February 2, 2006

Papier peint n°24

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 10:51 pm

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La presse d’information se rénove en ce moment (http://www.le-tigre.net/). C’est dans l’air du temps, de décliner l’actualité différemment ? L’en faut pas plus pour qu’on y aille. Les gros titres : « Papier peint retrouve son papier peint » « Instruit des mœurs bourgeoises, il lance une invitation dominicale à l’orthodontiste » « Elle prépare avec ses gamines un repas de fleurs » « Les Chemins qui ne mènent nulle part mènent à la bibliothèque Flandre » « L’envolée douce, une association qui met la barre au sol » « Modification d’état-civil : son voisin devient Monsieur Voisin » « La ballade bavarde dans les étagères de sa bibliothèque commence ici et aujourd’hui ».

pp24

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Escapade

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 10:50 pm

Verte campagne
grise autoroute
Tracés mêlés entremêlés
Route qui ne mène nulle part
Ailleurs est ici.

Au milieu de la neige, dedans partout.

Un château datant de l’Ancien Régime
Ici s’est préparé la Révolution Française, dit-on.

Un patelin au pied de la montagne,
Un constat alarmant à la nuit tombée :
Rien d’ouvert.

Comment rencontrer l’amour en ce lieu paumé et froid ?
Les gens d’ici rencontrent-ils l’amour ?
Probablement.

Stéphane Sicard

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Soleil cou coupé

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 10:50 pm

Inverser les directions
Tu tombes du ciel et tu commentes
La neige en sa pilosité folle
Petits frimas
Dieu plonge ses racines en mon cou
SOLEIL COU COUPE !!!

Corinne Haddad

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La genèse d’une embrouille sans nom - Episode 5 : Lieutenant Thabor

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 10:49 pm

Des putains de malades… Il est tombé sur ces trois cinglés qui ont pété le nez de son collègue et sans le coup de fil du lycée Montaigne, il les aurait perdus. Il n’est pas le premier sur les lieux mais ses hommes contrôlent le bâtiment. Une voiture à chaque coin de rue. Il ne peut pas se permettre de boucler le quartier sous peine de bloquer toute la circulation parisienne rapidement.
Il entre en trombe dans le lycée
” Où sont-ils ?
- Ah ! Lieutenant vous tombez bien ! Ils se sont barricadés dans une salle et ont pris une classe en otage.
- Merde… Bon, je m’en occupe. Faites évacuer les élèves, je ne tiens pas à être responsable d’une boucherie.
- Bien, mon lieutenant.”
Il monte au premier où quelques hommes l’attendent, l’un d’eux est gravement blessé.
” Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Ils ont tiré à travers la porte et ont menacé de tuer les otages si nous tentons quelque chose.
- Ca se présente mal…”
Il avance vers la porte.
” Rendez-vous, vous êtes foutus, relâchez les otages et il ne vous sera fait aucun mal.
- Enculé de flic, nous mens pas ! Faites dégager toute la volaille qui traîne dans le coin, on en reparlera après.
- Seulement si vous relâchez les otages”
Un coup de feu part et fait un trou dans la porte.
“Dégagez j’ai dit !”
Des acharnés. C’était à prévoir.
Sans otages, il n’y aurait pas de problème…

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La genèse d’une embrouille sans nom - Episode 6 : Hayato

