June 2, 2007

Papier peint n°40

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 7:45 am

Ouvrir le numéro 40

Les jardins ouvriers de la Plaine Saint-Denis sont des parcelles cultivées les unes à côté des autres, entre une ligne de RER et des avenues de bureaux flambant neufs, non loin du Stade de France. Ils forment un îlot de fraîcheur, de souvenirs et de renouveau sauvé à la ville en marche, pour l’instant. De la terre en friche ou géométriquement retournée, des légumes, des fleurs de jardin et des fleurs des champs, des arbres fruitiers, des cabanes, des tonnelles, des couleurs et des parfums qui changent sous les lumières des jours qui passent. Chaque jardinier y vaque en toute indépendance, le tout offre une cohérence charmante. Mes yeux s’y reposent, dans mon parcours quotidien de combattante urbaine. Mon bonheur atteint son apogée quand, derrière les jardins, les surplombant, passe doucement le RER. Je voudrais que Papier peint ressemble aux jardins ouvriers de la Plaine Saint-Denis et, dans mon idée, c’est un peu le cas.

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La Défense selon Gatien

Catégorie: La Défense selon Gatien — mis en ligne par carlotta @ 7:42 am

Facade_bleue

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La petite blonde

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 7:39 am

La toute jeune Polonaise
arrive de Katovice.
Et cette blonde chez
qui elle travaille, à l’aise,
sert vins, fromages et fraises.

On se sent si bien près de la rue
où passent les putes vieillies,
ces Madeleines non repenties,
souriantes, sans dents, éperdues.

La blondinette aime Chopin.
Sur ses talons hauts, elle sourit
aux clients de ce bar à vins
où je retrouve enfin ma vie.

Elle est morte, la chansonnette
du temps où j’étais malheureux.
J’ai désormais fait place nette
des choses tristes, sans aveu.

Je suis revenu à la chance
d’autrefois et c’est bien ainsi :
la misère est une danse
bien belle quand elle est finie.

Paul Gilles

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Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 7:38 am

Recueil d’aphorismes douteux

Bien des personnes, aussi inutiles que célébrées pour leur bourse d’idées réversibles trouées et communicantes, diront soit que le mal est partagé, donc en nous, les torts dispersés comme dans un orchestre où l’on ne réussirait pas bien à localiser celui qui joue faux, soit que le mal est le dernier des biens concevables, et qu’il n’y faut donc rien changer, au risque de provoquer un mal plus grand encore, au motif que l’enfer est pavé de bonnes intentions (et en disant cela le dernier des laïcs républicains n’a aucun d’humour). Le ressort de ces techniques – pas de théorie ici – est d’incriminer personnel-lement chacune des victimes, en la faisant devenir complice, du moins en le lui faisant croire et penser, en vantant soit son manque de défense intellectuelle, soit qu’il profite « lui aussi! » trop ostensiblement du mal (en vrac ça va des beaufs aux bobos, d’Alain Minc à Renaud).

Zo

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Fruits déguisés

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 7:36 am

Les hommes en costume qui viennent au Mc Donald’s de la Plaine St Denis ne ressemblent pas aux hommes en costume de la place de l’Opéra.
Les hommes en costume qui arrivent au Mc Donald’s de la Plaine St Denis portent des costumes sombres sur des chemises blanches. Leurs corps sont trapus, leurs cous puissants. Quand ils marchent leurs pieds suivent deux droites parallèles tandis que la course de leurs bras est perpendiculaire, et leurs épaules arrondissent leurs costumes.
Les hommes en costume de la place de l’Opéra portent des couleurs masculines et subtiles et des chemises à rayures, ils sont élégants et urbains, ils parlent au téléphone en plissant le front, vont et viennent, regardent au loin.
Qui désire les hommes en costume ?

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Le yéti d’Albi - Dimanche. 12h00.

