December 5, 2005

Supplément à Papier peint n°23 - Minutes chaufournières du Lycanthrope 2006

Catégorie: Chroniques bibliophiles, Prix Lycanthrope — mis en ligne par carlotta @ 10:53 am

(ne peut être vendu séparément)

Par Yann Bernal

Pièce de théâtréalité créée à l’occasion du Prix Lycanthrope 2006, premier du nom, dont le Jury s’est réuni à midi et demi le 3 décembre 2005 au pied de la Butte Bergeyre, Paris XIXe, sous l’égide de Charlotte.

Auteurs-personnages
Par ordre d’apparition : en qualité de jurés : Perrine (présidente), Priscille, Odette, François, Robert, Myriam ; grande ordonnatrice : Charlotte ; président du Prix Nocturne pendant : Benoît.
Et, par ordre de non apparition : Fabienne et Eugénie.
Dans le public : Edouard, Marina, MC et Yann.
Excusé : Pit.

Antre des Chaufourniers. Le Jury est presque au complet. Seules Fabienne et Eugénie restent invisibles, malgré les efforts de Charlotte pour les rameuter. Les membres pour la plupart ne se connaissaient pas, et restent tapis dans une certaine réserve. Sous un soleil de midi grisé par la nuit de 2005, les jurés se jaugent.
La conjuration lycanthropique peut commencer. Perrine, la présidente du Jury, propose aux membres d’expliquer en une minute trente par livre pourquoi ils retiennent deux, trois, quatre livres sur les sept en lice (La nuit du Minotaure de Marc Agapit, 1965, Trois récits de Jean-Pierre Attal, 1965, Harengs frits au sang de Jean Duperray, 1954, La marraine de sel de Maurice Fourré, 1955, Neige d’Anna Kavan, 1967, La cité des asphyxiés de Régis Messac, 1939, Gog de Giovanni Papini, 1931).
Et, au fil des livres invoqués… les forces nocturnes surgissent… MC en oublie ses talents émétiques, coi. Il remarque la métamorphose : les mânes qui montent croisent les loups (1) qui tombent… La meute qui cerne le félin nyctalope a déjà dévoré des bouquetins ; la voici discutant le bout de gras, entre le poireau et le fromage.

Priscille

J’ai beaucoup aimé les Trois récits de Attal, ça m’a rappelé Bove. C’est écrit autour d’un vide, une espèce de masse. Il y a comme ça une espèce de distance, « je regarde les insectes ».
J’ai beaucoup aimé Agapit. J’ai d’ailleurs manqué deux trois fois ma station de métro tellement j’étais absorbée ! C’est un personnage schizophrène, avec donc une perception externe et une perception interne. C’est construit en miroir.
Chez Messac, il y a plein de jeux de mots, une déformation du langage. Un gars est plongé dans un espace qu’il ne connaît pas, il y a beaucoup de lapsus. On s’attache à un univers qui dégouline des murs.

Odette

Attal. C’est un roman de jeunesse, de vie, de subversion. Mais aussi de possession, d’adulation adolescente. Le thème, c’est : vivre hors du sérieux, du temps. Comment ne pas céder à la facilité, la norme. La masse, c’est le plus politique, qui introduit le rêve et le fantasme dans une réalité qui serait trop pratique. Dans L’oiseau, il y a une opposition entre celui qui rêve et celui qui ne supporte pas l’incohérence.
Les Harengs : j’ai été intéressée pas par le sujet lui-même, mais surtout par l’écriture, extrêmement musicale, comme un symphonie. C’est une écriture par moments très classique – qui s’approche de l’alexandrin – donc c’est très beau. J’ai été touchée par la vie du héros. Ça colle bien au Lycanthrope. C’est un homme de souffrance qui fait souffrir ; il a tellement souffert qu’il en devient monstrueux. L’écriture traduit bien le méli-mélo des sentiments.
La marraine du sel, c’est pas l’intrigue qui m’a intéressée, mais l’écriture, très théâtrale. Au début elle m’a irritée, et j’ai été peu à peu séduite, envoûtée comme madame Alespick, enroulée dans les mots et les phrases.

François

La cité des asphyxiés. C’est une vision différente du futur. C’est l’évolution de l’homme, mais aussi sa régression. Le système n’est pas aussi infaillible. J’ai bien aimé parce que le personnage au début est dénigré par la narratrice, mais il devient attachant.
La fin laisse sur sa faim.
Agapit. C’est ancré dans la réalité, une écriture assez claire. J’ai aimé le mystère autour de cette histoire, mais toujours ancré dans la réalité, avec ce labyrinthe inconcevable.
Enfin Neige. L’histoire change en cours de route, comme le narrateur et la ville – elle était délabrée et tout à coup elle est moderne. J’ai aimé cette poursuite de la femme qui le déteste. Et j’ai aimé la fin, assez positive.