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 10:48 pm

Hayato s’est déplacé exprès de Tokyo pour signer ces contrats. La boîte qu’il a montée deux ans auparavant commence à prendre de l’ampleur et ouvre ses premiers marchés en Europe. Au volant d’une BMW décapotable de location, il remarque une jeune femme blonde assez séduisante et, bien qu’il préférât les jeunes japonaises, il lui trouve un charme indescriptible, sauvage peut-être, il n’aurait su dire.
Il attend au feu sur l’avenue de Choisy quand deux types sautent par la fenêtre du premier étage, avec un gosse chacun dans les bras.
Les occidentaux ont parfois des moeurs bien étranges…
Il réalise une seconde plus tard que ce n’est pas un problème de moeurs mais de vie ou de mort quand l’un des deux, armé d’un fusil à pompe, tire vers une voiture de police au coin de la rue et que l’autre fait feu vers la fenêtre d’où ils ont sauté.
La panique gagne les passants qui se mettent à hurler et à courir dans tous les sens.
Il allait redémarrer et s’enfuir quand un automatique 9 mm parabellum se pose sur sa tempe. D’une voix suave mais extrêmement claire, la jeune fille blonde lui dit :
” Vous me prenez avec vous ou je vous colle un pruneau dans le crâne.”
Suant à grosse gouttes, il déverrouille toutes les portes et l’entend crier : ” Les gars magnez-vous, on n’a pas le temps de jouer !”
Pour ne rien arranger à sa situation, les deux hommes qui ont sauté de la fenêtre montent avec les deux enfants.
“Grouillez-vous. Démarrez. Et pas de blagues.”
Hayato démarre en trombe en se demandant ce qui lui arrive.
“Heureusement que je suis restée sinon vous vous seriez foutu dans une merde pas possible…
- Je te le fais pas dire.”
Le plus gros des deux hommes ajuste son shotgun et tire en direction de la voiture en train de les prendre en chasse. La voiture de police s’écrase dans un magasin, finissant de transformer le carrefour en champ de bataille.
” On s’en sort comment cette fois ? Les flics vont pas en rester là…
- Je sais pas, il nous faudrait une planque le temps que ça se tasse et on disparaît de Paris ensuite, sinon il vont nous poursuivre jusqu’au fin fond de la France. Tant qu’on est dans Paris y’aura pas de barrages mais vaudrait mieux éviter les embouteillages et les feux à la con.”
Hayato fait mine de ralentir aux feux suivants. Julie l’en dissuade rapidement.
“Je sais où on va aller, toi, prend tout droit et traverse cette place de merde.”
La place de merde est la place d’Italie. Hayato est au bord de se pisser dessus quand il ressort de la place de l’autre côté, et vivant. Il s’engage dans la rue Monge et Julie les fait descendre.
Hayato repart sans demander son reste, en remerciant tous les dieux qu’il connaît de l’avoir épargné.

Arthur

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Bouillies

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 10:47 pm

Quand Margaret avait un an, elle ne voulait jamais manger la bouillie que sa maman lui préparait pourtant avec amour. On lui enfournait donc la cuiller dans la bouche, après quoi elle crachait, toujours vigoureusement. Chaque repas se transformait ainsi en un âpre combat dont elle sortait le plus souvent vainqueure, sur abandon de l’adversaire qui essuyait en jurant les projections alentour.

Quand Margaret avait dix ans, elle avait horreur des pommes de terre bouillies. Sa mère déposait la casserole sur la table, en annonçant d’un air ravi à son mari que, « ce soir », elle avait fait son légume préféré : des « pommes de terre en robe de chambre ». Il fallait donc la leur ôter, avant de déguster…

Un jour, quand Margaret avait aux alentours de quinze ans, son père qui traitait au pulvérisateur les pommiers du jardin, comme chaque année à pareille époque, l’a (par mégarde ou par plaisanterie ?) aspergée de bouillie bordelaise. Son visage a été piqueté de bleu – ça, ce n’était pas dramatique, mais surtout le sweet-shirt auquel elle tenait tant était bon à jeter.

Quelques années plus tard, quand Margaret avait vingt ans, un prof de fac lui a rendu une dissertation avec ce commentaire : « Devoir totalement confus. Vraie bouillie pour les chats ! », assorti d’un quatre sur vingt qui ne lui laissait pas beaucoup d’espoir pour l’examen final.

Quand Margaret avait autour de trente ans, son mari – pourtant un calme ! – rentrait chaque soir excédé. Il travaillait dans une société informatique, et ne supportait pas son supérieur hiérarchique. Il se servait un Martini dry, lui racontait sa journée et concluait invariablement : « Je te jure, ce mec, il me fait bouillir ! »

Margaret aurait eu quarante-deux ans dans trois semaines.
Aujourd’hui, en rentrant de son travail, elle a été victime d’un accident sur l’autoroute : un camion a soudain déboîté alors qu’elle le doublait. Il l’a coincée contre la glissière.
Elle a été réduite en bouillie.