Catégorie: Le Yéti d'Albi — mis en ligne par carlotta @ 7:35 am

Des quelques clients sérieux qu’elle recevait lors des premières semaines qui suivirent son arrivée à Albi, Papi Raoul était bien le seul à lui avoir réclamé une faveur aussi attendrissante. Il tenait absolument à ce qu’elle joue la comédie du racolage dans le moindre détail. C’était une des raisons pour lesquelles Apolline avait conservé des relations avec lui.
Ce client particulier ne l’avait jamais brusquée ni méprisée. Il affichait même vis à vis d’elle une retenue proche de la timidité, ce qui cadrait mal avec son âge.
Il avait donc été le dernier. A ce titre, elle avait pris soin de lui expliquer sa décision de mettre fin à ses activités.
Bien qu’il en ait parfaitement saisi les tenants et les aboutissants, Papi Raoul acceptait mal l’idée d’interrompre des relations aussi récentes que fructueuses, à son propre goût du moins.
Mais la jeune femme était restée sourde à ses requêtes, lui demandant presque un soutien moral pour l’encourager dans la nouvelle voie qu’elle s’était choisie.
Hyppolite en avait bien ri.
_ Et oui, mon collègue, même les filles de petite vertu ne sont plus comme avant. De notre temps, c’était pas des intellectuelles qui te demandaient d’écouter leurs doutes et leurs angoisses. Tu faisais ton affaire et puis zaou !
_ Ce que tu peux être méchant parfois ! C’est Apolline ! C’est pas une pute ! En tout cas, pas comme celles dont tu parles …Tu n’as pas le droit Hyppo ! Si tu la connaissais, tu comprendrais ce que je te raconte. Au lieu de ça, tu te fous de moi !
_ Je me moque peut-être de toi, mais tu reconnaîtras que tu as passé l’époque des complaintes amoureuses. Franchement ! Et je te rappelle au passage qu’il y a plus urgent et plus grave que ta petite protégée.
Là-dessus, Hyppolite enchaîna par le récit de la visite de l’inspecteur Berger et de ses semblables sur les lieux de leur attentat nocturne.
Un cousin habitant la ville voisine et partageant ses convictions historiques, s’était fait une joie de lui conter par le menu ces instants de bravoure policière. Hyppolite en avait eu les larmes aux yeux.
Ils pouvaient toujours faire des relevés d’empreintes et des interrogatoires de routine aux environs. Il n’était pas tombé de la dernière pluie et les années qu’il avait passé sous les drapeaux en compagnie de Raoul dans une unité de commandos, laissaient peu de place à l’improvisation ou à l’amateurisme dans leurs actions.
Restait la part d’incertitude que pouvait représenter Gonzalve lors de ses débordements éthyliques.
De son côté, Papi Raoul affirmait que l’ex-délégué était digne de confiance pour peu que des intérêts politiques soient en jeu.
Leur discussion continua tard dans la soirée.
Ils évoquèrent dans l’ordre, et à grand renfort de Grenache vieilli:
leur visite dominicale au cimetière communal afin d’y partager la satisfaction du devoir accompli sur la tombe de leur vénéré maître d’école, M Fourcade; puis les titres de la presse ( enfin ! ) dont la plupart brillaient par leur manque de clairvoyance; et enfin, le comportement de plus en plus extravagant de Gonzalve au sujet duquel Hyppolite nourrissait de sérieuses craintes.
Il relata, entre autres, l’apéro de la veille au soir, épisode inquiétant s’il en croyait les rares témoins.
Pourtant, ces nuages ne suffirent pas à obscurcir leur horizon.
La joie due à la réussite de leur entreprise et à l’émoi très provincial qu’elle avait occasionné, l’emporta pour une fois sur leur prudence coutumière.
Cet état de grâce ne devait pas durer.

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BACH

Catégorie: Collisions — mis en ligne par carlotta @ 7:34 am

En ce joli mois de mai me tombent sous les yeux le poème Corps de Gherasim Luca, troublante transformation de corps en action au rythme de Bach ; et, sur le site de Remi Schulz (remi.schulz.club.fr), la plus belle histoire jamais comptée sur Bach. Remi Schulz est maître en l’art de la collision.
Variation sur le thème : ce même mois l’on me conteste l’invention de la correspondance en contrepoint.

