September 3, 2007

Papier peint n°43

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 1:06 pm

Ouvrir le numéro 43

Rosissante et un peu empêtrée, la Beldeleau présente Owen W. Butler, rencontré sur Internet dans les bousculades de la rentrée littéraire (http://www.quidamediteur.com/NewFiles/livres/Butler.html ). Et moi je vous recommande chaudement L’Ami Butler, dont je n’ai pas lu une traître ligne puisqu’il paraît ce mois-ci, mais de son auteur, Jérôme Lafargue, si (NB ceci est une anacoluthe, note du correcteur). Un rêveur de cette trempe, on n’en rencontre pas sur toutes les étagères.

• • •

La Défense selon Gatien

Catégorie: La Défense selon Gatien — mis en ligne par carlotta @ 1:05 pm

Tour_ciel

http://24552214552221147136.over-blog.com

• • •

Place Rhin et Danube

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 1:01 pm

c’est étrange, l’air y est celui qu’on découvre en passant
la forêt noire et tout au plus la mer
disséminée, portée en gerbes sur la place.
c’est étrange, l’air y est celui qu’on découvre en passant.

• • •

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 12:59 pm

si tu t’embarrasses de la cécité des comblés
cherche dans l’allongement des pas des derniers somnambules
dans l’affolement de ta tête retenue entre deux ailes
la langue des bègues.
si tu t’embarrasses de la mécanique des traités
cherche dans les débris des rêves
la demi-mesure des vies accordées sans regrets
l’avenir qui passe et trace, trace sans honte
l’animal désorienté
à l’affût de son coeur
si tu t’embarrasses toujours, rappelle toi
que de l’humain on va sans éclats
d’autres se nomment arbres
ou abeilles, leurs visages impassibles
ils sont ruches ou peut- être tronc
mais les cieux s’arrangent avec nos petites économies
et chacun s’embarrasse de l’autre
se débarrasse des trous où seul on remplit de la main
ce qui n’en finit pas de s’entasser
les combles et les fossés
et l’avenir passe…

Corinne Haddad

• • •

Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 12:58 pm

Recueil d’aphorismes douteux

Le monde marche à l’envers depuis qu’il a compris ce qui lui était possible d’accomplir, et quelle était la force potentielle de son devenir. Nous avons toujours eu les cartes en mains, l’histoire n’existe pas dans le concept de progrès de l’évolution, nous avons toujours eu les cartes en mains. On peut croire qu’elles sont brouillées, alors que la mise au point n’a jamais été faite avec autant d’acuité sur les réels acteurs de la machine. Il suffit, ni de le dire ni de le faire, mais de le répéter.