Perrine Detoeuf

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Le yéti d’Albi _ Jeudi. 21h30. (2/2)

Catégorie: Le Yéti d'Albi — mis en ligne par carlotta @ 10:46 pm

Albi leur plut tout de suite. C’était calme, entouré de verdure et Josy assura que la qualité de l’air y était incomparable. Et elle s’y connaissait !
Ils s’étaient installés au dernier étage du petit hôtel particulier situé dans le Vieil Alby. Apolline et Josy se réservèrent chacune l’usage des deux petits appartements du premier niveau, le second étage bénéficiant d’une sortie indépendante sur l’arrière de la bâtisse.
Là-dessus commença une semaine de fête ininterrompue.
Dédou, qui en avait désormais les moyens, les couvrit de cadeaux divers et leur offrit la tournée des grands ducs.
Elles voulaient manger une Bourride, une vraie à la Sètoise ? Qu’à cela ne tienne, on sautait dans le coupé sport flambant neuf et l’on partait passer deux jours à Sète.
La Camargue n’était pas loin ? On y allait sans attendre.
Apolline vivait un rêve. Josy profitait avec délice des facilités qui s’offraient à elle.
Le sacrifice de quelques bons du trésor y pourvoyait largement.
Puis, l’on était revenu à Albi pour y passer le premier réveillon de cette nouvelle vie dorée.
La nuit de la Saint Sylvestre fut une apothéose.
Dédou fut superbe de générosité. Le foie gras le disputait au caviar, précédant les homards à l’américaine et les caillettes confites et farcies, le tout régulièrement arrosé par les grands crus appropriés.
Enfin, préférant fumer son cigare au grand air, il les entraîna au centre du Pont-Vieux et écartant les bras avec emphase, leur offrit du geste ce nouveau royaume. Emporté par un élan lyrique, il pivota sur place, souhaitant embrasser du regard l’autre moitié du panorama nocturne et ce faisant, vint à trébucher en arrière.
Sous les yeux effarés des deux copines, il bascula dans le noir sans un cri, et produisit au contact de l’eau glacée du Tarn, un « plouf » magistral.
Ce n’était pas drôle. Dédou, pour moitié immergé, ne se débattit pas. Il sombra en deux secondes, foudroyé par une hydrocution.
Ce dernier point leur fut précisé par le Capitaine Médecin des sapeurs pompiers alors qu’elles étaient effondrées dans son véhicule.
Puis vint la police et les moments désagréables qu’elle laissait forcément présager.
Elles n’y coupèrent pas.
Les deux flics étaient presque caricaturaux.
Le bon père de famille pour vous mettre à l’aise et le mauvais comparse, le vicieux, qui lui, vous coince. La grossièreté fut sa seule satisfaction car, par bonheur, dans ces instants terribles, il y avait eu un témoin direct de la chute accidentelle de Dédou. Heureusement, car leur situation eût vite été beaucoup plus inconfortable au regard de la loi.
Pour finir, leur sauveur était apparu en la personne de Donatien et les avait tiré élégamment des griffes de la force publique, au vu de leur qualité de simples témoins.
Le silence s’installa autour de la table de formica rouge et noir.
Donatien restait pensif.
La présence d’Apolline en face de lui n’y était pas pour rien.
Il avait beau se trouver à cent mille lieues de son monde coutumier, il ne pouvait ignorer que quelque chose d’important venait de se produire ce soir–là. Trop d’émotions intimes à cacher, pour l’instant du moins. Trop de sensations inconnues l’avaient assailli au cours des deux dernières heures et Donatien avait besoin de temps pour analyser toutes ces nouveautés.
Il remercia Féfé pour son accueil chaleureux et proposa, pour la deuxième fois au cours de cette nuit, de les déposer chez elles. Josy s’empressa d’ac-cepter.
Apolline suivit en silence et s’installa d’autorité sur le siège avant.
Donatien conduisit avec un calme affiché mais les gouttelettes de sueur qui perlaient discrètement sur ses tempes et son front démentaient cette apparence.
Si leur lieu de résidence l’étonna, il n’en laissa rien paraître et se contenta de leur ouvrir galamment les portières de la voiture.
Il leur glissa sa carte, leur présentant ses fonctions comme un appui qu’elles ne devraient négliger sous aucun prétexte. Si, si, il insistait.
Dans les circonstances actuelles, cela pouvait se révéler utile et Apolline promit de le contacter rapidement.
Avant de repartir, Donatien lui proposa, si cela l’agréait bien sûr, une visite individuelle de sa collection de gravures anciennes, ce qui éveilla chez elle un petit sourire de complicité.
C’était presque gagné et il en fut trop ému pour s’attarder plus longuement.
La suite avait été surprenante.
Deux jours plus tard, Apolline s’était présentée devant sa porte à l’heure convenue. Elle était superbe, vêtue avec sobriété et très légèrement maquillée.
Il lui avait offert un verre, puis ils avaient fait un peu plus ample connaissance, discutant de leur passion commune pour l’art en général et pour un genre d’œuvres en particulier.
Leur rencontre devant l’unique rayon de cette librairie qui traitât d’érotisme n’était donc pas fortuite, et ils allaient pouvoir s’attacher au partage de leurs acquis respectifs.
Il lui parla des gravures dont il faisait collection, assurant ainsi la poursuite du travail commencé par son père.
Apolline, qui avait déjà pu apercevoir un triptyque fort sage à son arrivée, l’accompagna dans la bibliothèque où l’odeur d’encaustique dominait celle du vieux cuir.
