce que moi, figurez-Vous, Seigneur, je n’ai pas du tout l’intention de me laisser faire plus longtemps.
Si j’ai pris ces photos, c’est pour Vous faire la peau. La Vôtre, ou, à défaut, celle de Votre fils. Ça tombe bien, on n’est pas loin de Pâques, ça me ferait vraiment plaisir de planter quelques clous ! J’ai le marteau qui me démange !
Vous avez empoisonné ma vie, avec Vos conneries de péché originel, d’immaculée conception, et tout le bataclan…Et en plus Vous avez fabriqué quelqu’un pour me détruire à petit feu. Enfin, on verra bien qui a le dernier mot !
D’accord, Votre pseudo-fiston, il n’a rien arrangé. Avec Votre bénédiction, il s’est même inventé un faux père ! Parce qu’évidemment, le vrai, le sien, de père, c’est Joseph, lui aussi un spécialiste des clous, puisqu’il est charpentier.
Vous osez dire « hasard » ? Peut être prémonitoire ?
En tout cas, dans les prières couramment murmurées, c’est quand même « Seigneur, que Votre volonté soit faite ! » Donc, in fine, c’est bien Vous le responsable de tout. Responsable - coupable.
Et maintenant que j’ai enfin trouvé de quoi Vous coincer, Vous n’imaginez tout de même pas que je vais m’en priver !
Bon, dans un geste de charité chrétienne, que je suis sûre que Vous apprécierez, je Vous mets un marché en main : ou bien Vous me débarrassez de mon Empoisonneur, celui que Votre volonté divine m’a envoyé, ou bien je balance le scoop sur Vos moeurs bizarres au 20 heures de TF1, où, croyez-moi, j’ai quelques accointances.
Cet Empoisonneur, Vous l’avez drôlement fignolé. Vous avez fabriqué un personnage qui vit dans une carapace. Enfermé, bouclé, reclus à donner envie de vomir à tout être normal qui l’approche… Terré dans un noir dense qui fout forcément les jetons à quiconque a une petite idée de ce qu’est la lumière. Qui fait du silence la dernière des paroles, et qui transforme n’importe quel sourire en grimace de vampire. Qui glace l’air qu’il respire.
Qui tue tout ce qui essaie de vivre.
Et ce Jules-là, Vous me l’avez gentiment flanqué dans les pattes et j’ai dû l’épouser.
Merci, Seigneur, de ce divin cadeau !
Sur la méthode, je Vous laisse le choix. Pour les délais, pas trop : il faut que Vous m’en libériez avant que je succombe. Pâques, après tout, n’est pas une si mauvaise échéance. Seule condition : que Vous vous assuriez qu’il ne ressuscite pas, en douce, quelques jours plus tard. On a déjà vu ça…
Qu’en dites-Vous ?
Rien ?
Comment ça, rien ?
Vous avez l’air sonnée, Seigneur ! Je veux bien comprendre : d’abord c’est l’époque de l’année qui veut ça, et puis c’est dur, à Votre âge et dans Votre position (qui a inspiré tant de missionnaires !) d’être démasquée.
Résumons-nous : je vous donne deux semaines pour me débarrasser de Jules. Il y a sûrement une petite place libre là-haut, pas très loin de Vous, où il sera très bien …
Au-delà de ce délai, c’est PPDA qui se chargera de faire connaître au monde Votre véritable nature.

Et j’ai signé : « Yvette, une ex-ouaille qui attend le veuvage avec grande impatience »

Merci à l’artiste du bitume qui m’a offert ce plaisir-là !
Maintenant, il faut que je trouve le moyen de faire parvenir cette lettre à son destinataire.
Je ne compte pas tellement sur le père Dupanloux, le curé de notre paroisse. Mais j’ai quand même glissé dans la mince fente du tronc des offrandes ma lettre trombonnée avec un billet de cinq euros, le tout plié en douze pour que ça rentre. On ne sait jamais : c’est bien connu, le curé est rapace…
Heureusement, j’ai une autre piste : il y a un mois, mes petits-enfants se sont cotisés et nous ont offert un ordinateur pour nos soixante ans de mariage. Jules, bien sûr, a haussé les épaules sans un mot.
Depuis, ma petite-fille m’a appris à « seurfer sur le oueb », comme elle dit, visiblement soulagée que l’un de nous deux apprécie le cadeau. Et je me livre aux joies des spam, coukize et tutti quanti, auxquels, en fait, je ne comprends rien. Mais, au moins, je m’amuse !
Je me suis donc rendue sur le site « Connaître Dieu personnellement » - si, si, ça existe !
Ça m’a pris beaucoup de temps pour taper ma lettre, à cause de mon arthrose de l’index. Rien à voir d’allure avec celle que j’avais écrite à la plume sergent-major, mais tant pis ! Je l’ai envoyée en pièce jointe à l’adresse électronique indiquée. Il devrait l’avoir reçue depuis longtemps.
J’ai aussi écrit à PPDA, histoire d’assurer mes arrières. Mais là, par la poste, juste pour lui faire savoir que j’avais à faire des révélations de la plus haute importance sur la vie privée d’un personnage fort connu. Je n’ai pas voulu préciser, j’ai juste mis ses initiales : N. S.

Ça fait presque trois semaines que j’attends. Jules n’a pas l’air de s’étioler, pourtant je surveille ça de près…. Il est égal à lui-même. Ça m’inquiète…
PPDA ne m’a pas non plus répondu. Il doit être très occupé.
En tout cas demain, je vais profiter des soldes pour m’acheter de quoi m’habiller chic, au cas où je passerais à la télé. C’est Jules qui en fera une tête, quand je déballerai tout ! Peut être même qu’il aura une attaque …

Perrine Detoeuf

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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