Robert

J’aurais du mal à en défendre trois ! J’étais très en colère contre Benoît pour ses choix, parce que je les ai tous détestés, le premier et les suivants encore plus. Donc je vais vous parler du premier, que j’ai moins détesté que les autres.
C’est Harengs. Dans les sept, c’est l’une des écritures les mieux maîtrisées. Dans d’autres, on sent que certains ont un projet. Au moins celui-là a un vrai projet. Ce qui est défendable, c’est l’intrigue, relativement mince et pas le sujet principal. Le sujet, c’est un monde bien cerné (c’est aussi le cas dans La cité, mais il y a d’autres défauts). On rentre, on adhère. Les personnages ont une psychologie certes taillée à coups de serpe, mais concrète. Il y a de vrais personnages. Ce qui me plaît pas trop, c’est la tentation de transmettre les odeurs et les couleurs. La marraine, je suis pas entré dedans. Harengs je suis rentré dedans. J’ai même compté le nombre de fois avec des couleurs et des odeurs dans une page, pour m’amuser, ça fait beaucoup. La fin se termine en queue de poisson. Ce qui est le plus intéressant, c’est de voir la campagne des Cévennes dans les années 30.
Trois récits. Le premier : minable. J’ai horreur de ce récit (l’écriture et le fond). Le deuxième est défendable. Le troisième, c’est du sous-Nothomb, en un peu plus nerveux, mais flottant, mou.

Myriam

Trois récits. C’est lourd à lire, j’avais besoin de m’aérer en lisant autre chose pour sortir de cette grisaille. La masse, c’est d’abord une atmosphère, on sent que ça va exploser et ça explose. Il est froid par rapport aux morts. Monsieur X : j’ai aimé le début et la fin, très inattendue. On se demande à qui on a à faire : est-ce le diable ? On entre dans le fantastique.
La cité. C’est un livre assez difficile. J’ai ressenti pas mal de colère, je me suis sentie exp(l)osée deux ou trois fois. On doit pas le détruire, il peut servir à un Prix Environnement… mais pas pour le Prix Lycanthrope. Il a ce mépris de la narratrice. Le personnage monte en grade puis redescend. L’atmosphère de danger est bien restituée.
Neige : c’est très froid, circonscrit à une femme, le danger, la neige…
C’est très limité. Pas Lycanthrope en tout cas.
La marraine : j’ai bien aimé l’atmosphère. Je m’imaginais les années 50 avec peu de mouvement, assez grises. Je voyais pas ça comme ça. L’atmosphère est assez bien reproduite. Je le détruirais pas.

Perrine

Gog : j’ai aimé le puzzle. Les parties sont différentes, certaines loupées, d’autres réussies, comme la visite à Ford avec les explications industrielles. Sous des dehors rigolos, il y a un vrai sens. A côté, il y a des trucs complètement loupés. Or quand c’est court ça dure pas plus de quatre heures. C’est pas trop long : j’aime pas les pavés. Y a des bouquins où je me suis emmerdée. Celui-là est très différent des autres.
La cité : il y a des trouvailles, des jeux de mots, mais aussi des descriptions redondantes, il y aurait pu y avoir 80 pages de moins.
Et j’ai été déçue par l’introduction avec la révolte des esclaves.
Harengs. Au début, la description de la nature : ça m’a barbée. Puis j’ai été prise par la ligne. J’ai vu que c’était lourd, mais on continue à adhérer. C’est le seul des sept qui m’a fait un film dans ma tête.

Charlotte, au nom d’Eugénie, donne sa voix à La nuit du Minotaure. Et précise que, ayant lu trente pages de chacun des sept livres, son chouchou, c’est La marraine.
Perrine fait les comptes à l’issue de ce premier tour de table : quatre livres : un cité quatre fois, trois cités trois fois. Quatre titres, on en garde deux. Débat informel avant le premier tour du vote.
Myriam pensait que les livres seraient plus lycanthropes, ajoutant qu’elle a été influencée par l’Homme-lycanthrope qu’était Petrus Borel.
A propos de Gog, Perrine précise qu’on n’est pas obligé d’aimer la fin.
Robert avance que c’est le livre le plus méprisable, qui a une vision noire de l’humanité, bourré de gens nuls, stupides, imbéciles.
La présentation, c’est un fou, donc « il dit qu’il est l’homme le plus riche du monde et qu’il est fou, donc il peut tout se permettre… »
Benoît lui demande qui il préfère, Bill Gates ou Gog ?
Robert répond que si Bill Gates écrit aussi mal que Gog…

Vote. Dépouillement par François, benjamin de l’assemblée. La nuit 4 voix, Harengs 3 voix, Trois récits 4 voix, La cité 1 voix. La cité, cité une fois, est éliminé.

Priscille

On ne peut pas passer à côté de La masse, il ne doit pas être l’oublié de la littérature française.

Perrine

Je pense qu’il faut l’enlever, j’y ai rien trouvé !

Priscille

Justement y a rien.

Perrine

Il n’a aucun intérêt. J’ai pas vu ce que vous y avez vu.

Odette

Est-ce qu’on peut distinguer les trois récits ?

Perrine

Le plus intéressant, c’est La masse ?

Robert

Oui, c’est le mieux construit.

Myriam

J’ai bien aimé la perception de la société.

Perrine

J’ai trouvé ça facile.

Robert

Ce qui me gêne, c’est la tentative de l’humour qui n’est pas drôle.

Perrine

On réduit donc les Trois récits à La masse ?

Robert

Monsieur X, ça part en couilles. Il va aux putes avec son gourou !…
J’ai pas aimé La nuit, c’est une écriture automatique. « Je sais fabriquer des livres, des récits, comme un artisan. Dès que j’ai une idée, je construis autour de ça et je suis capable d’en écrire 10 par mois… » Il maîtrise parce que c’est son métier, c’est un professionnel. C’est de la littérature de gare au mauvais sens du terme.

Odette

Tout est prévisible. Comme dans la littérature de gare, on est entraîné plus loin, mais dès qu’on a refermé le livre, on l’oublie.