Cha

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Jérusalem mon amour - 2/3

Catégorie: Chroniques de guerre — mis en ligne par carlotta @ 7:30 am

L’histoire de Saul :

« Dans les années 70 au Caire, pendant mon adolescence, avant d’être journaliste, je jouais dans un groupe de rock. Mes parents étaient de virulents opposants au régime de Nasser. Ils ne comprenaient pas, professeurs d’histoire bercés d’archéologie, qu’on engloutisse quatre mille ans de patrimoine au nom du « progrès communiste ». C’est une chose qu’ils n’auront jamais comprise, l’effacement des générations passées au profit des générations futures. C’était de petits bourgeois, bien vus à l’université, mais le jour ou ils créèrent leur association de sauvegarde des sites menacés contre « l’idéologie marxiste et impie », tu peux me croire ! Quand je suis né, mon père était en prison, ma mère bannie de son travail, répudiée par sa famille pour une sordide histoire d’adultère montée de toute pièce, mais tellement dans l’air du temps… Bref, j’étais un enfant plus embarrassant que désiré, et fus rapidement confié à la seule tante de ma mère qui ne lui avait pas tourné le dos, Souad. Paix à son âme…. Je fus élevé jusqu’à ma quinzième année par cette femme humble et solide, au sentiment religieux féroce et envahissant. Faut dire, être juif en Egypte était un satané sacerdoce ! Même à la campagne, même après les retournements de régimes, en plus d’être pauvre, notre famille avait le malheur d’être juive. C’est pour ça qu’après ma brève période hippie, période à laquelle je rediscutais sérieusement le bien fondé du combat familial contre Nasser, et ses idéaux finalement pas si éloignés de ceux de mon époque : idéaux humanistes et de liberté, bref, peu de temps après avoir raccroché la guitare et le catogan, je prenais la route d’Israël. Là, par la grâce de Dieu, je rencontrai un vieux professeur de mathématiques, Nassim, Egyptien lui aussi. Il me guida, me conseilla, et m’ouvrit les portes de la ville et de l’université. J’étais à Tel a Viv, j’avais vingt et un an. Je n’avais jamais été attiré par les matières artistiques, me disant, comme Henri James, que la vie d’artiste n’était que frustration, faisant quête incessante de perfection, et j’optais dès ma seconde année pour des études de journalisme, métier plus en rapport avec ma soif d’apprendre et de consensus. Deux ans plus tard j’obtenais mon diplôme d’Etat. Ma tante mourut peu de temps après, mes parents se volatilisèrent après la guerre du Kippour. On m’a dit qu’ils étaient partis en Iran, mais qui sait ? Je n’ai plus jamais entendu parler d’eux depuis. Une fois devenu journaliste, et grâce à mes notions de français, je travaille pour l’agence France-Presse jusqu’au début des années 80. Là, je pars pour une autre agence faire une série de reportages dans la bande de Gaza. C’est la guerre, mais presque sans soldats, c’est la famine, mais presque sans cadavres. C’est une époque affreuse, une époque où tout est laid, des pierres aux enfants. Tout. Tout est mauvais, sale, méchant. Et pourtant… »
Saul interrompt son monologue et allume une cigarette. Il reste silencieux quelques secondes, cherche son portefeuille et en sort une photo plastifiée.
« C’est ma fille Sarah avec sa mère, la photo a quatre ans. »
Il me la tend, je la prends avec respect.