Elle s’émerveilla du nombre d’ouvrages qui tapissaient intégralement les quatre murs de la pièce, excepté la partie occupée par une cheminée de marbre veiné dans laquelle rougeoyait un épais lit de braises.
Admirant la première série de sanguines que lui présentait Donatien, elle ôta son fin gilet et le posa négligemment sur le dossier d’un Récamier qui trônait face à l’âtre.
Les gravures étaient magnifiques et les sujets, bien que tous licencieux, étaient traités de façon fort adroite et souvent avec humour par les différents artistes.
Donatien était également ému, mais pas pour les mêmes raisons.
Tout en commentant les œuvres, il ne pouvait détacher son regard de la nuque gracieusement mise en valeur par la coiffure qu’Apolline affectionnait.
Bientôt, il ne put se contenir plus avant et se pencha sur son épaule. Il y déposa un baiser tendre et fébrile à la fois.
Donatien poursuivait son aventure dans l’inconnu.
Une telle situation, en compagnie d’une femme aussi délicieuse, il n’aurait pas osé en rêver.
Et la réalité était bien plus agréable que l’imagination dans ces emportements. Donatien accompagna son élan du geste et se plaqua contre elle alors qu’ils admiraient une série osée de lutinages champêtres et libertins.
Les deux derniers cadres retinrent l’attention d’Apolline, peut-être parce qu’ils éveillèrent en elle des émotions très précises.
Donatien l’enveloppant de ses bras, elle put sentir contre ses fesses combien son désir grandissait. Elle se laissa aller contre lui, offrant le creux de son cou à ses baisers, l’attirant un peu plus de sa main restée libre. De l’autre, écartant discrètement l’un des pans de sa jupe, elle commença à se caresser tout doucement.
Elle pleura presque de se sentir mouillée et déjà entrouverte.
Ces joies lui étaient restées interdites depuis des lustres.
Donatien s’emporta alors qu’ils arrivaient devant un grand format dont les modèles se procuraient réciproquement un plaisir aussi complexe qu’évident.
Après le lui avoir promené sur la langue et dans la bouche, elle dirigea son index vers son pubis et poussa un gémissement lorsque elle le fit pénétrer entre ses lèvres. Pendant ce temps, Donatien la couvrait de baisers et de caresses Il finit par saisir son sexe à pleine main, l’amenant un peu plus vers le plaisir à chacun de ses gestes.
Elle ne voulut pas attendre plus longtemps et s’accoudant au dossier de la méridienne, elle lui offrit ses fesses, puis relevant sa robe d’un geste d’invite, elle lui donna à admirer le plus attirant des sexes féminins qu’il eût connu.
Il la pénétra millimètre par millimètre, lui donnant l’impression que cela ne finirait jamais. Puis il fit mine de se retirer par à coups, ce qui lui fit pousser de petites protestations plaintives. Ce n’était que pour mieux s’unir à elle, et cette envolée délicieuse ne s’acheva que bien plus tard, les laissant tous deux pantelants et émerveillés par tant de plaisir partagé.
Ils surent être patients, profitant pleinement des instants présents, renversés sur le Récamier, à demi dévêtus, pressentant l’un et l’autre le retour progressif de leur désir.
Ils prirent le temps nécessaire à une exploration attentive de leurs corps, s’acheminant avec confiance vers un nouvel extase, ne se quittant des yeux que pour mieux s’embrasser.
Leur jouissance fut longue, enjolivée d’une multitude de petits gestes tendres et leur donna l’espoir d’un avenir chargé de promesses émoustillantes.
Sans se soucier de l’heure, Donatien, qui vivait seul dans l’aile droite de la demeure, proposa de la reconduire avant que le jour ne se lève.
Par bonheur, leur voiture tourna l’angle de la rue Rochegude au moment où celle de l’inspecteur Berger, ce grossier personnage, s’engageait à l’autre bout. Il ne put donc pas les voir ensemble et c’était beaucoup mieux ainsi.
En effet, Berger était le policier auquel Donatien avait dû faire ressentir sa supériorité hiérarchique afin qu’il abrégeât les formalités et ne retînt pas Apolline plus que de raison.
Qu’il passât devant le domicile de Donatien, à tout hasard, depuis cette fameuse nuit, témoignait du caractère pervers de ce déplaisant fonctionnaire.
La réponse évasive de Farragnan concernant la pute, associée au mutisme du commissaire qui s’en était suivi, l’avait incité à creuser la question. Comme ça, pour voir.
Mais la chance était du bon côté ce matin là et l’inspecteur Berger, ne notant rien d’inhabituel chez les Farragnan, se dit qu’il commençait à prendre de la bouteille et à voir des mystères là où il ne fallait pas s’attendre à en trouver.
Il accéléra progressivement et tourna en direction du centre ville.
Pour se rendre à son bureau, l’inspecteur avait le choix des itinéraires, mais il aimait mettre à profit ces petits trajets quotidiens pour prendre la température de la ville.
Comme il avait le temps, il prit par les allées et longea les rives du Tarn, mettant au ralenti lorsqu’il passa devant le Café des Berges. Féfé installait déjà sa terrasse. Ce dernier lui jeta un bref regard dénué de tout intérêt et reprit son activité d’un pas égal.
Sur la place Sainte Cécile, la foule clairsemée du matin se répandait entre les rangées d’étals du marché au-dessus duquel pointaient déjà les premiers rayons du soleil.