Perrine

C’est prévisible quand on l’a refermé…

Odette

Non, à chaque étape.

Perrine

Ce qui est loupé dans La nuit, c’est le personnage de la femme. C’est pourtant pas mal parti, quand on se demande lequel des deux est fou. Et puis on en a ras le bol d’elle dans ce labyrinthe raté.

François

J’étais plutôt pour La nuit. A vous entendre, j’ai réfléchi. J’irais vers Neige. Mais difficile d’en parler. C’est spécial. J’ai bien aimé l’obsession de la femme, elle ne supporte pas le narrateur. Il passe sa vie à essayer de la sauver mais il n’a pas de reconnaissance…
J’ai beaucoup aimé La masse. Monsieur X, c’est un peu fastidieux, j’y ai pas trouvé d’intérêt. Harengs, c’est beaucoup trop chargé, à la limite de l’illisible, j’ai même sauté des paragraphes. La marraine, j’ai trouvé ça prétentieux, avec des effets de style pseudo-poétiques.

Myriam
J’ai pas été séduite par l’écriture dans les quatre. Dans La nuit, l’écriture n’est pas fluide, c’est pas respectueux du lecteur. J’ai pas été séduite par une tournure de phrase ; j’aime beaucoup la friandise du livre…

Robert

Dans les sept, Harengs c’est celui que je déteste le moins. C’est la description d’un monde, un espace géographique cohérent, des personnages qui existent. On a envie d’y croire. Le parti pris de l’écriture est respectable, et même s’il m’a un peu emmerdé, il s’estompe, ou bien je m’y suis habitué. J’ai été déçu par la fin, sorte d’échappatoire, un défaut, un manque. Mais en même temps c’est pas important, parce que c’est pas l’intrigue le plus important. Ce qui est intéressant, c’est l’évolution du monde entre l’avant-guerre et l’après-guerre.

Priscille

Ça m’a rappelé Giono, c’est super-lourdingos, avec un côté régionaliste… C’est de la poésie en prose, et j’aime pas ça. C’est une maison surchargée, et j’étouffe. Trop de mots, d’odeurs et de couleurs.
Dans l’ensemble, le défaut des livres, c’est les personnages.

Deuxième tour du vote : un livre doit être élu avec la moitié des voix plus une, soit quatre voix. Dépouillement. La nuit 2 voix, Harengs 3 voix, Trois récits 2 voix. Pas de majorité donc il faut refaire un tour, entre La nuit et Trois récits pour désigner le finaliste face à Harengs.
Robert soulève le fait qu’il pourrait alors voter pour le moins bon ou celui qui sera assez mauvais pour perdre contre Harengs… Perrine propose de revoter sur les trois. François annonce qu’il pourrait changer de vote. Robert souligne que François est édité par Charlotte, « vous voyez la manipulation ! ». Mais La marraine et Neige ne sont plus en lice, répond Charlotte.
Dépouillement. Harengs 3 voix, La nuit 1 voix, Trois récits 3 voix.
Débat sur la procédure. Charlotte au nom d’Eugénie doit voter pour La nuit, éliminée. Elle l’appelle donc au téléphone.

Robert

La masse, c’est Clochemerle à côté de la plaque !

Charlotte

J’ai pas pu la joindre. Comment continuer ?

Robert

C’est la voix de la présidente qui est prépondérante.

Myriam

Pourrait-on remettre les critères à plat ?

Charlotte

Le Prix Lycanthrope, c’est les forces nocturnes qui surgissent, c’est le pendant du Prix Nocturne.

Benoît

Le Prix Nocturne consacre un livre oublié, insolite ou fantastique. C’est l’oubli, l’originalité dans l’écriture, la part d’invention.

Lecture d’un extrait du début de Harengs par Myriam.

Myriam

La phrase est déjà trop longue ! Et moi j’aime les phrases courtes. Je suis déjà essoufflée.

Perrine

Regarde la dernière phrase de la page 95.

Robert

Des fois une phrase ça rattrape un bouquin entier !…

Myriam lit.

Perrine

T’as été éclairée ?

Myriam

Oui mais j’ai été déséclairée par ce que j’ai lu avant.

François

J’ai trouvé ça beaucoup trop lourd.

Vote entre Harengs et La masse. Dépouillement par Myriam. La masse 2 voix, Harengs 3 voix, 2 blancs. Perrine proclame Harengs frits au sang lauréat du Prix Lycanthrope 2006.
François révèle que les résultats du Prix Nocturne ont été mis sur Internet, et qu’il en a pris connaissance par hasard, en cherchant des informations sur les livres et les auteurs en lice. Benoît ou Charlotte le remercie(nt) de n’en avoir rien dit auparavant. Il rappelle que samedi 26 novembre, Gog l’a emporté par 4 voix contre 2 à Neige et 1 à Harengs.

Benoît

Je me félicite du bon choix du Lycanthrope, c’est un auteur merveilleux et fantastique. J’ai trouvé ça exigeant et courageux.

Priscille (dépitée)
Donc c’est Gog qui a gagné…

Robert

C’est honteux.

Charlotte

Le Jury Lycanthrope est ainsi constitué et j’espère pour longtemps. Maintenant, je vous propose de boire.