La vie est une explosion :

La boucherie aveugle des bombes – leur autodafé de morale, et de morale militante surtout, pas si innocemment contre productive que cela, d’ailleurs – demeure toujours la même boucherie aveugle, de Caserio et consorts, jusqu’ à celle des ados kamikazes d’aujourd’hui – l’armature mafieuse en moins, peut être. C’est toujours la même barbarie inexcusable. Une barbarie qui n’est ni anarchiste – les révolutions ne sont pas faites pour les anarchistes, question d’éthique – ni surréaliste, ni même nihiliste, c’est une barbarie simplement criminelle. Une violence sans visage ni nom.
Voilà ce que mon cerveau a le temps de penser entre le moment de l’explosion et celui ou les premières rafales de pistolet mitrailleur commencent à fuser dans notre direction, ricochant en arcs voltaïques entre les calandres et le bitume.
C’est à dire en moins de trois secondes.

Un gros van anthracite vient d’exploser comme une bombe à eau remplie d’essence, mettant le feu à la guérite de béton, et retournant comme des crêpes les premières voitures de la file.
Les soldats israéliens qui ne sont pas au sol fauché en deux ouvrent le feu sur un second véhicule qui dans notre dos remonte la file à toute allure. Il s’encastre dans la voiture derrière nous, son pare-brise constellé d’impacts. Les deux hommes dans l’habitacle saisissent leurs fusils et tirent en direction des soldats. Une rafale touche notre voiture. Les soldats ripostent. Le feu se propage. Le ciel se drape de flammes. Une deuxième rafale.
Je réintègre mon corps au moment où la seconde rafale perfore la poitrine de Saul à coté de moi. « Si tu crois que je vais me laisser faire ! » hurle t-il en gesticulant, puis, la seconde suivante, plus rien, son corps est mou, flasque. Je tends la main vers lui quand la troisième rafale nous arrose, le corps de Saul à coté de moi, les sièges arrières, le volant et mon épaule gauche.
On m’apprendra plus tard : « cinquante sept impacts de balles sur notre seule voiture ! ». On me dira aussi que douze personnes, hors terroristes, sont mort lors de l’assaut. On me dira que Saul est mort en martyr et que je suis un héros.
Je me dis que je l’ai bien cherché.

La mission :

Quarante neufs jours plus tard, mes économies réunies, j’achète d’occasion un vieux 4X4 Nissan et me débrouille deux trois papiers pour le voyage.
Je prends la route avec une seule demi photo en poche. En fait en main.
Les secours m’avaient trouvé le poing serré sur la photo de Sarah ; et après avoir tenté – moi inconscient, ou pire, divaguant, gesticulant au son des sirènes – d’ouvrir ma main et détendre mes doigts crispés, l’équipe de secours avait finalement décidé de me laissé la satanée photo en main. Elle faisait dorénavant partie de mes affaires, une fois mon corps – mes épaules – mes bras - parfaitement détendus par les hautes doses de morphine prodiguées aux urgences, manifestation de la loi de « fatalité gravitationnelle ».
Le lendemain – flottant réveil caoutchouteux – je contemplais sous le sourire ravi d’une interne binoclarde mes effets réunis en paquetages impeccables sur ma table de nuit, portefeuille, montre, lunettes de soleil, et cette photo cornée dans une direction que j’étais seul à voir.
Les montagnes. On a dans leur flanc griffé une route profonde et sinueuse, une veine terreuse mais praticable, « même par des chars d’assaut ! ».
C’est dire pour une Nissan.

Officiellement je suis survivant d’une « attaque terroriste ». « Rescapé des babines du feu de l’enfer ». « Survivant ». Me voilà enfin reconnu. Pas encore démasqué.
Je me sens comme une balle dévalant une cote, mais qui, à l’inverse d’une boule de neige grossissant à mesure qu’elle descend, devient de plus en plus petite et minuscule ; comme une idée fixe, élaguée de ses détails d’exécution, devient de plus en plus pointue et invisible. Créant par son infini un puit sans fond.
L’homme qui rétrécit, et n’arrêtera jamais.

Le reste n’est que fragments :

Le village est habité par d’anciens nomades sédentarisés à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Au dessus du village, la route grimpe et disparaît. Elle disparaît réellement pour moi, car je n’irais jamais plus loin, plus loin que ce village. Je n’irais jamais plus loin sur cette route, et je ne verrais jamais où elle disparaît après avoir grimpé par dessus le village. Jamais, non, je ne saurai de quelle couleur est l’ocre des reliefs, de quelle couleur est l’asphalte gris de la route, de quelle couleur est le ciel bleu par dessus la lèvre de sédiments crasseux qui fait office de chaînes montagneuses à ma région.

