Il faut étancher le diable.
Ce n’est pas manquer de confiance en soi que d’admettre qu’on dit majoritairement de grosses conneries, à tout bout de champ, à tous les sujets et en toute compagnie. Des conneries, beaucoup de conneries, rien que des conneries.
(Pour dire l’inverse de ce que j’écrirai plus tard :
Cette phrase est-elle à rapprocher de la « théorie anarchiste de la connaissance » chère à Feyerabend ? Cela veut-il dire qu’on comprend et admet n’évoluer - avancer et découvrir - qu’en dehors des cadres rigides des spécialisations acérées, qu’en dehors des palmes et des dessins trop nets de l’ambition professionnelle ?
Admettre cela, fossoyeurs épistémologiques, amers Erostrate, destructeurs de systèmes, constructeurs de situations, c’est dire oui, oui et encore oui : le n’importe quoi, le gratuit, le bête et le stupide, représentent plus d’énergies fondatrices et constructives que tous les plans et palais du savoir digéré - comme le disait Deleuze, « on enseigne bien ce que l’on cherche, non ce que l’on connaît ». La Règle est une pointe d’iceberg qui nous aide à les repérer sur l’océan du grand vide, et seulement ça. L’errance de Mavericks inconstants vaux mieux que les ventripotentes certitudes des académies.)
On ne trouve la lumière que dans le noir parfait. Et oui, triple oui, on ne dit rien que des conneries.
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Poème écrit bourré dans un bus :
Des traces de dents sur la lune.
J’ai des pantins plein la bouche
Et ils pèsent, ils pèsent,
Tout un argot de velours
Ils pèsent, ils pèsent.
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J’ai tenté tous les biais, je me suis plongé jusqu’au cou dans une gélose faite de papier et de sueur, je n’y ai trouvé que ma perte et de simples complexes.
J’ai piétiné la crasse des promesses, plongé mes mains couvertes de sperme dans les entrailles du jour et dans les lippus plis de la nuit.
Le mouvement de ma chute est sensiblement identique à celui de l’Apocalypse : il est quotidien, il avance, imperceptiblement, plus lentement qu’un nuage gonflé dans un ciel sans vent.
J’ai roulé sur moi-même sur le drap de l’air, sans bouger, excepté sous ma peau. J’ai la sensation d’être assis au milieu d’un bus dont le devant avance et l’arrière recule.
J’ai tenté de trouver une histoire, et des personnages qui iraient dedans, mais rien ne m’est venu que le commentaire, rien que cette sale maladie de fauteuil, qui commence par gentiment vous liquéfier les fesses avant de vous abandonner enchristé au milieu du salon seul face au monde télévisé.
Le « commentaire ». Ce n’est même pas un journal, ou une revue, mais c’est un relevé.
Et qu’en dire ? Que les nouvelles banlieues riches sucent les subventions des anciennes banlieues pauvres, qu’un maton coûte plus cher à entretenir qu’un enseignant mais qu’il rapporte électoralement plus ? Que le dub irlandais est de bonne facture bien qu’on ait empiété sur mes brisures toute la putain de soirée ? Que le libre arbitre n’existe pas ? Que la 1664 blanche est parfaitement dégueulasse ?
J’ai cherché à provoquer une « Felix Culpa », et n’ai obtenu qu’un ventre de bière gras, et la certitude que « l’erreur » est le seul crime qui ne paye pas.
J’apprends : « Pour décider de ce qu’est la Loi, il faut se considérer comme en dehors d’elle », du parlementaire au bandit. « J’apprends » - en fait non, on éclaire pour moi de mots et de sonorités justes, ce que je décrypte à grand peine, caché au grenier de mon cerveau.
« C’est un monde de progrès immobile, où le seul progrès effectif est celui de l’extorsion de tous par quelques uns ; un monde au fascisme sucré, non édulcoré, où l’on ne torture que les sentiments… » – pour continuer à me paraphraser sans fin.
Dire une fois encore : seuls des visages me sont apparus.
Là, une femme aux locks brunes baguées d’argent, elle porte trop de mascara, elle ressemble à une poupée, non, elle ressemble à un sextoy ; ici un comptable sous mescaline qui raconte un rêve qu’il n’a pas encore fait (… en fait d’exotisme, il ne s’était dégoté qu’une roumaine au nom de salade imprononçable, à l’œil torve et à la silhouette ovoïde… pourrais-je rajouter ).