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Le Cri

Catégorie: Collisions — mis en ligne par carlotta @ 10:45 pm

Côte à côte je trouve, sur le rayon que la librairie consacre à la jolie collection « petite bibliothèque Ombres », « Le Cri » de Robert Graves, et « La Maladie de la chair » de Bernard Noël, dont la couverture a pour illustration « Le Cri » d’Edouard Munch. Dans cette même librairie et le même jour, je me souviens avoir repéré un livre dont je n’ai pas noté le titre, illustré de la tête du personnage du tableau que reproduit la couverture des « Contes immoraux » de Pétrus Borel dit Champavert le Lycanthrope, publiés chez Phoebus.

Cha

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Perplexité

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 10:44 pm

Depuis toujours il devait mourir le lendemain. C’était déjà un miracle, que, mort, il ne le soit pas déjà. Il a tenu, non pas longtemps mais une éternité. Chaque jour devant tomber ; ne tombant pas ; ou bien tombant, mais se rattrapant, se raccrochant. D’autres sont tombés, qui étaient forts, lui, fragile, restait, indéboulonnable au fond. Elle a grandi dans ce sentiment paradoxal de précarité et de durée, de force immense et de grande fragilité, elle s’est fabriquée ainsi, se disant que naître, ça n’aurait jamais dû lui arriver, à elle, puisqu’il n’aurait pas dû être là, lui, mais sûre que c’était arrivé (car comment douter de sa propre existence ?). Elle n’en est toujours pas revenue, elle est étonnée, perplexe. Si elle est la fille de son père, on en a pour des années et des années, à la voir mener ses entreprises précaires.

Cha

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Elle

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 10:42 pm

Par Zo

Elle est là. Elle à treize ans. Toutes ses dents.
Elle me tente.
Elle ne sera jamais plus belle, ni à vingt ans, ni à trente, ni demain, ni jamais. Elle est maintenant la chose la plus belle et désirable de la création.
Je ne me suis rendu compte de rien.

C’est venu comme ça, sur l’instant. Elle me dit bonjour, je lui réponds, c’est normal, c’est la petite sœur de ma copine. La première fois, visite de famille, tout le monde est très excité, me voilà bien. Devant elle. Bonjour. Elle sourit. J’essaye. Je vois ses lèvres fines, encore duvetées, sa petite silhouette mal dépliée, son corps presque incertain. Elle sourit.
Ensuite.
Le défilé de famille, où je cherche son visage, mais ne vois que des contrefaçons vulgaires, vieillies et usées de son harmonie.
Je vais la revoir. A chaque fois nous nous saluerons en souriant, je verrai ses dents, ses yeux mal dissimulés derrières ses lunettes d’enfant. Je m’endormirai à coté de son souvenir de chairs décrépies. Je devinerai son odeur, sous le poids des artifices de sa sœur, sur son oreiller.
Dans ses vêtements. A m’en mordre les doigts.