Zo

• • •

Table rase

Catégorie: Incroyable feuilleton d'Arthur — mis en ligne par carlotta @ 12:57 pm

« Mais pourquoi vous l’avez tué ? Il a demandé au milieu d’une digression dans son histoire.
- Hein ? Qui ? Je fais en sortant d’une réflexion sur la difficulté de se heurter au paranormal.
- Le mafieux qui vous a emmené sur son bateau.
- On dit ‘mené en bateau’. »
Il continue de me regarder comme si je n’avais rien dit.
« C’est rien que vous ayez envie de savoir.
- Comment ça rien que je ne veuille savoir ? Je viens de vous poser la question ! »
Je ris.
« Croyez-moi, vous n’avez pas envie de comprendre. Et même si je vous répondais, vous en ririez. Jusqu’à ce que vous compreniez. Et que vous vous flinguiez. Vous avez lu Lovecraft ?
- Hein ? Quel rapport ?
- Laissez tomber. »
Je bois une gorgée d’un vin local.
« Vous comptez vraiment essayer de comprendre jusqu’à vous en éclater le cerveau, pas vrai ?
- Ben, c’est mon métier quand même.
- Vous avez dit le contraire devant votre coreligionnaire.
- Co… »
Je me lève à la seconde où il avait l’habitude de hausser le ton, fort de son commissariat. Je vais jusqu’au lavabo où je vide mon verre avant de le rincer.
« Je vais sortir, je dis, si vous voulez continuer à causer, ça sera dehors. »
Il a l’air encore plus perdu qu’avant, je me dis.
« Il faut que arrêtiez de penser que vous représentez la loi. Non seulement on est en Autriche, mais en plus on s’en fout.
- De quoi ?
- Quoi de quoi ? Vous avez compris nan ?
- Oui, oui. Mais vous pensez ce que vous venez de dire ?
- Évidemment. Vous trouviez ça drôle ?
- Non, non, c’est que…, il reprend ses esprits, vous croyez vraiment que vous pouvez vous placer au-dessus de la loi ?
- C’est pas vraiment ce que j’ai dit ; mais cela dit, à votre sens, oui.
- Mais… vous êtes fous !
- Hors-la-loi. Pas fous, hors-la-loi.
- Mais la loi, c’est… la base ! La condition de fonctionnement d’une société ! »
Je soupire.
« Non, je fais, non, la loi c’est juste les limites officielles du comportement autorisé. Ses frontières. La barrière au-delà de laquelle vous êtes un étranger. Vous comprenez ?
- Hein ? Mais oui, mais… Mais…
- Mais quoi encore ? Ca dépasse votre entendement qu’on puisse remettre en question le fondement de tout ce que vous appelez ‘le Bien’ ?
- Mais je ne dis pas ça !
- Alors quoi ? »
Il reste quelques seconde sans réfléchir à espérer qu’un de ses instincts prenne le relais. Mais ni sa pensée, ni ses réflexes linguistiques ne suivent.
« Bon écoutez, je dis, je veux bien que tout ça soit un peu surprenant étant donné la situation, mais là va falloir mobiliser vos neurones.
- Le stupéfiant Fix et ses ravages…, Zack fait avant de boire.
- Ça vole toujours aussi haut, dis-moi. »
Il rit.
« Pourquoi tu te prends la tête ? Lu Tan dit au malheureux lieutenant, laisse-toi vivre mon pote ! Tiens reprends un coup, il dit en le resservant un peu maladroitement. »
Sans prendre le temps de penser, il vide son verre et en redemande un, que Lu Tan lui sert, avant de le vider à nouveau.
« Donc… Vous vous pensez au-dessus des lois, vous assassinez les gens pour une raison que j’ignore, vous êtes impliqués dans un tas de trucs dont je n’ai strictement pas idée, vous envoyez chier des agents des forces de l’ordre et vous me demandez de ne pas poser de questions ?
- Hmm… C’est presque ça.
- Vous vous foutez de moi ?
- Non. Vraiment, non. Mais écoutez, quand vous étiez flic, vous vous pensiez au-dessus de nos lois, vous enfermiez des gens pour des raisons que j’ignore, vous envoyiez chier le reste du monde et vous vouliez qu’on circule rien à voir ? Je crois que vous m’avez toujours pas compris.
- Mais… Mais c’est différent !
- Ah bon ? C’est le badge qui change tout ?
- Mais non ! Mais… On protège les citoyens, vous, vous-
- Faites tirez dessus par des policiers zélés qui protègent l’ordre public.
- Vous aviez pris des enfants en otage !
- La faute à qui ?
- La faute à… Vous allez quand même pas me coller ça sur le dos ?
- Bien sûr que si, nous on faisait juste des courses.
- Alors ça c’est fort. Vous envoyez un collègue à l’hôpital, vous prenez une classe en otage, vous ouvrez le feu en pleine rue, en plein jour, vous volez des voitures, des bateaux, vous bloquez des autoroutes et maintenant c’est de ma faute ?
- Ah nan, pour la fin, c’est une autre histoire. Cela dit, oui, sans vous, on n’aurait pas pris d’otages. Si vous étiez moins obtus aussi…
- Nan mais vous êtes incroyable vous ! On faisait notre boulot !
- Honte à vous, Julie fait en apportant un plat, vous espérez quand même pas nous convaincre avec ça ?
- Je vous accorde qu’ils sont un peu turbulents, Xia Lin dit en apportant le deuxième, mais-
- Un peu turbulents ? Il manque de s’étrangler.
- Oui, ils sont plutôt vivants, vous ne trouvez pas ? On s’y fait vite, vous verrez. »
Le front brûlant, les nerfs au bord de craquer, il crispe ses mains sur le bord de la table.
« Tenez, mangez, ça ira mieux après, elle dit en le servant, Allez ! Mangez ! On a fait ça spécialement pour vous.
- Pète un coup, Lu Tan dit, on dirait que tu vas exploser tellement t’es rouge.
- Lu Tan !
- Mais M’man !
- Arrêtez de vous fatiguer, vous vous faites du mal, Khalim dit, vous pouvez rien pour eux. Ils sont cinglés. Tous les neurones grillés. Cramés du cerveau. Cherchez pas, on a déjà essayé.
- Ouais, calmez-vous, Xav’ dit en se servant, vous êtes quand même pas venu jusqu’ici pour nous engueuler ?
- Non, effectivement, non, il fait, j’étais venu pour trouver des réponses. Mais visiblement, c’est pas le genre de la maison.
- Nan mais, on lui fait à manger, on lui sert à boire et on l’écoute et il est pas content, Julie dit, vous voulez pas une pipe non plus ? »
Il la toise violemment sans qu’elle sourcille. Jusqu’à ce que le fumet de la viande cuite dans son jus ne le convainque d’abandonner.
« File-moi cette bouteille, toi. On se la bouffe votre saleté de tambouille là ? »
Il déchire un morceau de pain.
« Et arrêtez de vous marrer ! »