(1) « Derrière mon loup, je fais ce qui me plaît me plaît, car aujourd’hui… tout est permis… »

FIN

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Papier peint n°22

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 10:12 am

Ouvrir le numéro 22

Refaire mois après mois le papier peint, c’est ce à quoi je m’attelle en votre compagnie, et pour l’instant sans trop de difficultés. Or curieusement, chez moi, les murs sont peints. Quelque chose m’échappe. M’écharpe. M’est cher. Question raccords : c’est la seconde fois que Papier peint embarque ses lecteurs dans un feuilleton qui change de titre au fil de l’eau. La question des titres est au cœur de ce qui m’intéresse, comme vous le savez si vous lisez avec soin et jusqu’au bout tous les numéros. Je vous raconte ça pour donner l’impression que tout est fait exprès, et bien maîtrisé, mais en fait, non. Pas de quoi en faire une histoire ? Juste un bout d’édito. Suspense : Qui sera Prix Lycanthrope 2006 ? Réponse au prochain numéro.

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Le livre de dessin de Juliette

Catégorie: Le livre de dessin de Juliette — mis en ligne par carlotta @ 10:10 am

Page 11 – Chana

lj11

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Aubes

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 10:05 am

Je ne sais plus pourquoi ces paroles :

nous commençons un jour par nous sentir aux prises avec l’aube,
roule sans saccade le long des quais
l’aventure muette de ces passants, l’oubli et la lenteur des jours

j’ai tracé dans le sable l’étincelle, je la suis, assurée de la perdre
au détour des jardins, je renifle enfin la trace, la merveille
ce corps aussitôt ce flot comme l’intime érosion
et soudain avec force se ruiner légère,
le monde entre dans ma chair

je n’ignore plus le péril de l’aube.
cours, à travers les longues files,
cours j’irai contre toi, tu recules, tu t’essouffles;
tu ne vois plus rien, as tu déjà aperçu l’infini roulé blanc?
au loin : ces ossements jetés et les visages de ceux qui tombent
LOTH ; LOTH, les portes de la mémoire ici ou là plus ancienne que tes souvenirs
frappe, frappe, encore, le vent et les marées glissent, amères les herbes dans tes mains
j’habite ton cri
je tourne

je me roule, je creuse ils creusent
l’aube est là
juste ici dans l’oeil noir de l’amant
son sang
mon ventre cousu
et juste avant ce qui lasse
l’ardeur où nous nous tenons
je n’ignore plus le péril de l’aube.
j’entends : lait noir de l’aube,
histoire d’une aube morte, la tête pendue sous les rameaux d’un ciel noir.
dans les valises, une pierre, une pierre pieuvre, une pierre assassine, une pierre aux racines flottantes.
PIERRE - ILE deL’AUBE
petite aube douce et niaise
petit lever de soleil
petit bois de bouleaux,
murée l’histoire dans vos prisons asilaires,
vos esplanades, vos rues, vos affiches,
on s’ébroue, on s’ endort,
nul survivant pour nous rappeler à la force du vivre,

voguez, voguez dans l’universel exil de ceux qui ignorent que la terre est l’inexploré
il nous faut commencer,
la tranche rouge et rugueuse de l’aube.
Nous sommes embarqués dans une nouvelle lunaison, l’aventure sans soucis des frasques ;
des illuminés, des arrière- pays ;
EN TETE se dessine le rivage rêvé, en dessous les collines sèches,
et je m’étends derrière l’ombre, aussi longtemps que la douleur lourde des corps des femmes mouillées des voiles de la mer en larmes.
Je suis ce ventre
je suis ces plis

je suis l’attente du monde devenu femme, l’attente, les matins

où courbés sous la trame d’un néon jaune, on plonge inconscient dans la fosse,

culs de plomb langues vissées cormorans
incrédules nous buvons l’inventaire des mille et un soucis

ça gonfle on se rue, ainsi ainsi on passe.

Je me souviens d’un rêve : ces pensoirs silencieux, ces matins vides, ces herbes hautes, et cette chaîne incendiée.

Envoûtée, je succombe.

Je n’ignore plus les périls de l’aube.

que de soirs pour un seul matin !
et si comme une vague
sur le roulis du monde se perpétuait ce qui jamais ne dure
la plainte tellurique,
l’insomnie des désespérés
ce miracle, une seule fois où se consument les heures aveuglées,

une seule fois ce sourd murmure,
onde de plus en plus pénétrée du vent des espaces, sur les pentes fraîches
dans les collines boisées de la ville
humer , mélancolique la trace à l’odeur de lilas.

Aube, aube exaltée
aube nue, aube échappée,
loin des ruines vibrantes du ciel des hommes,
où l’espoir devenu gorgone,
les passagers ces ombres s’usent au carrefour du petit bout d’azur !

la gorge me serre !
s’évader, lever les yeux, la chercher vers les brumes, là-bas ?
Ce que je peux souffler,
ce que je peux épeler
ce que je peux de mes lèvres chuchoter,
la source, l’origine en son milieu plus tendre,
comme à peine les premières heures se dissipant ;
le ciel fuse et l’on
voit, par delà se mouvoir sa couleur
et le monde se fige !

L’AUBE ?

Corinne Haddad

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050105

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 10:03 am

Je ne veux rien de juste,
mais tout, au plus.

Deviner mieux que sentir,
l’affrontement débile qui m’oppose au miroir et aux rapports.
Je veux, ce que je sais encore.

Je suis assis au bord du fleuve,
un orgue glisse entre mes oreilles.

Glissement : on parle de contrainte au lieu d’obligation.

Je suis assis au bord du fleuve.
Lui coule au bord de moi.

