J’appartiens d’où partent les bateaux,
j’appartiens à ceux qui courent, sur les pierres,
quand la lumière se joint à l’humeur de la mer.
Si avec eux est venue la peine, poursuivre des lendemains c’est leur seule équipée, mais toi,
tu brûles : l’échelle ne vaut pas l’ange car de combat nulle part.
Si, dès les premiers instants, on sait plus tard le pas inouï qu’on ne fera jamais,
seule cette petite grimace, la langue entre les lèvres, sérieusement badine sans espoir d’un « amor ».
On chantait l’alouette, le temps de deviser le ciel à la recherche de l’aile suspendue,
jusque dans la cour près de la fontaine s’asseoir, car à force de limer les reliques, le ciel s’assombrit.
Sous les paupières, la poussière du vent disparue, d’un coup choir dans le sommeil.
Étrange, le rêve d’une myriade de chambres ouvertes.
Au numéro vingt, un homme immobile, le pan de rideau écarté, contemple son sourire à la croisée du germe et du ciel d’où partent les bateaux, quand la lumière se joint à l’humeur de la mer.
Je n’ai pas suivi, c’est mon tort,
ou plutôt j’ai suivi, mais morte, l’invisible parcours.
Il paraît que, souvent, les gloires des pénitents recouvrent, dissimulé, le nom de quelque langue oubliée,
car elle, la langue, elle ronge mais ne dit rien.
Une barque à l’avant s’éloigne, la rumeur, de temps en temps.
Muette, je n’ai rien dit.
Que faire ? Laisser couler l’eau dans la barque : un trou d’où partent ceux qui restent accrochés à la peur.
Je n’ai pas suivi, c’est mon tort, ou plutôt j’ai suivi, mais morte, l’invisible parcours.
Pourquoi seule ? Ils tempêtent.
La petite musique du retour s’absente, et sécrète pour elle-même le moment le plus pur,
le moment de sortir défunte, des années ont passé.
Comment font-ils eux pour s’approcher si près ?
Des anciens de l’amour ont pourrait les nommer. Comme ils effacent promptement.
Embarrassés, les jours de se savoir encore et encore. Rien ne leur manque, au loin l’allure des arbres,
en haut le ciel aperçu à peine
comme la fin jamais avouée de l’entente.
Un banc de brume, ça a commencé par un banc de brume, avec toujours ce voile derrière.
Marcher à l’écart des terres familières, indéfiniment attraper le premier regard,
le premier désir,
le premier silence, et être soudainement confondue.
La ville est bruyante et les arbres sont morts.
Bientôt, d’autres encerclés viendront comme nous croire au départ,
les racines au ciel, éparpillé l’espoir,
car seul le passage les retient. Les rives ne sont jamais que ruses enfantées par le détour.
Alors où vivre ?
Plus que le temps, le coeur respire, penché à travers les années.
La ville s’évapore. Mais seule indolente, recluse sur la berge,
seul le passage me retient, les rives ne sont jamais que ruses enfantées par le détour.
Alors où ?
La mélancolie, tu en connais les alluvions, tertres au dessus des paroles étrangères.
Bien sûr nous empruntons, peut-il faire autrement, celui qui mêle, brouille ?
Mais nous avons préféré le récit des somnambules, jamais le sort de ceux pour qui la nuit s’avance avec fierté de l’autre côté.
Mais ceux qui viennent ?
Le livre dans l’abandon des feuilles allonge et précipite nos pas.
Pour la première fois qu’importe la source.
Contre le monde, assoupis, nous nous sommes assoupis.
Nous approchons lentement,
la claire sensation d’une bourrasque,
comme si impalpable s’engouffrait au coeur de l’arbre, en éclats, la promesse !
Nous approchons lentement.
Qu’ont-ils à redouter la frontière ?
Des portes à peine ouvertes s’évade le récit retenu des digues de l’enfance.
Le corps s’immobilise ici sur le seuil, dans le couloir illuminé, les marches.
Juste ce franchissement.
J’appartiens,
j’appartiens d’où partent les bateaux,
j’appartiens à ceux qui courent, sur les pierres,
quand la lumière se joint à l’humeur de la mer.
Corinne Haddad