February 5, 2007

Papier peint n°36

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 3:47 am

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Il y a seulement quelques jours, une rose de janvier pâle et comme usée, au parfum ténu, régnait au jardin, côtoyant, par une curieuse contraction temporelle, les roses de Noël. Des pensées de printemps se mêlent à mes songes d’hiver. Des bribes d’enfance reviennent : quand me suis-je demandé pour la première fois, au coeur de l’été, ce que l’on éprouve à contempler la neige, à ressentir le froid ; ou bien, l’hiver venu, quelle sensation procure la marche dans le sable chaud, le corps dénudé ? Ces questions requéraient un traitement particulier, une concentration pour réinventer ce qui n’était pas mais avait été et serait à nouveau. Les sensations naissaient du vocabulaire que restituaient les souvenirs. Aux premiers échecs ont succédé maintes réussites. Je sais maintenant tout cela et peux invoquer les saisons à ma guise, les jeunes feuilles nimbées du clair soleil de printemps, l’or des fins d’après-midi d’octobre, le vert passé au zinc des jours de pluie. Le temps enrichit même s’il dépouille en passant. Tout ensemble un échec et une réussite. En jouer, enjouée.

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La Défense selon Gatien

Catégorie: La Défense selon Gatien — mis en ligne par carlotta @ 3:46 am


La Defense

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Chanson du pendu

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 3:42 am

J’avais des grelots plein la tête
Et les cerisiers étaient bleus.
J’ai bien dormi sans la bête,
Avec des noyaux dans les yeux.

La chanson finit près de l’aube,
Mais il n’y avait plus de vin :
La grimace devint énorme
Et le résultat fut vilain.

Le jour s’en vient avec les masques.
Les fleurs ne tiennent plus debout.
Mes cheveux sont toujours filasses
Et la chanson a bien des trous.

J’ai mis les grelots en bouteille
Et la corde autour de mon cou.
Les masques dansent à merveille,
Les cerises sont dans un trou.

J’ai dormi et la bête est morte,
Ne me réveillez jamais plus.
Les masques ? Leur belle cohorte
Va me tenir lieu d’absolu.

Paul Gilles

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Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 3:41 am

Dans le rêve de mes dédales morts
Dans le rêve de mes amygdales
Y a des clodos en bas résille
Qui rouillent
Qui grouillent
Qui s’retournent les paupières
A grand coup de marteaux piqueurs.
Dans le coeur des tumeurs
Y’a des fous sans rancoeur
Qui te toisent, dévaginés,
Par les escarres du ciel.
Et cependant que l’automne
Fait pleuvoir sur les carcasses de bagnolles mortes
Une pluie épaisse de pleurs cicatrisés
S’endorment mutilés dans les ronces rouillées
Les rouages obscurs d’une nuit atrophiée.

N. M.

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Retard

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 3:41 am

J’arrive,
j’arrive, résolument
piqués, en voie tournés
d’écrans radoteurs
régulièrement annoncés
retardés ;
j’arrive, avant
la lumière de décembre
traversée…