Le Nissan est en panne, je suis à peine aux deux tiers de ma route. Quelque part à l’Est, vers les montagnes… Dans les montagnes, ça j’y suis, mais là ou je devrais être, j’en suis bien loin.
Fameuse irréductibilité nippone… en fait, le moteur moulina quelques secondes dans un virage visiblement trop pentu et abdiqua dans un nuage de vapeur virginal et cristallin. Fin du périple. Pfuit !

La nuit se passe chez le garagiste.
Je m’y sens aussi déplacé que cette première nuit passée à Jérusalem. Je ressens cette sensation d’errance absolue qui avait édenté la fougue de mes premiers pas de conquérant en ville ; ce vide oppressant, ce regard de clown tordu qu’a le trou noir palpitant sous ma chemise, et qui suce, vide, aspire ma langue dans mon cou. Le seule différence est que je ne croise aucun militaire avant de regagner la mansarde louée au dessus du garage. Personne, le vide glacial de la nuit de roche.
Je fais d’affreux cauchemars. L’un d’eux, qui se répète à l’identique après un réveil en sursaut, concerne un gros démon d’ébène, ventru comme un bouddha thaï et muni d’ailes de chiroptères géantes. Le cauchemar se déroule dans une vaste cité lacustre, mélange flottant de Saint-Malo et de Venise, aux couleurs de toiles hollandaises, avec un soupçon d’architecture steampunk dans les cheminées et les engins volants. Paradoxalement je me réveille plus par ennui que par frayeur, mon cauchemar s’éternisant sans but de caves en coursives, de ruelles en dialogues incongrus ; mais ma sueur bien réelle authentifie le malaise, et chacune de ses gouttes est une des secondes qu’égrène mon insomnie.

Le lendemain est un jour sans jour.
J’entends des chants provenir des ruines d’une l’église à moitié effondrée au bas du hameau. Des chants bien vivants. Le garage est vide. Je ne rencontre personne, les rues en cascades ne bruissent d’aucun souffle. Deux boules paresseuses de nuages, perdues dans l’azur scintillant, ne font même pas mine de bouger. Tout est parfaitement immobile, l’ombre à mes pieds, dure et solide, refuse de s’allonger selon mes pas.
La montagne parle au dessus de ma tête, sa voix est fluette mais épanouie, douce comme l’écho d’un gong suspendu. Mes pieds glissent le long de son sein, me voilà devant l’église en ruine, luttant sur mes jambes pour garder l’équilibre. Plus je descends et plus la pente semble hors de mon contrôle. La rue se transforme en glissière, mes chaussures de marche en éponges gorgées d’huile.
Je suis devant l’église. Mes jambes luttent pour garder l’équilibre.
La façade de l’édifice est à moitié effondrée, pierrailles calciques séchant dans le désert, voûtes à nu.
La carcasse sombre est rougie de candélabres argentés, et de longues files de cierges de cinabres opaques dressés en garnisons rectilignes de part et d’autre de l’autel de marbre.
De l’endroit où je me trouve – je ne sais comment, je réussis à percevoir l’éclat insolent de la croix cérémoniale de malachite, celui de son fourreau d’or pur dressée sur l’autel, masquant le visage du prêtre debout au fond de la ruine.
C’est alors que l’incongruité de l’évènement me frappe de plein fouet.
Il n’y a pas d’églises chrétiennes en ruine dans ces montagnes, et encore moins d’églises chrétiennes en ruine constellées d’incandescents candélabres d’argent, et encore moins d’églises en ruine possédant un autel de marbre intact et leur curé chrétien en option.
Il n’y en a pas ici, pas dans cette région. Il n’y en a jamais eu.

