April 3, 2006

Papier peint n°26

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 9:32 am

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Je ne connais de manière satisfaisante de travailler, qui réponde à cette exigence, disproportionnée à ma condition mais qui néanmoins m’habite, que le travail de rêve. Pas le rêve qui investit la place quand on dort. Le rêve éveillé, celui au moyen duquel on touche le monde en retour de ce qu’il nous a touché, et on le transforme en le restituant. Et après, comme pour l’alimenter, ce travail, j’ai besoin de ressasser. Sinon je ne produis rien. Là, j’y suis allée fort : Découper un à un (et donc peu ou prou relire) tous les Papier peints pour les rendre accessibles sur http://www.tabacaria.net. C’est avec l’aide et le soutien sans faille d’anatsuno que je me suis prêtée à cet exercice le mois écoulé.

PP26

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Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 9:27 am

Je reste.
Non, je ne partirai pas.
Il n’y a rien derrière cette montagne.
Rien, comme ici.
Vivent les herbes folles.
Il n’y a pas de question, il faut rester.
Oui, ici, sans bouger,
et éviter autant que possible de regarder trop loin.
Vivent les herbes folles et les coquelicots dans le vent.
Juste une route, une borne après l’autre, sans voyage.
Juste l’asphalte obsolète,
parsemée d’herbes folles,
bordée de coquelicots sauvages,
sous le ciel bleu pâle et les nuages immobiles.
Vivent les tractions avant.

Gatien Noé

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Je ne voudrais que l’inventer

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 9:26 am

je ne voudrais que l’inventer
le lieu,
loin des marées
loin des méandres du temps compté
en la dérive du centre absent
des routes bifurquées du sens !
intersection des origines,
là j’appelle ceux à qui toujours manque
ce qui jamais ne fut !
pourtant rien,
il ne sait rien de sa chute
du labeur des traces
occultées, il échoue à passer
inconnu à travers les murs de Babel
ou si ce n’est à la poursuite
des amitiés stellaires !
je ne voudrais que l’inventer
le lieu :
derrière les virages
les abîmes,
la circularité des errances
sur les bancs instables des villes !
la terre de l’abandon
la terre étrangère
je ne voulais que l’inventer !

Corinne Haddad

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La genèse d’une embrouille sans nom - Episode 9 : Nico

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 9:26 am

Nico est entré avec Jia Lin. Elle a immédiatement reconnu Lu Tan et lui a sauté au cou. ” Hein ? C’est quoi cette histoire ? Comment ils se connaissent ? Et qu’est-ce que vous foutez là ? Et c’est qui ces deux guignols avec des flingues ? Et putain, pourquoi dans MON studio ?
- Hé, doucement, je vais essayer de commencer au début, répond Julie, en fait on faisait des bêtes courses quand un type à remarqué qu’on portait des armes et Zack, ici présent, lui a éclaté le nez. Sauf que, pas de bol, c’était un flic, donc on s’est cassé en vitesse. En passant par les égouts, on s’est retrouvé dans une école et un pion a donné l’alerte aux flics. Ce qui fait qu’on a été obligé de prendre des otages. On a squatté la bagnole d’un Jap’ pour se barrer. Là, j’ai pensé que j’avais les clefs de chez toi donc on s’est planqué ici. Voilà, en gros.
- Vous êtes malades…
- Ah ! Et aussi, on a squatté la bouffe et les bières que tu gardais ici, on pouvait pas se permettre de sortir ni d’envoyer un petit vu qu’il doit y avoir des avis de recherche.
- Vous êtes vraiment atteints, vous vous baladez en plein jour avec des armes, vous tabassez des flics, vous prenez des otages, vous braquez des voitures, vos gueules sont recherchées dans toute la ville et pour couronner tout ça, vous venez chez moi !!!!!!
- On l’a pas braquée la caisse, on lui a rendu, intervient Zack, et c’est pas ma faute si les flics sont aussi collants ici.
- Oui, enfin, c’est toi qui lui a pété le nez quand même, j’ai dit.
Il s’est laissé tomber sur une chaise.
” Putain… et eux là ? Comment ils se connaissent?
- J’en sais rien…
- Je suis la mère de Lu Tan.
- Là, chapeau. Nico, t’as réussi à tomber sur la mère d’un de nos otages, il nous manquait plus que ça, dit Julie, on est pas dans la merde maintenant.
Déja qu’on avait pas besoin de deux gosses à surveiller…
- Bon, on fait quoi maintenant ? demande Zack.
- Oh putain… j’ai trois otages et trois malades dans ma cave… bordel… dites-moi que je rêve”
S’en débarasser… et vite…
” On doit quitter Paris rapidement, tu peux nous aider ? Après on disparaît et je te rends tes clés.”
Quitter Paris… Vite… trois otages… Julie… ses deux potes… Ok.
” On vient de terminer la maquette de notre album et on part en tournée dans l’Est. On part la semaine prochaine. Je crois que c’est la seule solution. Vous vous planquerez dans le camion et on vous lâchera une fois Paris loin derrière nous. Je veux pas d’emmerdes alors qu’on va enfin se lancer sur la scène.
- Ok, ça marche pour moi, j’ai dit, mais on doit garder les otages ici sinon ils vont donner l’alerte.
- Nous ne dirons rien, c’est promis, laissez nous partir, supplie Jia Ling.
- Désolé, mais on ne peut pas vous croire, j’ai dit et les flics ne sont pas du genre à lâcher l’affaire aussi facilement quand il s’agit de la tronche d’un des leurs. On vous laissera sur la route. C’est pas contre vous, mais je ne me sentirai rassuré qu’une fois qu’on sera hors de cette ville. Donc dans une semaine vous serez libres.
- Merci Nico, je crois que tu nous tires d’un sacré mauvais pas, dit Julie
- J’le fais pas pour vous… Je monte, faites pas de conneries supplémentaires, je vous apporte de la bouffe et de quoi boire.”…