Arthur

• • •

Strasbourg

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 12:56 pm

Je n’avais jamais vu de magnolia avant – faux, je les avais vus, ceux-ci, je les ai passés tout l’hiver, et l’automne avant ça, je leur suis passée devant tous les jours sans savoir ; un magnolia, c’est ça.
Cette explosion de pétales blancs, roses à la base, roses à l’arête pour ainsi dire, n’a rien à voir avec l’association étroite qui, dans ma tête, liait jusqu’ici le magnolia au braiement lyrique d’un chanteur électrisé, vedette du passé, refrain éculé. Ce matin en tout cas, je les vois les magnolias. Je ne vois que ça.
Le tramway passe et je ne fais que l’entendre. Mes pieds se remettent en route, que je puisse, à l’arrêt, aller attendre le prochain. Du quai, je continue de contempler ces arbres dont l’importance a subitement triplé dans mon existence.
Autour de moi des gens vont et des gens viennent, les pneus des vélos chuintent sur la piste cyclable, une voiture freine pour laisser un piéton s’engager sur un zèbre, le soleil brillote et les oiseaux gazouillent… Peu importe. Les magnolias sont en fleurs, rien qu’en fleurs, pas une feuille à l’horizon, et je n’avais jamais vu ça.
L’air du tube me reste dans la tête toute la semaine.

-ana.

• • •

Le yéti d’Albi - Lundi. 23h45.