Je l’ai revue, hier. Nous-nous sommes embrassés, comme si de rien n’était.
Ses parents étaient partis, sa grande sœur dans son ex-chambre à la recherche de madeleines de saison, de vieux petits “ hauts ” oubliés, en boules, sous la pile de presse adolescente abandonnée. Ou dans les armoires à mystères de sa mère, dans la sacro-sainte chambre parentale, des photos, des bribes de journal intime, une vareuse usée, de l’argenterie, que sais-je ?
Elle est à l’étage.
Dans la cuisine sa petite sœur fait ses devoirs, sur la table en carrelage blanc, sa trousse, ses stylos, ses cahiers et leurs premiers tags amoureux, ses feuilles de brouillon jaunes, sa pointe plume mordillée.
Elle est assise, ses cheveux recouvrent son visage.
Puis nous sommes repartis, ma perfide moitié certainement soulagée de ses découvertes.

Je vais la revoir. La sentir à nouveau, comme la première fois.
Je voudrais mourir, mais en dernier alors.

Elle me trouve drôle, vieux, grand. Me sourit quand je lui souris, dès fois même avant.
Me questionne sans jamais rien dire, bouge beaucoup quand elle est debout, se cache derrière ses cheveux lorsqu’elle est assise, sans me regarder. Je ne me souviens jamais de ce que je lui réponds, tissu d’anecdotes sans sensation, je lui souris, et elle me sourit sans jamais répondre.
Une dizaine de minutes, tout au plus, à chaque fois.
Cela fait trois semaines, six fois, cinquante-sept minutes et trente secondes. Pas plus.
Je suis esclave de ma copine, et de ses fréquences familiales, je n’ai encore aucune raison logique d’y aller seul. Et jamais, jusqu’à preuve du contraire.

Repas de famille. Emprunt de mobilier. Conseil financier ou culinaire. Rapport budgétaire.
Je découvre les joies de la vie de famille en moins de deux mois, et fais partie du cercle bien délimité des habitués de la maison.
Trois heures quarante, et des poussières, comme des reflets dans une glace, ou un morceau de mollet imberbe sous la table.
Dix fois. Seulement. Ce dimanche. Je suis drôle, je suis en face d’elle et de son petit cousin Armand, de trois ans son cadet. Ils rient, se font gronder, je me noie. Tout le repas.
Je parle, souris, réponds, hausse les épaules et les sourcils en rythmes, comme chacun de leurs regards me le conseille.
Elle m’ignore, sans même le feindre, je vois bien, elle m’ignore.
Puis va jouer au badminton avec son cousin, qu’elle humilie avec une innocente ostentation.
On s’en va. Elle est montée se reposer. Je continue de sourire.

Mais n’y arrive plus, plus du tout, ça finit par se voir, et par corser le quotidien trop fade.
Les résultats sont désastreux. Pour se re-concentrer sur notre couple nous espaçons nos visites hebdomadaires à la famille, de manière indiscutable et drastique, on n’y va plus, pendant presque un mois, vingt-huit jours. Elle rassure tout le monde connu au téléphone, ou je n’ai rien à dire, ce sont ces examens, ou autre chose que sa mère aura comprise à ses murmures. Mais c’est comme ça.
Nous ne bougeons plus, on focalise.
L’enfer.
On en parle. On baise pour faire semblant d’aller mieux. Je mords l’oreiller.
Puis tout se tasse, comme moi.
La vie reprend son cours. Dimanche.
Elle n’est pas là. Je grimace, mais eux me voient sourire.
Elle est partie au ski, à la montagne. En classe de neige. Deux semaines. De plus.
Tant que mes grimaces marchent.
Les jours passent, heure après heure, goutte après goutte. La vie continue. C’est presque vrai.
Je baise avec plus de régularité, pour tuer les soupçons. Tout va bien.
Ce n’est pas encore totalement faux. C’est juste derrière mes lèvres.
Et tout ira bien tant que leur ébullition continuera de ressemeler à un sourire.

On me dit que les jours passent.
Je prétexte une brusque maladie pour éviter la visite à la famille.
C’est risqué, pour le futur, mais je ne suis pas prêt à ça, cette cuisine vide, cet étage silencieux, je sais qu’elle ne dissimule pas dans leurs visages, et que ces visites gratuites seraient impitoyables pour moi, plus encore que le silence, plus encore que quatorze nouveaux jours sans la voir.
Je la veux entière, ses nouvelles ne m’intéressent pas, pas plus que son ombre ou l’écho de son rire.
Je veux ses lèvres, pour les miennes.
Sa vie continue. Elle est revenue. Nous nous verrons Dimanche. Oui.

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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