Arthur

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Héros cendrés à Bercy

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 9:25 am

Tôt le matin, deux hérons cendrés volent du parc de Vincennes à celui de Bercy, où ils atterrissent sur le plan d’eau situé du côté de Bercy Village. C’est une vieille dame nourricière d’oiseaux qui me l’avait dit. Je les avais déjà vus comme ça et depuis, j’ai pu vérifier qu’ils sont ponctuels à ce rendez-vous qui semble quotidien. Ils passent du toit de la maison au bord du lac qui l’entoure, en passant par la cime d’un grand arbre contigu.
Pas farouches pour deux sous, ils s’envolent majestueusement quand on passe, disons, à moins de trois mètres d’eux. Que ces oiseaux sont beaux et d’une tranquille élégance ! On croirait que leur vol est au ralenti tant ils n’ont pas besoin d’en faire trop. Les apercevoir, à peine sorti du métro Météor, c’est comme un petit bol d’air sauvage, comme une nature brute au milieu de l’artefact urbain.
Aux confins d’un centre commercial très boboland où l’on vante et vend des produits estampillés naturels (Matures et Découvertes), des olives chères bien emballées en guise de quintessence du `Grand Sud et de la sainte tapenade (Molliver & Co), du matériel de randonnée et d’escalade (Landaska) ou des objets de décoration intérieure accessoires, aussi rétrochics que superflus, ces hérons donnent une vraie « résonnance » à l’idée de nature vivante. Non pas figée en bocaux et en belles images de catalogues pour conso-mateurs urbains.
Ces héros cendrés sont le prolongement de ma wildness, ils se raccrochent à cette part sauvage qui tente de subsister dans ma vie citadine. Pour une fois, pas besoin d’aller bien loin. Et le plaisir de s’approcher de trop près pour les voir s’envoler de nouveau…

Christophe Riedel

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De l’art de faire les courses

