January 7, 2008

Papier peint n°47

Catégorie: Journaux et leur éditorial — mis en ligne par carlotta @ 1:08 pm

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Bonne année 2008 ! Philomène de Divonne, alias Claude Silve, remporte le Prix Nyctalope, pour la seconde partie, « Sablomine », de son roman un Jardin vers l’est, publié chez Grasset dans la collection « Pour mon plaisir ». Le Nyctalope est héritier du désormais classique Nocturne dont il retient par moitié la sélection, et du très mystérieux Lycanthrope qu’un tour aux archives du journal permettra aux curieux de découvrir. Ce couronnement d’un demi roman par un jury très people est relaté dans le supplément au journal.

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La Défense selon Gatien

Catégorie: La Défense selon Gatien — mis en ligne par carlotta @ 1:07 pm

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J’appartiens

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 1:01 pm

J’appartiens d’où partent les bateaux,
j’appartiens à ceux qui courent, sur les pierres,
quand la lumière se joint à l’humeur de la mer.

Si avec eux est venue la peine, poursuivre des lendemains c’est leur seule équipée, mais toi,
tu brûles : l’échelle ne vaut pas l’ange car de combat nulle part.

Si, dès les premiers instants, on sait plus tard le pas inouï qu’on ne fera jamais,
seule cette petite grimace, la langue entre les lèvres, sérieusement badine sans espoir d’un « amor ».

On chantait l’alouette, le temps de deviser le ciel à la recherche de l’aile suspendue,
jusque dans la cour près de la fontaine s’asseoir, car à force de limer les reliques, le ciel s’assombrit.

Sous les paupières, la poussière du vent disparue, d’un coup choir dans le sommeil.
Étrange, le rêve d’une myriade de chambres ouvertes.
Au numéro vingt, un homme immobile, le pan de rideau écarté, contemple son sourire à la croisée du germe et du ciel d’où partent les bateaux, quand la lumière se joint à l’humeur de la mer.

Je n’ai pas suivi, c’est mon tort,
ou plutôt j’ai suivi, mais morte, l’invisible parcours.
Il paraît que, souvent, les gloires des pénitents recouvrent, dissimulé, le nom de quelque langue oubliée,
car elle, la langue, elle ronge mais ne dit rien.
Une barque à l’avant s’éloigne, la rumeur, de temps en temps.
Muette, je n’ai rien dit.
Que faire ? Laisser couler l’eau dans la barque : un trou d’où partent ceux qui restent accrochés à la peur.
Je n’ai pas suivi, c’est mon tort, ou plutôt j’ai suivi, mais morte, l’invisible parcours.

Pourquoi seule ? Ils tempêtent.
La petite musique du retour s’absente, et sécrète pour elle-même le moment le plus pur,
le moment de sortir défunte, des années ont passé.
Comment font-ils eux pour s’approcher si près ?
Des anciens de l’amour ont pourrait les nommer. Comme ils effacent promptement.
Embarrassés, les jours de se savoir encore et encore. Rien ne leur manque, au loin l’allure des arbres,
en haut le ciel aperçu à peine
comme la fin jamais avouée de l’entente.

Un banc de brume, ça a commencé par un banc de brume, avec toujours ce voile derrière.
Marcher à l’écart des terres familières, indéfiniment attraper le premier regard,
le premier désir,
le premier silence, et être soudainement confondue.

La ville est bruyante et les arbres sont morts.
Bientôt, d’autres encerclés viendront comme nous croire au départ,
les racines au ciel, éparpillé l’espoir,
car seul le passage les retient. Les rives ne sont jamais que ruses enfantées par le détour.
Alors où vivre ?
Plus que le temps, le coeur respire, penché à travers les années.
La ville s’évapore. Mais seule indolente, recluse sur la berge,
seul le passage me retient, les rives ne sont jamais que ruses enfantées par le détour.

Alors où ?
La mélancolie, tu en connais les alluvions, tertres au dessus des paroles étrangères.
Bien sûr nous empruntons, peut-il faire autrement, celui qui mêle, brouille ?

Mais nous avons préféré le récit des somnambules, jamais le sort de ceux pour qui la nuit s’avance avec fierté de l’autre côté.
Mais ceux qui viennent ?
Le livre dans l’abandon des feuilles allonge et précipite nos pas.
Pour la première fois qu’importe la source.
Contre le monde, assoupis, nous nous sommes assoupis.
Nous approchons lentement,
la claire sensation d’une bourrasque,
comme si impalpable s’engouffrait au coeur de l’arbre, en éclats, la promesse !
Nous approchons lentement.
Qu’ont-ils à redouter la frontière ?
Des portes à peine ouvertes s’évade le récit retenu des digues de l’enfance.
Le corps s’immobilise ici sur le seuil, dans le couloir illuminé, les marches.
Juste ce franchissement.