Le murmure de la montagne se change en sanglot. Les nuages foncent, hystériques, et la lune les éventre sans une goutte. Le tonnerre transmute le gong d’acier en gong de tôle. La nuit éponge le jour, même aux heures les plus inaccessibles.

Chaque jour l’assemblée réunie à l’église rajeunit peu à peu, au bout de quelques jours ce ne sont plus que des enfants. Je commence à avoir très peur. Je n’ai jamais aimé les enfants, ils m’effraient. J’ai toujours trouvé l’enfance particulièrement obscène.
Je reconnais Sarah, son sourire de vierge noire. Elle est debout au premier rang. Sans m’en être aperçu, je me suis approché de l’église beaucoup plus près que je ne l’avais jamais fait. Je suis presque à l’entrée, sous la voûte à moitié éboulée. La cinquantaine d’enfants continue de me tourner le dos, chantant d’étranges mots sans consonnes. Sarah sort du rang et se dirige vers l’autel, le prêtre se retourne et lui tend un calice d’ivoire. Elle le saisit, le porte à ses lèvres. Je sens mes jambes flancher comme si j’étais en train de flotter dans le calice, mon corps s’incline contre ses lèvres, et je glisse, bascule, comme elle me boit.
Avant de toucher le sol et de fermer les yeux, j’ai le temps de voir son visage, ses lèvres brillantes et fendues où je disparais.
Une douleur insupportable me déchire l’épaule.

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Un islamiste au plafond - 11h45 :

Catégorie: Uncategorized — mis en ligne par carlotta @ 7:29 am

Le repaire de la souris moustachue, Marne la Vallée. On traverse la “ ville nouvelle ”, expression à usage réactionnaire, car après avoir vu la laideur de la soi-disant “ ville ”, il n’y a pas à douter que tous auront appris à fuir le “ nouveau ”, puisqu’il est affreux, laid et ordonné comme un pénitencier high-tech. Ah oui, c’était mieux avant… Ici les maisons font office de décor, les champs de terrains vagues, et l’abrutissement de masse de nouvel eldorado de l’emploi. Drôle de région, où les habitants ont tous entre trente et quarante ans, mais sont tous fringués comme des ados, jean basket, maquillage vulgaire, et sont tous fachos comme de vieux déportés pieds noirs.
On se gare. Marion descend sans raccrocher son téléphone, de la main elle nous fait signe de la suivre. Direction le Hard Rock Café. Plutôt variet’ décaféinée.
Arrivée en bas de l’escalator plein de guirlandes, Marion raccroche enfin.
“ Elle est arrivée. Bien, mademoiselle, monsieur, je vais vous présenter la Directrice Europe des investissements Worldfate : ma mère. ”

Sans un mouvement nous glissons sur les marches d’acier vers l’intérieur bruyant de la grosse boule grise. “ Notre table est réservée ”. On traverse le resto, direction la table mise à l’écart derrière un paravent jauni sur lequel Bruce Willis sourit comme un crétin, toupet à l’appui.
Une femme nous attend, assise seule à une table pour six, le visage caché par un nuage de fumée et le rebord crème d’un large chapeau évasé. Son tailleur Chanel est de la même couleur lactée, remonte sur ses poignets découvrant de lourds bracelets dorés, et sur ses cuisses tout aussi dorées.
“ Madame ” Marion lui serre la main, sa mère écrase sa cigarette, puis lève la tête.
“ Je vous attendais, asseyez-vous. Buvez quelque chose. ”

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~ Brian Michael BENDIS et compagnie: le polar est il soluble dans le comics ? ~