Je suis le bout, le bout de moi, pas d’autre extrémité au monde qui ne dépasse,
ou me précède, que moi, par dessus moi.
Je suis la maladie vivante et soyeuse, vaine et voyeuse, démasquant nos effets et nos personnages et nos histoires le long d’entrefilets de vérités à ma mode, et de coutures incauteleuses où je m’abîme en abus impies.

Ce que j’aurais voulu que l’on sache, de moi,
je dois le jeter aux visages aux yeux et aux oreilles, ici, avant et plus loin.
Ce que vous savez ne le répétez à personne d’autre que moi…

Je ne peux me lire sans vous,
l’inverse est ma prétention la plus préoccupante
Je suis ma maladie, je suis mon remède,
Je suis mon poison et mon antidote,
Ma haine de l’amour et mon amour de la haine.
Plus j’ (m’)écris et mieux je (me) hais,
l’inverse est ma prétention la plus préoccupante.

Les parenthèses ne sont ni poses ni artifices, mais constats malhabiles de mon insuffisance à choisir.

Un souffle plus fort cherche mes voiles,
ou une poitrine accueillante, quelque chose d’enfin distinct ;
alors que le trouble qui me révèle par invasion
est le plus sûr moteur d’insensibilisation de mon univers

Figures rousses et d’argents
demain vide et toujours
si je m’éprend,
c’est de vous.

Le soleil marque cents rayons
de sang et de plomb,
si je m’étend
c’est pour vous.

Les cercles concentriques n’en sont pas plus intelligents.

Zo

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Histoire vraie

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 10:02 am

En allant vider mes ordures,
je suis tombé sur un paquet d’héroïne.
En cette fin d’ après midi,
le Lexomil se trouvait un excellent subterfuge.
La lumière s’est éteinte,
j’ai simplement fermé les yeux.

Rafael Navarro Gillard

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La genèse d’une embrouille sans nom - Episode 1 : Lu Tan

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 10:00 am

Lundi matin. Pas envie d’aller à ces cours pourris avec des profs tous plus cons les uns que les autres. Le réveil a déjà sonné deux fois mais Lu Tan a enfoui sa tête sous son oreiller.
” Lu Tan debout ! Tu dois partir dans 20 minutes et tu n’es même pas levé ! Tu va pas faire le même cirque tout les lundis, je sais que c’est dur après le week-end mais il faut aller en cours pour réussir tes études
- Oui M’man!”
Toujours le même bla-bla, les études, la carrière, la réussite sociale. Il se lève tout de même et prend une douche rapide avant de s’habiller. Dans la salle à manger sa mère lui a préparé son petit-déjeuner. Il attrape les tartines au passage et sort en trombe.
” ‘Journée, M’man.
- Bonne journée.”

Dans la rue, il s’attarde devant une boutique de vêtement, la veste dont il rêve est là, derrière la vitre, si il continue à économiser, il pourra se l’acheter le mois prochain. Il flâne le long de l’avenue d’Italie avant de tourner au coin de la rue de la Vistule. Le tournant le plus déprimant de sa journée, le dernier avant d’entrer dans son lycée. Dans la cour plus un bruit, il est en retard comme d’habitude.
” Mr Sun, encore en retard, dépêchez-vous d’aller en cours, j’en parlerai à votre mère.
- Euh, oui M’sieur.”
Il court dans les couloirs et toque à la porte.
” Oui ? … Ah Mr. Sun vous tombez à pic pour une interrogation surprise
- Hein ? Mais j’étais pas au courant !!
- C’est le principe de l’interrogation surprise, vous devriez ouvrir plus souvent un dictionnaire au lieu de traîner dans les rues.”
Il va s’asseoir en grommelant et sort ses affaires. Il ne sait pas grand-chose de l’entre-deux guerres, sûrement une mauvaise note en perspective.
” J’aurais mieux fait de rester couché moi…
- Mr Sun, Si vous continuer à parler, je vous colle tout de suite le zéro que vous ne manquerez pas d’avoir de toute façon.
- Oui, M’sieur”, dit-il d’un ton las.
Il regarde par la fenêtre dans l’espoir qu’un évènement fortuit lui fera passer le temps mais la cour reste désespérément vide.

Arthur

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Les délices du corbeau

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 9:58 am

C’est bien connu, le corbeau aime écrire. Mais pas pour la notoriété. Il n’a pas envie de voir son nom étalé dans les journaux , pas envie de voir sa photo envahir les écrans, encore moins de paraître un jour à la télévision menotté, entre deux gendarmes, cachant sa tête dans son blouson.
Ce corbeau-là est un maître. Cela fait maintenant trente ans qu’il pratique et il est au sommet de son art. Perché sur la plus haute branche de son hêtre.
Il a débuté dès les bancs de l’école. La première fois, c’était pour dénoncer un élève de sa classe dont il était jaloux. Il avait eu l’astuce d’avoir raison.
Première proie – première victime. L’autre avait été puni : pendant un mois il avait passé ses récrés debout face au mur, les mains sur la tête, à la plus grande satisfaction de notre oisillon noir.
Il y avait bien eu une vague tentative pour essayer de trouver l’auteur de la lettre anonyme, abandonnée, froissée, sur le sol de la classe. Mais elle avait été écrite à l’aide d’un normographe – ce qui aurait dû valoir à son auteur (encore eût-il fallu pouvoir l’identifier) une double croix dans la case “ transfert des compétences acquises ”…
Bref, personne n’avait rien décelé, et de toute façon il n’y avait pas de quoi en faire un fromage.
Plus tard, il y a eu l’affaire de la Vologne : sur toutes les chaînes au JT de 20 heures on ne parlait que du “ corbeau ”, jamais identifié. Sans nom, mais omniprésent. Sans visage, mais en première page de tous les magazines. Un véritable exploit !
Il avait d’abord eu l’impression que c’était un peu son double qui se cachait derrière tout ça. Ensuite il s’était dit que ce corbeau-là lui volait la vedette, parce que dans cette histoire il aurait sûrement pu faire aussi bien, et peut être même mieux.
Alléché par cette notoriété masquée, il a alors décidé qu’un jour tout le monde parlerait de lui sans savoir qui il est vraiment.
Il a imaginé les échanges à son sujet dans une file d’attente aux caisses du supermarché, dans l’autobus, autour d’une table familiale le soir, justement devant la télé, au café où il joue au billard… Avec un défi à la clé : est-ce qu’il pourrait résister à l’envie de leur hurler à tous un jour, dans un éclat de rire qu’il voudrait homérique : “ Mais c’est de moi que vous parlez ! ”