Mais pas de lieux, ni de distance, rien de substantifique. Des flashs, mais pas de photos.
La question que je m’étais initialement posée était : « pourquoi j’écris ? », maintenant ce n’est même plus : « pourquoi écrire ? », je crains n’être plus capable que d’affronter le : « pourquoi ? », et c’est tout.
J’ai fait œuvre d’impuissance. Je croyais être une éponge, je suis une poubelle. J’ai cédé à la facile opiniâtreté du gratuit, du futile élevé au rang d’art, soumis à toutes les coquetteries du solipsisme.
C’est un défaut mal travaillé que d’écrire comme je le fais.
Mon erreur ? Tenter de lier la confusion par des artifices, croire à un dessin du monde.
Alors qu’on n’écrit pas sur des crayons - car il n’y que des crayons, rien que des crayons, un océan de crayons, cent, vingt, un million, ils sont innombrables comme les étoiles derrière le ciel, mais nulle part il n’y a de surfaces assez planes et concrètes pour que ces crayons soient réellement utiles. Certains bâtissent des palissades avec, d’autres des colliers de flûtes de pan. Les plus censés remarquent aisément qu’on ne peut rien tirer de bien solide du monde. Il n’a ni début, ni fin.
J’ai cru m’inspirer de ce chaos, et ne pas devoir mettre plus que de l’indéfini dans mes textes. J’ai cru que cela suffirait à refléter dans la tête de mes lecteurs.
En plus de masquer la véritable paresse dissimulée derrière le processus, cet échappatoire m’a fait oublier que seul un chaos sur-organisé et maniaque pouvait dans son systématisme représenter la confusion globale de l’univers. Proust, Balzac et Joyce, dans leurs fignolages alambiqués de détails serpentins, touchent au nerf du monde, à sa variété infinie, à son étendue impalpable, comparable à un champ de verdure ondulant sous le vent : chaque brin d’herbe est une possibilité. Tout le monde le comprend intimement sans jamais avoir besoin de se l’avouer, ou même le rendre intelligible. C’est naturel. On comprend tous l’étendue des chances et des possibilités quand on observe un pré et ses milliards d’aiguilles dressées, monde incalculable et gratuit.
Il en va de même pour Tolkien, et pour bien d’autres. Ils ont compris que la multiplicité des points de vues, et des systèmes de narration, touche au plus profond de notre façon d’appréhender le monde, l’air de rien.
Et moi qui croyais que l’écriture automatique était ce qui ressemblait le plus au chaos originel…
( En fait c’est une bouffonnerie satisfaite et servile. Je préfère l’horlogerie fantomatique des cercueils de John Dickson Carr à l’horlogerie poétique du singe d’Egard Poe.)
C’est un lieu commun que de dire que les grands classiques sont formidablement indémodables, constamment en avance sur leur temps, prémonitoires et à tout jamais d’avant garde, etc.
Mais c’est une grande vérité.
La complication sans but ( mais sans laquelle rien ne serait possible ) de notre espace vital, imprime en nous une faculté d’émerveillement intarissable face aux constructions humaines rivalisant de ramifications inutiles. C’est une overdose constante et bénigne. Chaque lettre d’un livre est un brin de cette herbe que nous contemplons si souvent, l’air de rien.
Mon herbe à moi était volontairement bancale, mais comme pour les secondes ( si on ne met pas les lignes dans le bon sens ), on ne fait pas une heure valable sans des minutes qui se suivent.
Plus je lis et moins j’écris bien, comme on dit : « plus on sait, moins on sait ».
Mon insatisfaction opère un mouvement de balancier entre l’histoire et le commentaire. Quand j’écris sur du vent, des images précises m’obsèdent, et quand je tente de décrire une situation et des personnages précis, le commentaire me prend comme une fièvre adultère. Mon insatisfaction oscille sans cesse entre ces deux potences, c’est un moteur souvent vain, bruyant et brouillon, rarement explosif.
Commençons par dire : rien n’est plus important que le sens de l’observation.
Voilà encore une grande vérité.
Il faut laisser filer… Les phrases sont des rubans dont on ferait une robe, taille après recoupe, recoupe après taille ; encore une « analogie facile », n’est ce pas ?