Catégorie: Promenade bavarde — mis en ligne par carlotta @ 7:18 am

Détournement hargneux de la BD de genre

(Etagère principale, 3ème étage en partant du haut, 77 livres)
• TORSO (Brian Michael Bendis, Marc Andreyko) octobre 2002 Collection SEMIC Noir
• POWERS
1. Recueil 1 Qui a tué Rétro Girl ? – épisodes originaux : 1 à 6- (Brian Michael Bendis, Michael Avon Oeming) janvier 2002 Collection SEMIC BOOKS
2. Recueil 2 Warren Ellis et Roleplay – épisodes originaux : 7 à 11- (Brian Michael Bendis, Michael Avon Oeming) mars 2003 Collection SEMIC BOOKS
3. Recueil 3 Groupies et Shark histoires courtes – épisodes originaux : 12 à 14 et Annual 1- (Brian Michael Bendis, Michael Avon Oeming) février 2004 Collection SEMIC BOOKS
• DAREDEVIL
4. Recueil 4 Underboss – épisodes originaux : 26 à 31- (Brian Michael Bendis, Alex Maleev) 2003 MARVEL France
5. Recueil 5 Le scoop – titre original : « Out », 32 à 37- (Brian Michael Bendis, Alex Maleev) janvier 2003 MARVEL France
6. Recueil 6 Le procès du siècle – titre original : « The trial of the century » et « Lowlife part 1», 38 à 41- (Brian Michael Bendis, Alex Maleev, Manuel Gutierrez, Terry Dodson) ? MARVEL France
7. Recueil 7 Le petit maître – titre original : «Lowlife part 2,3,4,5 », 42 à 45- (Brian Michael Bendis, Alex Maleev) ? MARVEL France
8. Recueil 8 Hardcore – épisodes originaux : 46 à 50- (Brian Michael Bendis, Alex Maleev) 2005 MARVEL France
9. Recueil 9 Le roi de Hell’s kitchen – titre original : «The king of Hell’s kitchen », 56 à 60- (Brian Michael Bendis, Alex Maleev) septembre 2005 MARVEL France
10. Recueil 10 La veuve – titre original : «The widown » + the universe 40th anniversary 61 à 65- (Brian Michael Bendis, Alex Maleev, Michael Golden, Greg Horn, P. Craig Russel, Phil Hester, Chris Bachalo, Jae Lee, David Finch, Frank Quitely) avril 2006 MARVEL France
11. Recueil 11 L’âge d’or – titre original : «Golden Age » 66 à 70- (Brian Michael Bendis, Alex Maleev) juillet 2006 MARVEL France
• CAGE MAFIA BLUES – épisodes originaux : 1 à (- (Brian Azzarello, Richard Corben) ? MARVEL France MAX Comics
• GOTHAM CENTRAL
12. Recueil 1 Dans l’exercice de ces fonctions et Le mobile – épisodes originaux : 1 à 5- (Greg Rucka, Ed Brubaker, Michael Lark) mai 2004 Collection SEMIC BOOKS
13. Recueil 2 Pour moitié et Rêveries et tristes réalités – épisodes originaux : 6 à 11- (Greg Rucka, Ed Brubaker, Michael Lark, Brian Hurtt) mars 2005 Collection SEMIC BOOKS
14. Recueil 3 Pris pour cible – épisodes originaux : 12 à 15- (Greg Rucka, Ed Brubaker, Michael Lark) juin 2006 DC Panini comics
• LES MYSTERIEUSES ENQUETES DE SANDMAN Sandman Mystery Theatre
15. La tarentule – titre original « The Tarantula » de 1 à 4- (Matt Wagner, Guy Davis) janvier 1997 Editions le Téméraire
16. La vamp – titre original « The Vamp » de 13 à 16- (Matt Wagner, Guy Davis, Steven T.Seagle) mai 1997 Editions le Téméraire
17. Le scorpion – titre original « The Scorpion » de 17 à 20- (Matt Wagner, Guy Davis) février 1998 Editions le Téméraire

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Brian Michael BENDIS est sans doute emblématique du renouveau du polar dans le comic. Il l’a fait tout d’abord dans des comics indépendants (quasi expérimentaux) dont le meilleur est sans doute « TORSO ». Ce comic est en N&B aussi bien par économie de moyen que pour coller à l’ambiance noire du récit. La démarche d’enquête sur la base de faits passés (ici dans le Cleveland des années 30) encore non expliqués rappelle bien évidemment celle du « From Hell » de MOORE.