Catégorie: Le Yéti d'Albi — mis en ligne par carlotta @ 12:53 pm

Apolline eut la vague intuition d’une présence toute proche mais il était déjà trop tard.
La gifle, extrêmement violente, lui atteignit la joue sans qu’elle la vît arriver. Dans le vacarme qu’elle déclencha à l’intérieur de son crâne, Apolline perçut le mot « morue », puis elle s’affaissa presque contre le pilier d’entrée, se retenant par réflexe à l’interphone qui s’y trouvait.
Elle luttait pour ne pas sombrer lorsqu’un coup sec lui écrasa le ventre, lui coupant brusquement le souffle et l’obligeant à se plier en deux vers son agresseur.
Ce dernier la rattrapa par les cheveux et la força à relever son visage.
Apolline cherchait désespérément à retrouver son souffle et ne vit donc ses traits qu’à travers un brouillard parsemé de petits points blancs.
La douleur était intolérable. Elle sentit les larmes ruisseler sur ses joues, brouillant un peu plus l’image déjà trouble de l’inspecteur Berger.
L’incompréhension teintée de peur qu’il lut dans les yeux de la jeune femme lui arracha un ricanement de satisfaction.
_ Je t’avais dit que je supportais pas la morue ! Tu as eu tort de ne pas m’écouter, pouffiasse ! Mais maintenant, tu m’entends mieux, non ? Avec vous les putes, c’est toujours pareil, vous ne comprenez que les coups. Je ne me trompe pas, hein ? Répond !
Pendant qu’il débitait ses insanités, le policier ne l’avait pas lâchée. Bien au contraire, il la contraignit à garder son visage au même niveau que la braguette de son pantalon.
Poursuivant ses efforts pour revenir à elle, Apolline commençait à saisir la gravité de la situation. Pourtant, toute réaction lui était encore impossible. Elle se sentait trop mal. La douleur ne faisait qu’augmenter, lui déchirant le bas-ventre, résonnant avec une amplitude insupportable dans ses tempes.
Un peu de liquide chaud et collant s’était mêlé à ses larmes, sans en avoir le goût salé. Elle réalisa qu’elle saignait en même temps qu’un filet d’air envahissait enfin ses poumons.
Le bout de son nez écrasé contre la fermeture éclair du jean crasseux de l’inspecteur acheva de l’aider à reprendre ses esprits.
En bon professionnel, le flic ne lui en laissa pas le temps et lui administra une seconde gifle, moins forte cette fois, et lui dit :
_ Celle-là, c’est pour que tu te souviennes de mon pied, salope ! Il me fait encore mal.
Soucieux d’appuyer ses propos par des gestes, Berger conclut par un coup de pied qui atteignit Apolline à la cuisse et lui arracha un gémissement aigu.
_ Et maintenant, ma petite pute en histoire de l’art ? Tu fais moins la fière … Tu veux qu’on le réveille ton protecteur de sous-préfecture ? Hein ?
Grisé par son omnipotence passagère, rendu hargneux par sa fin de semaine laborieuse et humiliante, le policier se délectait trop de la situation pour ne pas en profiter pleinement.
Du moins était-ce son intention.
Le rectangle de lumière qui se dessina à cet instant sur le trottoir provenait d’une fenêtre de la maison d’en face. Une silhouette en contre-jour s’y détacha avec une insistance qui incita le policier à lâcher sa victime pour se retirer, comme à regret, vers la partie sombre de la rue où une portière claqua.
Le bruit du véhicule qui s’éloignait motiva Apolline pour tenter de se relever. Mais la souffrance qui la terrassait était bien trop intolérable pour qu’elle y parvint.
La voix familière de Margueritte Armand vint lui redonner un peu de courage mais pas sa lucidité.
Sentant que des bras protecteurs l’entouraient, elle se laissa enfin glisser dans l’inconscience, échappant ainsi à la sensation d’écrasement qui la submergeait.

• • •

Déjà vu

Catégorie: Collisions, — mis en ligne par carlotta @ 12:44 pm

Il me dit qu’en regardant la photo qu’il venait de prendre, il a su qu’il l’avait déjà prise. Et c’était vrai :