Se « mettre à niveau » n’est jamais qu’une « sous-estimation », et l’ellipse pour l’ellipse ne vaut jamais rien de bon, n’est ce pas ?
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Eloge :
A tous les démons pointilleux.
Du Barrett de « The Servant » de Joseph Losey ( jazz aux cent reflets sensuels, fascination galbée pour les mollets féminins, canines garnies de cuir jaillissant de mâchoires de tweed sombres et droites ) au Bartelby mono-sentence d’Herman Melville ( Fitz a détesté ).
Ils sont plus effrayants que toutes les bêtes cornues de la Création. Ils induisent un effroi tranquille, une lente et systématique destruction morale ; en lieu et place des « Malédictions » ponctuelles, qui ne sont que de vulgaires diversions ( ré-Création ) pour les enfants de 7 à 77ans.
Je ne veux pas passer pour un affreux conservateur ( et pourquoi pas ? ), mais « Mr Chance » c’est autre chose que « Forrest Gump » ; c’est un peu comme si on voulait comparer William Blake à Enki Bilal, ou prendre Nagui pour un mélomane… ( Aujourd’hui n’importe quel baderne peut revendiquer le rôle de polémiste. Quand il y a moins d’un siècle on s’écharpait sur de la prose ou du théâtre, de la politique ou de la philosophie, n’importe quel plumitif chroniqueur peut aujourd’hui bavarder à son aise sur la pertinence d’un 45 tour, ou le rôle sociologique d’une émission de télé-réalité, et passer pour un polémiste de premier plan…)
Et pourtant, le cinéma c’est quelque chose ! Peut-être un peu trop total, plein, radical, dans son viol de tous les arts, mais bon dieu, c’est quelque chose quand même !
Tous les arts ont été - sont - ou demeureront des industries, mais n’en est-il pas pareil de nos vies ? Avec nos « armes pour combattre la maladie », nos « assurances vie » ? Je veux rappeler ici que malgré toutes les entraves industrieuses de l’industrie - n’en déplaise à Marx, l’homme même brimé est encore capable d’une Chapelle Sixtine, d’un poème ou d’une 5ème Symphonie.
Je suis toujours rassuré. Même si le mal est plus déterminé que le bon, toutes les sangles du progrès n’empêcheront jamais ceux bénis par le Talent (cette courtoise version de la Puissance ) de créer, encore et encore, mille et une merveille, au nez et à la barbe des Idoles, qu’elles soient d’Eglise, Laïque ou de Marché. Rien ni personne ne peut les empêcher.
Donc le cinéma : L’Art complet pour les boulimiques que nous sommes ( voyez l’élégance outrancière d’un film de Johnny To par exemple ).
Aller contre reviendrait à pester contre la radio.
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On ne réussit rien sans tricher un peu.
Sans se moquer à un moment ou à un autre des convenances et des règles, sans se délier des sentiments grégaires de la morale et de la coutume, des réflexes de castes trop ordonnés, sans briser les règles admises, nos cages opulentes et les horizons obturés. Sans tout remettre en cause de nos cellules à nos plafonds d’ivoire. Sans tout perdre et ne rien espérer gagner.
La réussite est une oeuvre tragique et solitaire. Elle se passe de public et de commentaires, de salut et de critiques, elle se passe même de vous, de moi et de nous tous ; elle est telle un arbre dans une forêt infinie, un arbre que personne n’a vu et que personne ne verra jamais, noyé anonyme au milieu d’autres arbres, personne ne s’assiéra jamais entre ses racines duvetées de mousse pour conter fleurette, ici, précisément parce que c’est lui, lui et lui seul, personne ne le caressera avec respect et nostalgie lors de promenades dominicales, lui, et lui seul, personne ne le remarquera, et pourtant il existe, fier, droit et digne comme dans les gravures, semblable à ses voisins, mais pourtant unique, avec une vie unique, un feuillage unique et une chevelure unique, semblable à aucune autre chevelure sur aucun des autres continents du globe ; eh bien cet arbre peut représenter l’idée de la réussite : l’unique au cœur de ses semblable.
(Et encore, c’est imaginable, possible, comme tout est possible, mais rien n’est jamais probable, alors c’est une métaphore qui vaut à moitié le coup, bref, qui est à moitié réussie.)