Corinne Haddad

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Troubles

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 3:40 am

” Putain de baraque de fous…
- T’as vu les meubles? On se croirait, chais pas, chez louis XIV.
- Ouais, il a pris la poussière le vieux.
- C’est une baraque hantée. C’est obligé.
- Mike, je t’ai pas dit de la fermer ?
- On va crever les gars, je vous aurai prévenus.
- Bo- ”
Mike sursaute.
” Ca a bougé. Là.
- Putain mais calme-toi, c’est un rat à tout les coups.
- Vous pouvez pas la fermer ? Xavier fait, j’essaye de voir si y’a quelqu’un.
- Ouais, bah si c’est le cas, on est grillés à cause de ce con.
- Grillés ! Grillés !
- Bordel mais ferme-la putain ! Et fume un truc, sérieux. ‘Tain, pourquoi on l’a emmené ?
- On va crever ici… Dans un trou à rats. ”
Il sursaute.
” A RATS! ”
Khalim vient lui en coller une quand on entre.
” Tiens, il fait, les sympathiques promeneurs ! ”
Il nous regarde tour à tour en laissant Mike trembler.
” Quand je pense à ce que vous nous avez fait gober.
- C’était vrai, je dis.
- Ah bon ? Et là vous allez au hasard et vous vous arrêtez là où vous pose le vent ?
- Presque, je dis. Le vent a tourné.
- Bordel ! Mais tu nous prends vraiment pour des cons !
- A RATS ! ”
Mike sursaute à l’arrivée de Zack.
” C’est vrai, il dit, on pensait pas que ça irait aussi vite.
- Aussi vite que quoi ? De quoi ? Mais-
- Arrête Khalim, Xav’ fait, ça sert à rien de s’énerver. Je sais pas toi mais je les crois même si je pige rien.
- Vous pouvez pas nous suivre, je dis.
- Ah nan, Khalim fait, là je marche pas. Ou alors va falloir me convaincre. ”
Il sursaute aux détonations.
Zack s’est tiré dessus trois fois. Dans le ventre. Ca cicatrise à vue d’oeil.
” Qu’est-ce qu- ?
- Cherchez pas à comprendre. Vous pouvez pas nous suivre.
- Attends mais…?
- A RATS ! A RATS ! A RATS ! ”
Khalim lui en colle une. Ca le calme.
” Qu’est-ce que ça veut dire ? Il demande.
- Ca veut dire qu’on a des pouvoirs que les humains sont pas supposés avoir.
- Des… Superpouvoirs…?
- Si tu veux, elle fait.
- Et on va gober ça ? ”
Je soupire.
” Khalim… Tu sais que veut dire Inquisition j’imagine ? ”
Il réfléchit deux secondes.
” Des genre de chasseurs de sorcières ? ”
Je bloque le poing de Xavier sans vraiment y penser.
” Qu’est-ce que tu crois qu’ils nous feront s’ils nous trouvaient ? ”
Xavier recule. Convaincu.
” … Des trucs pas cools.
- A RAAAAAAATS ! ”
Mike tremble beaucoup.
” Pas normal, c’est pas normal, il fait. Nan, pas normal ! PAS NORMAL ! ”
Khalim lui en remet une bonne. Mike tombe, hébété.
” Mike, c’est juste des mutants…
- MUTANTS ! MUTANTS !
- Bordel de merde. ”
Il lui colle une manchette qui l’assomme.
” Ca ira mieux t’t à l’heure, il dit. ”
Xavier fait mine de dire quelque chose avant de retourner à ses réflexions.
” Vous voulez bien veiller sur Lu Tan ? je demande.
- Sans savoir pourquoi ?
- Pour l’instant.
- … Ca me va.
- Ca me va aussi, Xavier fait. “