    Une missive
    Un lecteur
    Un pied gauche
    Un sens de la marche

Gare_nord

Lire

Charlotte
avec l’aimable autorisation de Gaël

• • •

Un geste qui décoiffe

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 12:40 pm

Chevelure

Une femme en coiffe une autre. Des deux mains, elle tend la chevelure rousse de son amie qui, assise sur un lit, incline sa tête sur son épaule gauche à l’horizontale et porte la main à son front du même côté afin d’éviter qu’elle ne tire trop fort sur sa chevelure. De sa main droite, elle s’appuie sur le rebord du lit. Elle est vêtue d’une chemise de nuit blanche, tandis que la coiffeuse, dont les cheveux bruns pendent et cachent le profil, porte une robe sans manches de couleur un peu grise. Le mur de la chambre est rougeâtre, de la même tonalité que le sommier du lit. Et cette image, à première vue, n’a pas grand intérêt. Mais, si le regard s’attarde quelque peu sur ces deux femmes, un sentiment de tendresse s’empare du voyeur qui les a surprises dans cette intimité du matin.
C’est un tableau, une huile sur toile de 82 dur 87 cm, qu’Edouard Degas a fait entre 1896 et 1900 et qu’on peut admirer au National Museum of Art, Architecture and Design d’Oslo. A part le fait qu’on a l’impression d’être présent à la scène sans y avoir été invité et qu’on est tout de suite sensible à la gentillesse qui se dégage de cette situation, on comprend vite qu’on se trouve en présence d’un tableau qui non seulement est animé par un geste anodin de coiffure féminine, mais qui surtout offre les prémisses de tous les éléments devant constituer bientôt les bases d’un art révolutionnaire, cubisme et même tachisme y compris.
Le dessin de Degas est grossier, il faut bien le dire au risque de susciter des ricanements des spécialistes plus éclairés qu’un simple amateur de beauté. Les traits du pinceau qui souligne les formes sont à peine brossés et il y a un empâtement des couleurs qui trahit le peintre dans son geste. Mais c’est justement cette hâte qui signifie toute la rareté de ce tableau. On a l’impression d’être devant un instantané. Et pourtant, cette image est admirablement composée, équilibrée, avec au centre cette chevelure rousse qui fixe le regard. Les lignes, les volumes, les ombres sont géométriques, vingt ans en avance sur l’époque !
Équilibre oui, mais aussi mouvement. Degas, on ne le sait que trop, a été le génie moderne du mouvement en représentation. Des centaines de livres ont été consacrés à l’étude de toute son oeuvre. N’insistons pas, ce serait ridicule ! Mais, lorsque j’ai revu « La Coiffure » après tant d’années, j’ai cru admirer un des premiers tableaux cubistes et même abstraits de la peinture moderne. Sans doute, les historiens, les gens cultivés, les puristes, ricaneront, mais ça laisse froid. Tout simplement parce que l’émotion qu’un peintre ou qu’un naïf amoureux des formes peut ressentit devant cette petite scène d’intimité va bien au-delà de l’anecdote. Degas a brossé cette scène au moment même oàù Pablo Picasso arrivait à Paris. A ce moment, son geste de créateur décoiffait plus qu’il ne l’imaginait peut-être lui-même. Et il est évident que le jeune révolutionnaire espagnol a tout de suite compris ce qui était en train de se passer, an moment même où il mettait sa vie en jeu.
Degas, le génie du mouvement, le metteur en danse des formes de notre existence de tout ce qu’elle avit de terne dans les intérieurs bourgeois comme dans les arrière-scènes de l’Opéra, avant l’irruption dans les ateliers parisiens et dans les galeries d’un gamin à moitié fou, ce Degas était pris dans le tourbillon infini de la création. Et il n’était pas plus violent qu’Edouard Vuillard, ce brave homme. Mais il suffit de rapprocher son tableau avec « La manche bleue du « nabi », pour comprendre que celui-ci, tout autant pacifiste s’il en fut, a donné le point de départ à une révolution d’art et de comportements qui n’est pas prête de s’arrêter, pour notre plus grand bonheur. Le tableau de Vuillard date de 1893. Dans ce cas aussi, le sujet importe peu. Ce qui bouleverse, dans cette image, c’est la couleur bleue du chemisier qu’un femme, au visage assez moche d’ailleurs, arbore au centre de cette huile montée sur carton.
Et alors ? Le bleu de Vuillard, de même que le rouge de Degas, sont les couleurs de ces rêves qui nous aident à supporter notre réalité à nous, pauvres nains. Le bonheur que ces tableaux brossés en vitesse nous apporte permet que nous puissions supporter les contraintes de notre prison quotidienne. Tout le reste n’est que broutilles d’historiens d’art.

Paul Gilles

Exposition « Chefs-d’oeuvre de la Galerie Vollard », jusqu’au 16 septembre 2007, Musée d’Orsay

• • •
Next Page »
"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

Moteur : WordPress • design : Wench + anatsuno [Merci beaucoup !]