Cet arbre est irremplaçable, bien qu’il puisse remplacer tous les autres.
En changeant d’échelle, admettons que ce raisonnement est valable pour tous les autres arbres de la planète : chacun est unique, aucun ne peut prendre la place de l’autre, mais tous peuvent prendre la place de tous. On peut tous faire ce qu’on veut dans la limite individuelle de chacun.
J’aurais pu être une femme, immigré guinéen ou musicien ouzbek, mais personne n’aurait pu être moi. Rien n’est déterminé.
La réussite se fiche d’être perçue. La réussite se moque du succès, c’est l’arbre que cache la forêt.
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Ce que j’ai envie d’écrire en ce moment :
- Une nouvelle érotique à vous démanger les orteils, et peut-être raconter comment je me branle chaque fois avant d’écrire.
- Une nouvelle fantastique, une nouvelle d’épouvante classique, une histoire de possession ou une histoire de maison hantée, et comment ses cariatides dodues ne vous quittent pas du regard une fois passé dans le jardin.
- Une histoire stricte et imparable qui se déroulerait pendant l’équinoxe de printemps, sous la ride oblique des nuages, quelque part au Nord.
- Un texte qui parlerait d’un monde imaginaire, où un Super Etat assurerait à 100% la propriété individuelle, et où lors d’un vol, seuls les propriétaires seraient suspectés, avant d’être totalement remboursés une fois innocentés.
- Il faudrait aussi que j’écrive au sujet de ces pétasses de province au chômage, à la débile ostentation numérique, maquillées comme des hôtesses au Salon de l’Automobile, et qui arborent au barbecue du dimanche un téléphone oreillette flambant neuf assez puissant pour envoyer une fusée sur la lune, mais impuissant à les faire se sentir un peu plus connectées avec le monde.
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L’ambition qui ne dévore pas est une étincelle perdue au fond d’un puit.
J’aimerais opter pour « l’athéisme social » de G. Palante, mais ne peux y souscrire entièrement ; le comprendre, l’envier, ça oui je peux, mais m’y astreindre, jamais entièrement. Tous les hommes sont des porcs, et toutes les femmes sont des putes, mon père et ma mère en premier, je me dis tout cela devant la « Cabiria » de Fellini, et pourtant, le pessimisme intégral me fuit. Le condottiere a besoin de passants pour faire rire son vin et friser sa moustache - ça me fait penser au mythe du géant Antée - le trip ermite ou la grande renonciation Taosiste ( « wu wei » : « ne fais rien ! »), c’est pas pour moi.
Cette nuit, dans mon sommeil, j’ai pleuré ma propre mort, une balle dans le ventre, le dernier endroit que j’aurais choisi…
Caléfaction. Musique de l’instinct. Mon cœur agite une poignée de dominos.
On comprend souvent ce que l’on écrit à rebours. « Il n’y a qu’une Vérité, c’est qu’il n’y a pas de Vérité», par exemple. Lorsque je lis un livre ou un article, j’ai la sensation mi-plaisante mi-gênée qu’on m’explique ce que j’ai écrit dans le passé.
Et comment j’écris ? Je commence souvent par de très longues phrases, presque des paragraphes, à chaque fois, puis je coupe, découpe et redécoupe, parfois rallonge, ponctue, et efface régulièrement le tout. Je préfère fumer de l’herbe pour écrire, l’alcool rend trop hargneux, virulent et répétitif (ne jamais boire plus d’un litre et demi de bière ou plus d’une bouteille de vin), alors que fumer installe une espèce de quiétude, et provoque une ébullition des mots vraiment plus enivrante. Mais en tout cas, l’écriture qui ne serait pas une transe serait un nid de paperasses, et rien de plus.
Dans ce trajet je me perds toujours un peu, heureusement, la dernière ligne est rarement la conclusion de la première. Pour être politique, et critiquer la science « moderne » (et sa diabolique doctrine : « ce qui est possible doit être fait »), je dirais que je préfère le chaos nourricier aux spécialisations utilitaristes.
Même si j’ai dit le contraire plus haut, lâcher la bride aux mots, les renverser comme une flaque, reste la seule façon que j’ai d’enchaîner les phrases et me faire plaisir.