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Wojciech

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 3:40 am

« Encore un “b” ?
- Oui. »
Wojciech prit de mauvaise grâce la petite médaille que lui tendait Urban et la rangea dans le casier approprié. Il était presque plein. Encore deux ou trois journées comme celle-là, avec des trouvailles faussant complètement ses statistiques, et il devrait repenser toute l’organisation de son meuble. Et ce n’était pas rien, son meuble. Quand ils avaient eu l’idée, Urban et lui, de monter ce magasin d’objets personnels récupérés dans les brocantes, les vide-greniers et les marchés aux puces, marqués de prénoms, et de prénoms seulement – ce qui ne facilitait pas la chine–, où les gens pourraient acquérir à bon compte cadeaux de baptêmes et autres « présents particularisés », Wojciech, qui n’avait pas avant tout l’âme d’un commerçant, s’était surtout creusé la tête pour imaginer comment il faudrait présenter la marchandise : dans un petit meuble à casiers, demi-tiroirs qui laisseraient voir les montres, les gourmettes, les médailles, les alliances, les pipes, les briquets, les nécessaires à couture, les mouchoirs, les petites porcelaines et les verres gravés.
Le magasin était maintenant ouvert depuis neuf semaines et on ne pouvait pas dire que ce fût un franc succès. Les Italiens d’en face, sous leur enseigne « Schiffini-Bontempi », spécialisés dans les montres de second poignet (ça ne s’invente pas…), n’avaient pas vu d’un bon œil l’arrivée des deux Polonais dans leur rue déjà saturée de revendeurs étrangers, et les observaient depuis le pas de leur porte, comme chaque fin d’après-midi.
Wojciech détestait cette ambiance de concurrence dans un quartier où chacun ne faisait jamais que lutter bravement avec les moyens du bord pour ne pas crever de faim. Il laissait donc à Urban le soin de caresser dans le sens du poil les voisins récalcitrants. Celui-ci traversa la rue et alla saluer les Italiens, se plaindre un peu avec eux du mauvais tour que prenaient les affaires du pays – dont chacun se fichait éperdument puisque ce n’était pas le sien – avant de fouiller leur vitrine pour dégoter des articles gravés, qu’il disait vouloir acheter et vendre à un même prix, pour ne jamais faire que compléter son offre de marchandise sans nuire au commerce de ses concurrents mais néanmoins collègues, hein ? Il évita de justesse le poing lancé dans sa figure, et revint, piteux, finir l’inventaire.
Wojciech ne fit aucun commentaire, n’avait rien à dire sur la question. Il était plus chagriné par l’abondance imprévue d’objets en « b », en « d », en « j » et en « m ». Pas accoutumé aux prénoms de ce pays-ci. Il manipulait tout cela sans ordre, d’un tiroir à l’autre, découragé.
La belle Maria passa devant le magasin. Grande, fraîche, pas atteinte par la crise. Urban s’immobilisa, hypnotisé. Wojciech leva un œil vers elle et pensa à ses cuisses sous la jupe. Puis chassa bien vite cette image de sa tête, par amitié. Urban était amoureux, Maria s’était déjà offerte à Wojciech, qui n’avait pas dit non. « Je t’aime bien, toi, parce que tu ne me mangeras pas », avait-elle dit. « Non, je suis déjà trop occupé à me bouffer le foie », n’avait-il pas répondu, par égard.
Maria était passée et le calme revenu dans la boutique. Les Italiens avaient accroché les volets sur leur devanture. Urban et Wojciech se regardèrent : ce n’était déjà pas si mal d’être là. Tous les deux.

Bérengère Cournut

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Être un mois, un mois seulement…

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 3:38 am

Le front plaqué contre la vitre qui sépare la première voiture de la cabine du conducteur, je scrute, au-delà de sa silhouette sombre que je perçois à peine, la voie chichement éclairée, j’avance, je tourne et vire, j’aperçois, au loin, l’éclaircie. Voilà j’y suis ; et ça repart. Je replonge dans le noir et des années en arrière, quand les hasards de la géographie métropolitaine me faisaient emprunter toujours une première voiture bondée d’une autre ligne (mais laquelle ?), et m’appuyer ainsi. Ah ! Être un mois, un mois seulement, conductrice de rame de métro, errer dans les tunnels, naître à chaque station, m’ouvrir au monde et repartir inéluctablement. Un mois seulement. S’il vous plaît. Pour savoir.

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Le yéti d’Albi - Dimanche. 16h20.