J’appartiens,
j’appartiens d’où partent les bateaux,
j’appartiens à ceux qui courent, sur les pierres,
quand la lumière se joint à l’humeur de la mer.

Corinne Haddad

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Siècle obscur

Catégorie: Poésie — mis en ligne par carlotta @ 1:00 pm

Eaux luisantes de métal noir
étangs aux reflets sans lumière
où le ciel glisse dans le soir
et le regard se désespère
je me noie dans la vie amère

frémissante d’ombres d’oubli
d’un mensonge qui se renverse
vaine copie nuages enfuis
images fugitives perverses
d’un rêve ancien évanoui

le jour trompeur s’est effacé
dans la forêt où le visage
de la vie tremblait au passage
où la mort guette chaque voyage
un monde seul de tout effaré

et s’écoulent les heures humaines
comme nuages lourds incertaines
blessures de ces temps barbares
cicatrices de ces eaux de mares
ces bords où l’angoisse m’entraîne

les chemins de forêt se croisent
comme les lignes de la main
où je cherche le lendemain
d’une vie égarée sournoise
sous un soleil gris incertain

routes dans le sable tracées
lignes de destin effacées
yeux clos et paumes tendues
à tâtons mais vers quelle issue
sous ce soleil sale boueux
toutes ces lignes sans aveu

au carrefour des heures vaines
nous avons guetté l’horizon
en proie à cette déraison
d’un rêve perdu vie lointaine
l’agonie d’un siècle se traîne
autant meurt la belle saison.

Paul Gilles

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Fatras délicieux

Catégorie: Aphorismes douteux — mis en ligne par carlotta @ 12:58 pm

Recueil d’aphorismes douteux

La concurrence ne peut être ni libre ni juste. Le commerce équitable est un oxymore tant qu’une minorité de structures contrôlent une majorité des productions. Auschwitz préfigure le phénomène : la mort industrielle. Et plus tard, la paix meurtrière, la fin des conflits des cartes et des maisons, la fin des conflits d’écussons et de logos, juste une paix, une paix sanglante en forme de plébiscite. L’organisation des nations est un exorcisme aux incompétences mondiales. Un voile sur le visage qui à chaque renoncement se resserre un peu plus sur nos gorges.
On accuse donc la nature humaine pour parler en fait des irrépressibles déviances morales induites par le règne du commerce. Ce n’est ni un hasard, ni une supposition. On parle tous les jours, du passé au présent, de cette satanée nature humaine, égoïste (sans qu’on sache vraiment ce que délimite ce mot), fourbe, faible et sans caractère. Mais ces traits, plutôt que d’encadrer ceux de l’homme, comme un artiste aux enfers ferait le panégyrique des occupants, désigne bien mieux les conditions intrinsèques de l’exécution commerciale : chacun pour soi, ne jamais rogner aux mensonges, suivre le vent comme seule fortune quoi qu’il coûte aux sentiments personnels.

Zo

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Velib’ mod’op

Catégorie: Chroniques urbaines — mis en ligne par carlotta @ 12:54 pm

Le Velib’ c’est pratique, et c’est facile moyennant quelques précautions.

Si les loupiotes des plots de l’aire de stationnement sont toutes rouges, ou éteintes : passer son chemin.

Ignorer les cycles dont la selle est tournée vers l’arrière.

Détecter un pneu arrière gonflé.

S’il y en a plusieurs, se diriger vers le vélo qui a la selle réglée à la bonne hauteur.

Vérifier que la loupiote individuelle est verte.

Si besoin, vérifier que le panier est présent et qu’il tient suffisamment.

S’assurer que le pneu avant est gonflé.

S’assurer de la présence d’une chaîne, suffisamment tendue.

Prendre des deux mains le guidon pour vérifier qu’il est fixé au cadre.

Vérifier à l’oeil si la roue avant est dans l’axe du cycle.

Soulever la selle de façon que la roue arrière ne touche plus le sol et actionner du pied la pédale pour vérifier l’entraînement de la roue. Détecter un éventuel cliquetis de mauvaise augure.

Vérifier que le carter tient, qu’il ne frotte pas ou ne bloque pas la course du pédalier.

Si la selle n’est pas à la position souhaitée, la régler, ou du moins, essayer.

Toutes ces étapes franchies, dans l’hypothèse où il y a peu de cycles disponibles, jeter un coup d’oeil sur la borne où, peut-être, un concurrent brigue le même numéro.

Passer le navigo pour faire virer la loupiote à l’orange. Attendre qu’elle repasse au vert et désamarrer. Rouler.

Négliger de s’arrêter à une station dont les voyants sont tous rouges ou éteints : le vélo serait considéré comme non restitué jusqu’à la remise en service de la station. Jusque là, il ne serait plus possible d’en emprunter un.