Je viens de comprendre que si j’ai un plan trop précis en tête, une histoire complète et la majeure partie de son armature, je n’ai plus envie d’écrire cette histoire, ou plus le courage, ça revient au même. J’ai besoin de lire ce que j’écris, simultanément, pendant que je l’écris. J’ai besoin d’être surpris, perdu. Quand tout est dans ma tête, écrit et en ordre du début à la fin, à quoi bon le papier ? Le boulot a déjà été fait, l’œuvre existe déjà.
L’instinct de survie c’est de l’égoïsme politiquement correct, c’est ça ?
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Le progrès doit-il s’arrêter sur ce qu’il a raté ?
Doit-il avancer, toise inflexible, ou doit-il faire halte sur ceux qu’il aura laissé au bord de la route ?
Doit-on survoler pendant plusieurs dizaines de milliers d’heures la France, pour faire un joli site Internet pour l’IGN ? Doit-on se soucier avec force budget de la survie d’un ours perdu dans les Pyrénées ? Ou doit-on être digne, humble et décent, et ne parler que de s’occuper de la malnutrition mondiale ? D’ailleurs cela a-t-il vraiment quelque chose à voir ? Une fois les avions au tarmac, l’ours sur un pic, la faim dans le monde est-elle devenue un problème solvable ? Est-il inconvenant de légiférer sur le mariage homosexuel tandis que la planète se réchauffe ?
(Le progrès c’est cela : parer à tout, conscient que les parades sont elles mêmes le nid des problèmes futurs. Malgré le rapt effectué par la dictature économico-scientifique sur le sujet, le progrès c’est d’abord cela, le mouvement inflexible qui pousse les générations dans les pattes des précédentes. Un des constituants primordiaux de l’histoire, si on admet l’histoire comme une donnée physiologique et sociale, existant hier et demain. Le progrès est un arbre (encore !) sans tronc, ses branches équivalentes peuvent indifféremment être coupées ou bichonnées, mais rien ne peut entamer sa croissance.)
Oui, on peut et on doit s’occuper des futilités de notre vie, tout comme on devrait bien sûr s’occuper des problèmes plus majeurs et généraux, se démener même ; mais s’empêcher de satisfaire l’un pour ne pas fâcher l’autre, c’est céder aux manœuvres de jésuites diplomates et de rufians pragmatiques qui n’ont dans la tête que notre exploitable apathie, nos silences vaguement douloureux.
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Avec ma fille, je peux enfin aimer quelqu’un sans penser au sexe.
J’ai l’impression d’avoir été placé aux yeux du monde dans les starting-blocks de l’émotion le jour ou j’ai annoncé ma future paternité, à croire que toutes ces personnes se repaissent d’un bonheur frénétiquement attendu, comme les démons de David Lynch, cachés derrière leur rideau rouge, se nourrissent de peur et de désolation ; je vais être heureux, le monde l’est déjà pour moi. C’est une certitude lourde et tranchante.
Je vais pas y échapper, « ma vie va être changée », d’un sourire complice, d’un regard au ciel, tous, « ça va être formidable », d’une main posée sur l’avant bras, d’une épaule qui se colle à la vôtre, « tu vas voir », tous, absolument tous, ils n’arrêtent pas de vous motiver, de vous entraîner, avec une bienveillance de reptile, des mots affreux de médiocrité, une niaiserie élevée au rang de prière, tous, ils ne cessent de vous dire combien, et comment, vous allez en prendre plein la gueule de votre bonheur. Pas moyen d’en réchapper.
Il n’y a pas plus grand crime que de ne pas jouer à ce jeu là. On en a brûlé pour moins que ça.
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La fin est proche, demain c’est demain, arrivera ce qui arrivera, j’écrirai ce qui me prendra.
Je veux entendre la lyre chanter quand le gros caillot de l’empire tombera en poussière.
« On immunise l’imaginaire collectif par une petite inoculation de mal reconnu ; on le défend ainsi contre le risque d’une subversion généralisée. »
Roland Barthes, le concept de la « vaccine ».
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Poème écrit bourré dans le sud :
J’ai vu :
L’origami des toits de tuiles rondes, les filles aux jolies fesses blondes,
Les champs aux trente trois billes de blé,
la montagne y bande tout l’été.
Zo