***

Petit corbeau, devenu grand, a exercé ses talents dans toute la France, au gré de ses mutations : il est fonctionnaire des Impôts et peut donc déménager tous les quatre ou cinq ans. Franchement, ça l’arrange bien. Dans une petite ville, il n’a aucun mal à trouver des proies : il suffit d’ouvrir l’œil et de tendre l’oreille. Quand il en débusque une, il sent une chaleur intense l’envahir brutalement. C’est pour lui le signal qu’il est temps de s’atteler au montage d’une nouvelle opération : quelle méthode utiliser pour sa dénonciation (là il a beaucoup progressé selon le développement technologique, mais il a compris qu’il vaut mieux varier pour brouiller les pistes), à qui l’adresser, et surtout comment la rédiger. Le mécanisme qui s’enclenche alors a des allures de montée au paradis.
Ce pays connaît trop de désordre : le moindre manquement aux valeurs fondamentales, religieuses ou sociales, doit être sévèrement puni. En fait, il fait une œuvre de salut public en portant à la connaissance de qui de droit ces méfaits. Car il n’en tire, lui, aucun avantage personnel. Par exemple, jamais la pensée d’un chantage ne l’effleure. Il se déshonorerait ! Mais il faut bien apporter son concours à une police débordée !
Il a son Panthéon des ministres de l’Intérieur. Il est capable de les citer tous dans l’ordre depuis 1958. Celui qu’il préfère, c’est Marcellin, pour lui c’est presque un saint.

***

D’après le dernier test d’un des nombreux magazines branchés sur la psychologie qu’il lit régulièrement, son score le ferait relever de la catégorie “ obsessionnel ” : et, tiens ! c ‘est bizarre, ses victimes sont toujours des postiers, des militaires, des pompiers, des employés SNCF : bref, c’est à l’uniforme qu’il en veut. Et il ne lâche jamais sa proie.
Cependant il n’a jamais eu le cœur (ou les couilles ?) de s’attaquer aux policiers et autres CRS. Ceux qui le font sursauter dans la rue, quand une patrouille le croise… Une pas-trouille qui lui flanque une vraie trouille ! Aurait-il par hasard quelque chose à se reprocher ?
Il s’est longuement interrogé : serait-il opportun d’inclure les hospitaliers dans sa liste? A cause de la blouse blanche. Une voix intérieure lui a soufflé que ce n’était peut être pas très prudent : il y a des moments où il sent bien que ça disjoncte dans sa tête. Il a donc préféré ne pas indisposer à son égard des gens qui pourraient bien se trouver un jour en position de se venger …
Pas si fou que ça, apparemment… D’ailleurs un fou, est-ce qu’il est vraiment fou ? La diagonale, après tout, ce n’est, sur l’échiquier comme en géométrie, qu’une ligne droite en biais, qui sait bien qu’elle s’en va dans un coin…
Il passe ses soirées, après le billard, à jouer aux échecs contre lui-même. Son coup préféré, c’est le roque. Un coup vraiment très fort. Sûr qu’un jour il finira par gagner !

***

Jusqu’à maintenant il a fait chou blanc. Depuis trente ans, par un caprice des dieux sans doute, il n’a jamais réussi à se hisser plus haut que la rubrique “ faits divers ” des journaux locaux. On mentionne bien ses lettres, mais personne ne s’interroge jamais sur leur auteur. Il n’arrive pas à être ce pronom dont il rêve. Pourtant le nombre de ses victimes est impressionnant. Il en tient une comptabilité serrée, avec une classification selon le degré des dommages qu’il a causés. Et constate que, tant dans la quantité que dans la qualité, il n’a cessé de progresser.
Alors, pourquoi tant d’indifférence à son égard ? Il enrage !
Sa seule satisfaction : il n’a jamais été démasqué. La seule fois où il s’est senti en danger, c’était à Avesnes. Il faut dire qu’il avait fait une belle boulette : poster sa lettre à la boîte la plus proche de son lieu de travail, c’était bien imprudent !. Pendant deux mois il avait mal dormi.