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 9:24 am

J’essuie les rebuffades du dernier de la file, alors que, tranquillement, je viens de prendre l’alignement derrière lui, et de terminer les manœuvres avec mon caddy bondé : « La caisse est fermée ! ».
Concentration maximum : choisir la bonne file, pas celle des « 5 articles », celle ou l’on se retrouve refoulé au dernier moment : « Non, madame, ici, c’est cinq articles ». Et hop, tout est à recommencer. Surtout pas celle là. Ni celle des livraisons, tu la prends et tu vois les queues avoisinantes se renouveler entièrement quand tu n’as pas avancé de deux places.
La bonne file. Celle où il y a le moins de monde. Encore que ça peut être trompeur. On peut toujours tomber sur ceux qui n’ont pas pesé leurs légumes ou qui ne trouvent plus leur code de carte bleue, comme ça, au dernier moment, oui ça arrive, ils ne savent plus, ils sèchent, ils paniquent, ils sortent leur carnet de chèque, et paf ils se mettent à fouiller leur pochette pour dénicher un crayon – le tester en gribouillant sur un ticket abandonné, insister pour que l’encre arrive, mademoiselle, z’avez pas un stylo, bref, des plaies.
Allons, choisis la bonne ! Cet éclairage de merde. Là ça à l’air bon. Cinq personnes avant toi. Télé-monoprix accessible bientôt. Plus qu’un seul, pourvu que, la tension monte, je sens l’adrénaline faire son sale travail. Au moins ici ce n’est pas comme au Franprix, pas de branche perfide qui se constitue en douce depuis les légumes vers les bas nylon. Respirons. N’ais-je rien oublié ? Le pack d’eau, la farine, oui, le lait ? Ah c’est vrai, il n’y avait plus de lait frais, il faudra que j’aille au Franprix cet après-midi, les trucs mexicains, l’huile d’olive – la bouteille ne fuit pas ? Les cahiers. Le shampoing : j’ai oublié. Bon, la semaine prochaine, ça peut attendre un peu. Ou alors au Franprix… Ca y est. Télé-monoprix, je l’ai… Cette interview est minable. Bon dieu pourquoi est-ce que je m’intéresse à cette presse à jeter ? Enfin, c’est mieux que de compter les pellicules de la dame devant. Pourquoi ne les traite-t-elle pas ? Pourquoi les gens prennent-ils si mal soin d’eux ? Pourquoi est-ce que je ne prends pas mieux soin de moi ? C’est mon tour. Vite, re-fourrer Télé-monoprix dans son présentoir. Je dépose mon bazar sur le tapis, avec art et méthode, ce n’est pas parce que ça sert à rien qu’il ne faut pas le faire bien, les trucs lourd et géométriques en premier (et je jongle parce qu’ils sont au fond du caddie), les boites carton, le frais, et à la fin, les légumes et le poisson. Dire à l’homme de la caisse que j’ai un pack de Salvetat. L’homme de la caisse. Il lève la tête vers moi. Me regarde dans les yeux, les yeux aimables mais absents, il n’est pas là. Quelle romance est-il en train de se jouer, pour se libérer de ce geste mécanique, de cette relation éphémère cent fois recommencés ? Tout ranger à nouveau. Les yaourts à pot de verre, au fond, dans l’espace laissé par le pack. La bouteille d’huile, contre. Le chocolat, glissé verticalement là ou ça passe. La farine sur les yaourts. La boite de Fajitas. Les cahiers dessus, emballés dans une pochette plastique. Ca rentre pile. Satisfaction. Je paie. Ne pas se tromper de code. Voilà, c’est fait.

Cha

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Le yéti d’Albi - Jeudi. 22h30.