Catégorie: Le Yéti d'Albi — mis en ligne par carlotta @ 3:37 am

La vieille dame semblait absorbée par le récit que Margueritte venait de lui faire. Un voile d’inquiétude vint troubler l’harmonie de son beau visage.
_ Ma chère, comme vous l’avez si bien remarqué, il s’agit effectivement d’un goujat et d’un voyou. Mais là où le bât blesse, c’est que cet individu méprisable fait bel et bien partie de la police. Donatien l’a déjà cité à une ou deux reprises comme étant le prototype du fonctionnaire incompétent et sujet au mauvais esprit. Que voilà une désagréable nouvelle !
Margueritte, qui n’avait pas bronché depuis la fin de son rapport, s’agita sur son fauteuil Louis XV. Quand elle fut sûre que Léonie n’avait rien à ajouter, elle reprit la parole et lui dressa un portrait flatteur de « cette chère petite », vantant son maintien et la justesse de sa réaction face à l’ignoble agression dont elle avait été victime en place publique.
Margueritte, favorablement impressionnée par le sang-froid de la jeune femme, la trouvait de plus fort jolie. Elle le confia à son amie, soulignant son propos d’un sourire entendu.
_ Votre Donatien a bon goût, Léonie … Je puis vous l’assurer.
Son amie ne réagit pas. Du moins, pas de façon ostentatoire, mais Margueritte put saisir dans son regard une brève lueur de fierté maternelle.
Pourtant, l’attitude du policier relatée dans les détails par sa complice et guetteuse attitrée, laissait à Léonie un poids sur la conscience. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour admettre que le comportement étrange du fonctionnaire ne pouvait être fortuit.
Par ailleurs, il lui paraissait très délicat d’aborder ce sujet avec son fils. Cela reviendrait à lui avouer qu’elle le faisait surveiller jusque devant chez lui. Donatien ne comprendrait pas.
Cependant, elles devaient agir.
_ Mais, cette jeune femme dont vous dîtes qu’elle a si fière allure, l’aviez-vous déjà rencontrée auparavant ?
Margueritte eut une mimique évasive.
_ Pas que je sache, en tout cas son visage ne m’était pas familier.
Léonie ferma les yeux et resta plongée dans ses pensées pendant que Margueritte jouait inconsciemment avec le piston de la pince à sucre.
La théière de fine porcelaine chinoise fumait encore un peu.
Attendant patiemment que son amie revint à leur conversation, elle s’intéressa au jardin qui ceinturait pratiquement les trois-quarts de la maison. La fenêtre du salon lui offrait une vue plongeante sur la clairière joliment aménagée de la partie Ouest.
Les tourdres, les grives et autres étourneaux chassés des hauts plateaux par le froid polaire de ce mois de janvier, avaient pris leurs quartiers d’hiver dans le parc des Faragnan.
Léonie émergea enfin de l’abîme où ses calculs l’avaient entraînée. Le ton fut péremptoire.
_ Fort bien ! Nous allons prendre l’affaire en main ! Et je compte sur votre totale collaboration, ma chère. Rien ne nous sert de tergiverser plus avant ! Soyez tout ouïe je vous prie, je vais vous détailler mon analyse de la situation. Votre rôle pourrait bien devenir crucial et requérir la plus grande prudence. Tout d’abord, ne vexons pas nos tourtereaux. Laissons Donatien en dehors de cela, tout au moins pour le moment.
Vous allez tout simplement convier cette demoiselle à un petit goûter entre personnes de bonne compagnie … La suite, je m’en vais vous l’expliquer.
Les trilles mélodieux d’un merle vinrent ponctuer la fin de sa phrase.
Les deux amies, toutes à leur affaire, n’y prêtèrent aucune attention.

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Le choc des mots

Catégorie: Collisions — mis en ligne par carlotta @ 3:36 am

Mes interlocuteurs sont surpris de l’enchaînement des syllabes du mot « contondant ». L’un me montre, sur le jeu Internet qu’il pratique, la mention aux armes contendantes. Une vérification sur le net montre l’usage répandu de cette terminologie. Le Trésor de la Langue Française Informatisé (TLFI) nous éclaire, qui accepte les deux mots : contondant : « qui meurtrit, blesse par le choc, sans couper, ni percer, mais en produisant des contusions » ; et contendant : « qui est en litige, en concurrence avec quelqu’un ». En répression euphonique à cette contusion des sens, je nommerai donc désormais l’informatique arrobe dite arobase : Arrabal.

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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