***

Aujourd’hui il tient la dernière affaire de sa vie. La dernière, parce que, c’est décidé, s’il échoue là encore, il prendra sa retraite. Ou on parle enfin de lui, ou il abandonne. Enfin, c’est tout au moins la promesse qu’il s’est faite, sans être vraiment sûr qu’il pourra la tenir.
Il s’agit, en deux mots, d’une dame d’âge mûr, honorablement connue dans la ville parce qu’elle est la veuve d’un édile local décédé il y a quelque temps, qui décore régulièrement les murs de l’hôpital de graffiti obscènes. Il la piste depuis trois mois.
D’un côté, il a la vague impression que cette graffiteuse lui ressemble : elle écrit sans signer.
C’est peut être pour ça qu’il faut la dénoncer : pas de concurrence ! Qu’elle ne lui grille pas la place !
Stop ! Raisonnement erroné : s’il la dénonce, c’est là qu’elle lui volera la vedette !
Bon, il fait quoi ?
Il la suit, au moins pour savoir où elle habite. C’est un élément dont il aura besoin pour ses missives.
Il est deux heures du matin et il fait un froid de gueux. Pourtant elle remonte gaillardement la chaussée aux Moines jusqu’à un petit pavillon qui fait l’angle avec l’allée du Ramage, voie tranquille de la petite bourgade de Boursin-Maurice où il a élu domicile voilà maintenant cinq ans. Il note rapidement l’adresse sur le seul morceau de papier qu’il trouve au fond de sa poche : le dos d’une étiquette de Pont l’Evêque. Il rentre chez lui rue du Plumage (en fait, c’est assez proche) et s’offre un petit Cognac pour se réchauffer. Cette affaire est en bonne voie et il ne se sent plus de joie ! Il en a même du mal à s’endormir.

***

Le lendemain matin il a la désagréable surprise d’être convoqué par son supérieur hiérarchique, qui lui tient à peu près ce langage : “ Mon cher, votre travail laisse fortement à désirer. Et je me suis laissé dire que ceci était la conséquence de la façon dont vous viviez. Bien sûr, me direz vous, cela ne me regarde pas. Je ne vous en aurais jamais parlé s’il n’en allait de l’intérêt du service, et, de plus, de l’image que vous donneriez de l’Administration si par malheur ceci venait à se savoir. Je vous le dis sans ambage : il ne sied pas qu’un fonctionnaire traîne plusieurs fois par semaine sur le coup d’une heure du matin aux abords du cimetière. ”
Notre corbeau s’offusque : “ Qu’est-ce que c’est que cette fable ? Je suis comme tous les bons citoyens, à cette heure là je dors ! Et d’abord, qu’est-ce que j’irais faire au cimetière ? Tout ceci est ridicule ! ”
A ces mots son chef lui tend quelques papiers. “ Voyez vous-même ! ” lui dit-il.
Avec effroi il déplie ce qui s’avère être des lettres. Anonymes, bien sûr. Où il est dit quels jours et à quelle heure quelqu’un qui ne peut être que lui rôde aux alentours du cimetière. Certes, il n’y est pas nommément désigné, non, mais il est décrit avec précision. Tous les détails y sont : sa haute taille, sa calvitie marquée, son loden vert foncé et son écharpe rouge.
“ Mais enfin, monsieur, - lance-t-il à son chef -, ce ne sont que des lettres anonymes – un procédé immonde, convenez-en ! J’ignore qui cherche ainsi à me nuire, mais regardez-moi : ai-je l’air d’un nécrophile ou bien d’un nécrophage ? Non, décidément, tout ça n’a aucun sens ! D’ailleurs je vais de ce pas au commissariat porter plainte ! ”
Le chef de service ne tient pas du tout à ce que l’affaire s’ébruite. Il a bien du mal à obtenir de son subordonné qu’il renonce à son projet, et finit par accepter de déchirer devant lui toutes les lettres. L’autre exige d’en récupérer les morceaux, pour pouvoir, dit-il, les brûler chez lui.

***

Une heure et quart du matin. Cette fois-ci il neige. Pour arriver ici il a emprunté un nouvel itinéraire, et s’est retourné des dizaines de fois : qui donc peut bien le surveiller ? Il n’a rien remarqué de suspect.
Les abords du cimetière sont, comme d’habitude, déserts. Sauf une silhouette de femme, emmitouflée, qui peste parce que la bombe de peinture est presque vide, qu’elle ne pourra pas terminer son travail comme elle avait pensé le faire, et qu’elle doit donc choisir ses mots. Maudissant son imprévoyance, elle rentre en maugréant chez elle. Au moment où elle met la clé dans la serrure, elle sent le canon d’un revolver dans le creux de ses reins. Une voix lui croasse à l’oreille : “ je crois que nous avons deux ou trois choses à nous dire… ”
Le tête-à-tête aura duré plus d’une heure. Puis la lumière s’est éteinte. Ensuite un claquement - une porte peut être ? Ou bien le revolver ? Quelques instants plus tard une fenêtre s’est éclairée au premier étage. Si un voisin avait veillé, il aurait vu quelqu’un tirer les rideaux. Enfin, tout est redevenu noir.
Notre homme n’est pas ressorti du pavillon.
Est-ce lui, ou bien elle, qui gît dans une flaque de sang sur le sol du séjour ? Ou alors sont-ils sur le point de sceller voluptueusement l’accord qu’ils viennent de passer pour des activités conjointes ?

Combien de noms de fromages comporte ce texte ? Et de citations de la fable de La Fontaine ?

Perrine Detoeuf

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Le yéti d’Albi - Jeudi. 20h00.

