March 5, 2007

Papier peint n°37

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 1:47 am

Ouvrir le numéro 37

La croix et la bannière. C’était l’expression qu’on employait dans mon enfance pour signifier le caractère fastidieux d’une démarche. Eh bien ça devient la croix et la bannière d’envoyer des courriers électroniques à des destinataires multiples sans fournir leur adresse en clair aux vendeurs d’élargissement de verge et de placements à risque. Ce n’est pas que ça me rende paranoïaque, d’être qualifiée de spammeuse. Mais il faut trouver sans cesse de nouvelles ruses pour faire parvenir les méls et ça finit par mettre à mal mon imagination. Donc je travaille à alléger le processus, en vous proposant le téléchargement depuis le site www.tabacaria19.net. Mais si vous aimez recevoir le journal dans votre boite à lettres, dites le moi parce qu’à la base, c’est ce plaisir là, de vous écrire en direct, si vous le partagez, qui, dans une grande mesure, fait exister le journal.

• • •

La Défense selon Gatien

Catégorie: La Défense selon Gatien — mis en ligne par carlotta @ 1:45 am

Tour_de

http://24552214552221147136.over-blog.com

• • •

PAULownias

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 1:44 am

Il est des croisements
qu’on découvre - plus tard
des éblouissements perçus
longtemps, longtemps après.
Me revient,
leur rencontre immobile,
que je croyais des îles
où les criques dorment
attendant le retour des voiles blanches.
Me revient,
effleuré son nom
sa voix qui dit encore :
parle, parle toi aussi
dans le mouvement de houle
des mots qui toujours vont.
Il est des croisements
qu’on découvre – plus tard,
des éblouissements perçus
longtemps, longtemps après.

• • •

Un grand vent

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 1:43 am

Un grand vent
salubre
à l’intérieur du cercle
un grand vent sans printemps,
sans l’étamine en fleur,
du fond vient
l’écho, la saison
étrangère à ceux qui énumèrent
un grand vent
salubre, coupant
au fil martelé toujours
à l’intérieur disparaît.

Corinne Haddad

• • •

Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 1:42 am

Recueil d’aphorismes douteux

Le suffrage universel implique de ne jamais voter « pour », mais de toujours voter « contre », un parti, une doctrine, une personne. Chaque vote est un référendum. De fait, les vrais référendums sont à la longue devenus des manifestations extatiques où l’on rejette tout, de A à Z, qui que ce soit qui pose la question, quelle que soit la question posée. On pourrait faire un référendum « oui » ou « non » à la « vie », il est certain que le « non » l’emporterait.
On n’est jamais censé chier où l’on dîne, mais quand on dîne de merde…

Zo

• • •

Faster

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 1:41 am

La larme qui noie la colère.
La lacrymo qui disperse la foule.
La peine qui noie la colère.
Le type en bleu qui te matraque quand tu vois rouge.
De quelle couleur est la haine ?
Changer de chargeur. Bouger.

Nouvelle planque. Nouveau rempart. Même combat.
Nouvelles douilles. Mêmes flingues. Mêmes alliés.
Nouveaux tirs. Nouveaux morts. Mêmes cibles.
Ils sont coincés. Enfermés. Assiégés.
Quelques pièces. Leurs derniers retranchements.
Leur forteresse est à nous. Encore un sous-sol.
Les couloirs remplis d’anges dorés.

L’escalier. Julie me fait signe.
Ils les auront sans moi.
Le temps joue contre nous.

J’y vais.

• • •

Cold

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 1:40 am

Une fresque de la Renaissance arrête mon attention. Caïn tuant Abel. Une peinture nuancée où ne brille que l’absence de Dieu, supposé être ailleurs.
« Abel. Le premier des martyrs. C’est un passage fascinant, n’est-ce pas ? »
Sa lame crisse sur le marbre.
« Je préfère Caïn, je dis, il est humain.
- C’est un assassin.
- Il n’a pas tué ses agneaux pour les servir à Dieu. »
Il rit, méprisant. Je me tourne vers lui.
« L’on ne peut confondre la mort d’agneaux et celle d’un homme, créature divine parmi les terrestres. Mais c’est sans doute trop demander à un rejeton du Diable que de le comprendre.
- Vous êtes stupide, je dis en revenant à la fresque, et Caïn n’en reste pas moins humain.
- Vraiment ? En tuant son propre frère ? Et en n’osant dire la vérité face à son créateur qui sait et voit tout en ce monde ?
- Si Dieu est ce qu’il est, je dis, sans vraiment prêter attention à ce qu’il dit, et qu’il a créé l’homme à son image, pourquoi Caïn est-il un meurtrier ? »
Sa colère monte.
« Mais plus que ça, je dis en admirant la qualité d’une peinture qui a traversé les siècles, pourquoi, sachant que Caïn ne l’accepterait pas, a-t-il délibérément refusé son offrande ? Il savait que Caïn tuerai son frère. »
Sa lame frappe contre mon flingue.
« Finalement, la colère a changé de camp, je dis pour le provoquer. »
Je recule alors qu’il sabre dans le vide. Je pointe mon arme. Gâchette. Enrayé.
« Dieu est avec moi, il crie pour sonner mon glas. »
J’arrête sa lame à pleine main.
« Ca se peut, je dis. »
Je le frappe suffisamment fort pour qu’il tombe.
« Mais ça change rien. »
Je retourne sa lame couverte de mon sang contre lui.
« Je ne suis pas là pour discuter de la teneur de la Bible, je dis.
- Vous pourrirez dans les profondeurs de l’enfer païen et les Portes du Paradis vous resteront à jamais fermées ! Hérétique !
- Tant mieux, je dis en posant la pointe de la lame sur sa pomme d’Adam. Je demande que ça. Qu’il me foute la paix, ce gros con. »
La Haine le gagne encore une fois.
« Je lui ai rien demandé.
- Vous êtes le Mal personnifié, il crache.
- Et Dieu m’a créé, je réponds, ironique. »
Il essaye de prendre une longue dague effilée qu’il cachait encore. Sa lame perce sa propre gorge. Il s’arrête dans un gargouillis. Dieu n’est qu’un mythe. Dernières convulsions. Je la laisse plantée. Encore un chasseur de moins.
« Connard de nazi, je dis en partant. »