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Pour tout dire la partie dessin ne casse pas trois pattes à un canard : elle est faite de collages et décalques pas souvent gracieux. A tel point que les personnages ne sont pas toujours reconnaissables ! A contrario, la mise en page est brillante et utilise le placement des bulles (des phylactères pour ceux qui veulent briller en société) avec un style certain. Pour couronner le tout, l’intrigue est menée tambour battant et le livre ne se lâchera qu’une fois terminé.
Bien évidemment, un talent de mise en page et de raconteur d’histoire n’a pu laisser insensible bien longtemps les majors …
Après un « POWER », introduisant un monde de super héros où le couple habituel de flics s’efforce de faire régner un semblant d’ordre, où une nouvelle fois le phylactère se déchaîne au service d’intrigues bien ficelées et toujours originales, BENDIS va être appelé à relever les super héros de MARVEL.
On le retrouvera sur un DAREDEVIL dont les années de gloire sont bien loin. Il reviendra donc aux ficelles déjà tirées par le MILLER des années « HELLS KITCHEN ». Il y ajoutera ses mises en pages formidablement servies par le dessin parfait d’Alex MALEEV et raffermira sensiblement le réalisme du personnage et surtout de la pègre new-yorkaise.
Les saisons et épisodes se succèdent et pourtant le climat est toujours aussi incertain : comment Matt Murdock l’avocat aveugle (alias DAREDEVIL) va-t-il se sortir de la révélation de son identité secrète (thème cher à MILLER) ?
Comment la pègre va-t-elle réagir ? Et ses « collègues » super héros ? Le FBI va-t-il lui demander des comptes sur sa conduite hors-la-loi ? Un super héros peut-il changer en bien le quartier qu’il défend ?
Pour toutes les réponses et surtout d’autres questions ne manquer pas ce récit sacrement bien ficelé !
DC ne restera pas sans rien faire avec un personnage équivalent (sinon meilleur) à la part sombre largement exploitée (y compris par MILLER lui-même) : BATMAN.

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Cette fois ci, la nouveauté ne se fera pas par le traitement sur le personnage, mais le point de vue des personnages annexes. BATMAN est le « défenseur » de Gotham City face à la pègre (comme DAREDEVIL dans le Hell’s Kitchen de New York), mais comment la police de cette ville prend-elle ses activité nocturnes ? Les affrontements incessants entre costumés toujours plus dangereux les uns que les autres (Pingouin, Joker et autres Two Faces …)dépassent et déciment les forces de police et interfèrent continuellement sur les enquêtes classiques de police. C’est donc au sein des équipes policières et de leurs enquêtes quotidiennes que nous découvrons Gotham, avec parfois la silhouette d’un Batman croisant le récit et les états d’âmes des policiers humains. Le dessin est très sobre (rappelant le « Year one » de MAZZUCHELLI) et les récits policier d’un classicisme réaliste pimenté de criminels tout droit sortis de l’asile d’Arkham.
Anecdotique mais toujours dans la même ambiance, cette reprise du héros Luke Cage (héros noir à louer de chez Marvel tout droit sorti des années disco) par le grand Corben (celui des « Métal Hurlant » de la grande époque).

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Tout aussi anecdotique mais encore plus atypique (donc chouchou de ma démarche de dénicheur), la série de Sandman (que l’on pourrait traduire par « marchand de sable »). C’est un héros coiffé d’un masque à gaz de la 1ère guerre mondiale, enquêtant sur des meurtres mystérieux dans le New York de la fin des années 30 (juste avant la 2ème guerre mondiale). Parsemés de rêves prémonitoires, ces récits naviguent dans des intrigues sinistres à souhait, le tout dans une ambiance s’efforçant de transcrire les moeurs de l’époque. J’y ai découvert avec plaisir son dessinateur Guy Davis que l’on retrouvera du côté de l’étagère d’Hellboy et de son B.P.R.D (sur le très réussi « Le fléau des grenouilles »).

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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