Catégorie: Le Yéti d'Albi — mis en ligne par carlotta @ 9:56 am

Gonzalve, quant à lui, n’avait jamais raté d’apéro, sauf en cas de maladie grave ou de déplacement officiel.
Il désignait par ces mots les rares voyages occasionnés par des congrès régionaux de son syndicat, du temps où il était délégué de la C.G.T.
Du temps des usines de rayonne et des papeteries. La houille, c’était avant …
Il n’avait pas connu ces défaites-là. Les siennes, toutes aussi humiliantes, venaient s’ajouter à la liste déjà longue que sa famille portait comme autant de trophées. Les mots magiques : « 36 », le « Frente Popular » l’espoir et la débâcle, puis toutes les autres, jusqu’à la honte rentrée d’être l’un d’eux.
Ses guerres à lui n’abreuveraient pas l’Histoire de récits héroïques.
C’étaient de petites luttes à la semaine, contre des compressions de personnel, à coups de kilos de tracts jaunâtres et mal imprimés; ou bien des heures de piquets de grève en compagnie de quelques bons copains sous des banderoles écarlates, ou encore des manifestations un peu plus chaudes que les autres, où Gonzalve ne laissait jamais passer l’occasion d’ajouter sa touche personnelle dans les relations avec les forces de l’ordre.
Jusqu’au Plan Social de la papeterie. Là, la liste des batailles perdues s’était définitivement arrêtée. Du moins en décida-t-il ainsi.
L’abattement l’avait gagné quelques mois après la fermeture de l’usine, quand la réalité du chômage et la perte de sa notoriété d’élu syndical s’étaient imposées dans son quotidien.
Le temps avait passé. Gonzalve, reculant chaque jour un peu plus dans sa propre estime, buvait avec entêtement et régularité ses allocations de chômeur de longue durée.
Depuis son « quartier-général-à-mi-temps », soit le Café des Berges à Albi, il s’en prenait au patronat de la terre entière. Il vouait aux Gémonies les technocrates qui, d’un trait de plume, le condamnaient lui comme tant d’autres de par le monde.
Tout s’effondrait autour de lui. Même « Le Parti ».
- Plutôt voter pour le F.N que de se déshonorer en donnant sa voix aux gonzesses qui avaient pris la direction du Comité Central !
Et plutôt boire, aussi, qu’aller arpenter les rues avec les associations de chômeurs en faisant semblant d’y croire.
Féfé connaissait ses ritournelles par cœur et n’y prêtait plus attention. Hormis lorsque Gonzalve, un peu trop imbibé, s’emportait, devenait véhément et importunait, par voie de conséquence, la clientèle.
Dans ce cas seulement, il convenait d’intervenir: Féfé le raccompagnait gentiment jusqu’à l’entrée de son établissement, approuvant ses délires à grand renfort de hochements de tête convaincus, mais le ramenant insensiblement vers l’extérieur.
Ce soir, le processus s’était enclenché plus tôt que de coutume.
Gonzalve était en mal de compagnie lorsqu’un des habitués l’avait poussé au défi. S’était ensuivi un long échange de politesses entre piliers de bar qui vont s’affronter jusqu’à plus soif.
Gonzalve, que la forfanterie alliée à l’alcool poussait à l’exploit, se commandait systématiquement des « doubles », son compagnon de beuverie se contentant des doses courantes. La suite était prévisible.
Saoul comme un cosaque, l’ex-Cégétiste voulut absolument se hisser sur le comptoir afin d’y entonner l’Internationale en étant entendu de tous.
Son projet avorta, grâce à la détermination placide de Féfé, et trouva sa conclusion dans la rue avec la recommandation expresse de ne pas revenir avant…le lendemain !
Ainsi Féfé réglait-il ses problèmes. En toute simplicité.

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Fruits de la Passion

Catégorie: Collisions — mis en ligne par carlotta @ 9:55 am

Alain Martin, alors directeur commercial chez Lineau Ascot Editeurs, créa au début des années quatre-vingt le Prix Passion, (qui hélas ne survécut pas à sa maison d’édition), dans le but initial de récompenser Alfredo Bryce-Echenique pour son « Voyage dans un fauteuil Voltaire », que les autres prix avaient laissé de côté : « Je voulais que ce soit les libraires qui le décernent. Le lauréat gagnait un fauteuil Voltaire… C’était un prix assez peu démocratique : on passait quelques coups de fil à des libraires dont on connaissait les goût et voilà. » Le web nous apprend que l’année suivante c’est Sylvie Germain qui gagne son fauteuil, puis François Bon, Emmanuel Carrère et enfin, Jacques Roubaud. Une autre source du web précise que le Prix Passion a été attribué en 1984 à Emmanuel Carrère pour « Bravoure », et selon une autre source encore, en 1984, à Sylvie Germain pour « Le livre des nuits ». Bénoziglio, à en croire une source différente de la toile, c’est en 1989 pour « Tableau d’une ex ». Cependant selon un autre site, les Prix Passion et O’Henry Award ont été remis en 1989 à T. Coraghessan Boyle pour « Wassermusik » (de lui, je préfère « In the river was Whisky »).
La Belgique, le Québec, le hippisme et la chanson française ont également leur Prix Passion. Mais c’est autre chose.
A y bien regarder, le hippisme a aussi un Prix Nocturne.
A ne pas confondre avec le Prix Nocturne que désocculte le journal littéraire Le nouvel Attila : il s’agit ici de récompenser « un ouvrage oublié, d’inspiration insolite ou fantastique ».
Une rapide recherche Internet permet de réaliser qu’un Prix des nocturnes aurait pu exister. Mais ça n’a rien à voir.

Cha

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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