Les combats des niveaux supérieurs se calment. Quelque part, Julie pose les bombes qui réduiront ce palais d’art qu’est la forteresse, enterrant du même coup les installations des traqueurs.
Nous n’avons qu’un seul message à l’adresse de ceux qui nous veulent morts.

Arthur

• • •

Le yéti d’Albi - Dimanche. 11h30.

Catégorie: Le Yéti d'Albi — mis en ligne par carlotta @ 1:39 am

Sur les derniers mois de sa vie, le regretté Dédou avait montré quelques velléités pour la chair fraîche. Et si Josy savait détourner philosophiquement son regard, elle n’en avait pas moins remarqué son attirance pour les rondeurs souples et fermes de la belle Apolline.
Ce retour d’âge n’inquiétait pas Josy qui, en vieille routière de la chair, connaissait son souteneur et ses faiblesses. Il était avant tout un homme et n’avait jamais refusé un petit extra surtout s’il présentait les appas affriolants de la jeunesse.
Mais André Lapichère ayant juré de finir ses jours avec Josy, il comptait tacitement sur son indulgence en échange de la promesse d’une vieillesse commune et heureuse.
Quant à Apolline, elle avait rapidement laissé entendre à Dédou qu’elle ne partageait pas ses émois. Josy avait donc dû se résoudre à voir la virilité de son compagnon s’exercer auprès de jeunes et éphémères rivales. La menace potentielle représentée par ces indésirables était en général proportionnelle à leurs formes.
Ces passades ne duraient jamais plus d’une semaine et s’achevaient invariablement dans une débauche d’attentions diverses, Dédou déployant tous les moyens pour obtenir son retour en grâce auprès de sa régulière.
Entrée dans sa cinquantième année, Josy en avait pris son parti et se contentait d’une attitude bienveillante quoique parfois pincée à l’égard des mâles faiblesses de son protecteur. Redevenue célibataire depuis le décès de ce dernier et trop effrayée par la perspective de finir ses jours en solitaire, elle songeait avant tout à préparer son avenir.
Or, Josy faisait preuve d’un penchant marqué pour l’usage de la parole ainsi que pour la compagnie de ses semblables. Il lui apparaissait donc inconcevable de s’installer dans l’isolement forcé et d’en subir les effets sur ses vieux jours.

• • •

Pougnance

Catégorie: Collisions — mis en ligne par carlotta @ 1:37 am

En réponse à ma question, le jeune homme blond aux beaux yeux vifs m’explique ce qu’est la pougnance et me renvoie à un article d’Ekopedia de sa main, modéré par je ne sais qui, où l’on apprend que « la pougnance est l’action de faire des choses que l’on a envie de faire, ou de ne pas faire ce que l’on n’a pas envie de faire, le tout sans nécessité de but constructif, et autant que possible, en ne négligeant pas de préserver le bonheur de tous. »

Mais la recherche à laquelle je me livre dans Google me fait découvrir un autre article qui éclaire un sens homonyme. En patois oléronnais, « la pougnance – ou pognance – est le début de la “maline” : C’est le passage du “mort d’eau” à la “maline” (c’est-à-dire une marée où le coefficient dépasse un degré de 70, période de vives eaux où la mer monte et descend le plus) ».

Me livrant à ces recherches dilettantes, vous en restituant les fruits, il me semble que je me livre à la pougnance telle que la conçoivent les étudiants du Polytech’Nice, pour ce que j’en comprends. Ils me le diront ?

• • •

Ruban noir

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 1:36 am

On portait autrefois, pour extérioriser un deuil, une sorte de brassard, tronçon de gros-grain noir qu’on épinglait en travers du col du manteau. L’habitude s’en est perdue.

J’avais voulu, ce brassard, le porter, à l’occasion d’une séparation désormais ancienne. L’ais-je vraiment fait ou seulement projeté ? N’avais-je pas, dans le fouillis d’un tiroir, retrouvé le ruban noir muni, à chaque extrémité d’une épingle de nourrice ? Je ne sais plus. Où est-il désormais ? Je ne sais pas. Il m’en faudrait.

Il disait, ce brassard, de celui qui le portait, « tel que vous me voyez, j’ai perdu une partie de moi-même, arrachée, amputée, quelque chose en moi se nécrose qui était naguère présence, mon corps est explosé, floculé, curieusement léger et lourd, le cœur me point. Je suis loin de vous mais aussi j’ai besoin de vous ». Il disait cela avec discrétion, sans mots échangés. Il appelait à une poignée de main plus appuyée, à une compassion exprimée d’un hochement de tête, à une indulgence de circonstance.

Je regrette qu’il ne soit plus de mise de porter cet insigne, qu’il faille ravaler ses pleurs ou les répandre. Modeste ruban des douleurs indicibles, autorisation de souffrir en continuant de vivre, soulagement d’un poids désormais partagé, en sa dérisoire partie partageable, économie de larmes.

• • •
Next Page »
"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

Moteur : WordPress • design : Wench + anatsuno [Merci beaucoup !]