Catégorie: Le Yéti d'Albi — mis en ligne par carlotta @ 9:23 am

Le tintement de la clochette s’étouffa dans le couloir assombri par de lourdes et antiques tapisseries.
Une superbe copie de l’Aphrodite à la Coquille trônait face à la porte d’entrée.
Donatien, que son éducation rendait parfois cérémonieux, ouvrit la porte et fit entrer Apolline. Se saisissant de ses mains, il les baisa avec ferveur.
Elle sourit lorsqu’il suggéra qu’avec son arrivée, il y avait désormais une Aphrodite de trop dans sa demeure. Elle lui fit remarquer en riant que dans ce cas, il lui faudrait aussi se débarrasser de l’Adonis de marbre blanc qui occupait l’autre pan de mur.
Ceci eut pour effet de le faire rougir .
Un peu empotés par leurs échanges de compliments flatteurs, ils se faisaient face, laissant à l’autre le soin de l’initiative.
En bon maître de maison et galant homme qu’il était, Donatien lui prit la main et lui désignant la direction du salon dans un premier temps, puis celle de la bibliothèque, il eut la délicatesse de lui laisser le choix de la pièce où ils s’installeraient.
Elle opta pour la bibliothèque et lui lança un regard plein de promesses. Leur première fois avait laissé des traces inoubliables et ils étaient également décidés à faire un effort de mémoire…
Leur appétit mutuel de découverte n’était pas prêt d’être rassasié.
Qu’elle soit physique ou spirituelle, leur attirance réciproque croissait de jour en jour, les laissant tous deux désorientés et presque intimidés.
Ils éprouvaient l’un comme l’autre un sentiment d’incrédulité. Explorateurs d’un territoire nouveau, ils défrichaient avec passion et curiosité des landes inconnues. Des contrées secrètes de leur personnalité émergeaient lentement sous leurs yeux émerveillés.
Ils apprenaient patiemment leur désir, se répondant du geste et de la parole. Car ils parlèrent longtemps ce soir là.
Ils eurent aussi très chaud dans la bibliothèque et finirent debout l’un contre l’autre, apaisés, contemplant le ciel constellé d’étoiles de cette nuit hivernale à travers les vitres du petit salon.
Apolline ramena ses mains sur celles de Donatien et les croisa tendrement sur son ventre. Elle l’amena à se serrer contre elle.
Il l’entoura de tout son corps. Elle sentit renaître ce puissant courant qui traversait tout son être quand Donatien la désirait.
Apolline sentait tous ses sens s’éveiller dés qu’il posait ses mains sur elle.
Descendant longuement depuis ses épaules, elles s’arrêtaient aussi bas qu’elles le pouvaient pour remonter et s’immobiliser enfin, lui enserrant la taille, caressant les courbes de ses fesses, l’amenant en douceur à se cambrer pour mieux épouser ses formes.
Lorsqu’elle avait rencontré Donatien, elle n’avait du plaisir qu’une idée évasive et subjective.
Il lui avait fait découvrir, dés leur première soirée en tête à tête, qu’elle était non seulement susceptible d’en éprouver, mais que les portes qu’ils avaient ouvertes laissaient entrevoir des perspectives enchanteresses.
Auparavant, ses expériences amoureuses ne lui avaient réservé que des déceptions ou au mieux de l’ennui.
La suite, ces quelques années passées à vendre son corps, n’était pas venue à bout de son amour propre mais l’avait confortée dans l’idée que seuls les hommes, qui en faisaient toute une affaire, y trouvaient leur compte.
Josy avait eu beau protester, les quelques faveurs qu’Apolline avait bien voulu concéder à Dédou ne lui avaient pas démontré le contraire. Et c’est presque avec dédain qu’elle abordait le sujet du plaisir.
Pourtant cela ne l’empêchait pas de continuer à se documenter en cachette, avec une nette préférence pour les classiques et plus encore pour les ouvrages licencieux.
Elle pensait y trouver les réponses à certains des mystères qui la troublaient. Or, étant suffisamment intelligente et cultivée pour douter, elle désirait ardemment se rassurer et se prouver que ses incertitudes ne faisaient pas d’elle un être à part.
C’était chose faite.

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Rencontres

Catégorie: Collisions — mis en ligne par carlotta @ 9:22 am

Il est remarquable que, coup sur coup, j’aie fait deux rencontres rares.

Un homme, qui s’adresse à moi, dans le cadre du travail, en m’écrivant des poèmes improvisés. Il souffre de maux de tête. Il me fait remarquer le goût caramélisé du café du distributeur de l’autre bâtiment, raison pour laquelle il s’y rend. Je suis appelée à le remplacer à son poste.

Une femme, qui aime Henri Michaux. Qui est attentive à l’odeur des livres. Elle avait, pour l’occasion qui a donné lieu à notre rencontre, cuisiné, ainsi que moi, un gâteau au chocolat.

Se retrouver ainsi chez autrui, dans l’être et dans le faire (sans pour autant se ressembler), c’est, comment dire, réconfortant.

Cha

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Papillotes

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 9:22 am

Prenez donc tout de moi : le sens de ces poèmes,
Non ce qu’on lit, mais ce qui paraît au travers malgré moi :
Prenez, prenez, vous n’avez rien.
Valery Larbaud

Ce n’est peut être pas la peine d’aller chercher bien loin l’objet de nos aspirations : en face, c’est déjà ailleurs. On pourrait passer sa vie à rêver de l’autre rive, à traverser la rue, à la convoiter de nouveau, trottoir quitté devenu désirable, et ainsi de suite.

J’ai toujours su que ce moment arriverait. Est-ce finalement moi qu’il l’ai, ainsi, créé ? Ce tombereau de chagrin, je craignais qu’il ne se déverse sur moi, je savais que je ne pourrais l’encaisser, et je le savais tant, que je l’ai épuisé au cours de ces années, rien que d’y penser. Si bien qu’aujourd’hui je ne ressens rien d’autre que cette sensation au creux de l’estomac, que cette difficulté respiratoire qui dit l’absence. J’ai été tant de fois abasourdi par l’idée de la perte, je ne le suis pas aujourd’hui qu’elle est avérée ; mais vide, oui, davantage. Avancer, perdre, souffrir, avancer encore dans le flux qui me dépasse, me déborde, me débarque, voilà ce que je sais faire ; voilà ce que je fais. Quoi d’autre ?

Pourquoi ais-je tant besoin d’inscrire mes actions dans le temps ? Pourquoi ne puis-je m’atteler à une réalisation que quand une date est fixée ? Quelle horloge infernale fait de moi son objet ?

Il me serait plus confortable d’être moins lucide, mais ais-je le choix ?

Oui je n’en ai jamais fait qu’à ma tête. Mais qui pourrait légitimement s’en offusquer dès lors que nul n’a à se plaindre de mes actions ? Cependant je constate que certains s’offusquent, et force est de constater qu’ils en retirent une satisfaction, bien que je n’arrive pas à la comprendre. Puisque j’en suis en quelque sorte la cause, que n’éprouvent-t-ils, à mon endroit, de la reconnaissance ?

Je me sens parfois si seul quand je suis en compagnie et, paradoxalement, il arrive, alors que je suis extrêmement seul, que ma solitude ne me pèse pas, qu’elle soit pleine de ceux que j’aime, dont il n’est pas nécessaire qu’ils m’aiment ou m’aiment encore, ni même qu’ils soient encore de ce monde.

La vie n’est pas remédiable. Je m’en moque.

Je ne sais pas démêler l’écheveau embrouillé qui me relie aux autres. Je ne sais pas ce qui, des émotions partagées, de l’intelligence complice, des sens en accord, prévaut dans ce qui me les fait sentir proches. Je ne sais ce qui me ramène vers cette question mais le fait est que j’y reviens et depuis longtemps.

Georges Lechien

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Gamme boy

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 9:20 am

Do mmage que je sois mort il y a trente ans ! J’aurais pu en raconter, des histoires, à mes petits-enfants ! Soit aux enfants des enfants que je n’ai pas eus, par manque de temps, et peut être aussi d’autre chose…
Je leur aurais raconté ma glorieuse carrière sportive, qui s’est déroulée sans trop d’anabolisants, et malgré des problèmes de prononciation qu’aucun journaliste n’a jamais soulignés : ma victoire au championnat du monde de boxe, catégorie « poids coke » ; ma médaille d’or en escrime aux Jeux Olympiques de Chandernagor ; mon maillot jaune sur les Champs-Déguisés, un quatorze juillet ; mon record d’ Europe en brasse pavillon ; ma demi-finale à Roland Carros ; mon score historique, en golf, au trophée Nancôme ; les vivats des spectateurs après mon programme libre à la patinoire Milosevic de Velgrade, et j’en oublie parce que la mémoire me fait, quelquefois, défaut…

flexion faite, je ne suis pas sûr que ça les aurait vraiment intéressés, mes pseudo-descendants : ça manque un peu d’exploits footeux !

Mi sère ! Ils auraient certainement découvert un jour que tout ça était faux, puisque Google m’ignore totalement. Et pour cause !

Fa llait pas mentir ? Comment on fait, alors, pour exister ? Dites-moi, vous tous, vous avez une combine pour être pour de vrai ?

Sol idaire de tous mes semblables, je ne peux que pleurer sur la misère du monde.

La situation est, certes, grave, mais pas désespérée.

Si d’autres se joignent à moi pour faire la peau à la réalité, pour

Do miner le monde, du tréfonds de ma tombe, je les attends !

Perrine Detoeuf

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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