Amarrer le vélo à un plot libre, et attendre le bip-bip de libération.

A noter :

Si l’on emprunte un vélo qui s’avère illico inutilisable, on peut, juste après l’avoir restitué à la station même où l’on vient de le choisir, en obtenir un autre sans délai.

Si l’on déraille et que l’on rejoint à pied une station, il faudra attendre quelques minutes avant de pouvoir prendre possession d’un vélo de remplacement. En profiter pour mettre la selle vers l’arrière.

Cha

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Le yéti d’Albi - Mardi. 4h00.

Catégorie: Le Yéti d'Albi — mis en ligne par carlotta @ 12:53 pm

La radio grésillait, soufflait et craquait même parfois comme le font les vieux meubles. Cela avait l’avantage de le maintenir éveillé dans sa voiture de service et pouvait aussi se révéler intéressant lorsque certaines communications étaient audibles.
Ce fut le cas pour cet appel d’urgence que le standard mit un moment à basculer sur le bon poste de garde, à savoir celui de la caserne des pompiers.
Au milieu des errements radio-téléphoniques de l’employé de veille, une adresse vint capter l’attention de l’inspecteur Berger : le Café des Berges.
Parlant tout seul entre ses mâchoires serrées, le flic monta le volume de son récepteur et démarra sans attendre, négligeant une fois de plus les consignes de son chef qui lui enjoignaient de ne pas bouger de son emplacement jusqu’à la relève de six heures.
Berger s’en moquait éperdument. Ce ne serait ni la première ni la dernière fois qu’il désobéirait à Matherond pendant ses planques. Il avait bien mieux à faire, estimait-il, donnant ainsi la priorité à ses propres affaires et intérêts.
Il se trouvait assez loin du centre, car le commissaire semblait trouver un malin plaisir à l’envoyer sur des surveillances de seconde zone dans les cités ouvrières ou les quartiers déshérités et ne lui adjoignait plus personne dans ses missions, aucun de ses collègues ne souhaitant travailler avec lui en binôme.
Berger s’accommodait fort bien de cet isolement professionnel mais il n’appréciait pas les tâches qui lui étaient attribuées : des planques minables sur les petits dealers des cités, des vols à la gomme ou des trafics de pacotilles.
Pendant ce temps, d’autres se gobergeaient avec du terrorisme d’opérette et faisaient galoper leur avancement en toute injustice.
Il parvint en face du Café des Berges peu de temps avant le VSAB des pompiers.
Sans bouger de son véhicule, il assista au départ du docteur Perret puis à l’évacuation du blessé qu’il ne put reconnaître tant celui-ci était engoncé dans le matelas coquille que les secouristes embarquaient avec précaution.
Il hésitait encore à quitter sa voiture pour aller fouiner aux abords du bar lorsqu’il vit sortir le patron en compagnie de la seconde prostituée qu’il avait interrogée pendant la nuit de la Saint Sylvestre.
_ Tiens, tiens … fit-il en se recalant dans son siège. Il s’y tassa instinctivement et rentra la tête dans les épaules pour disparaître derrière son volant car le couple se dirigeait vers lui.
Il les laissa démarrer et les suivit en se tenant à distance respectueuse jusqu’au petit hôtel particulier où Féfé déposa Josy sans s’arrêter plus de dix secondes.
Quand il eut la certitude que le cafetier était à son tour rentré se coucher, l’inspecteur prit tranquillement la direction de l’hôpital afin d’y glaner quelques informations au sujet du blessé qui venait d’y être admis.
Un petit sourire satisfait s’afficha sur son visage lorsqu’il consulta sa montre ; il aurait largement le temps de regagner sa planque officielle avant l’arrivée de la relève. En attendant, pour parer au grain, il serait à l’écoute de sa radio.
La tournure prise par les évènements commençait à lui plaire.
Il y avait détecté la subtile odeur du profit, et même si cette impression restait approximative, elle le motivait déjà ; malgré le froid, la fatigue et le ciel de plomb qui annonçait encore une journée sinistre.
En quittant le service d’admission de l’hôpital général un quart d’heure plus tard, Berger était presque euphorique. Logiquement, cela ne serait réjouissant pour personne d’autre que lui.
Il regagna son poste et attendit patiemment l’équipe chargée de le remplacer.
Il souhaita une bonne journée à ses collègues et les salua de la main.
Ces derniers, peu habitués à ce genre d’amabilités, échangèrent un regard aussi surpris qu’incrédule.

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Du 7 au 8

Catégorie: Collisions — mis en ligne par carlotta @ 12:52 pm

sept_huit

Rémi Schulz

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Mon cadeau de Noëlle

Catégorie: Chroniques intimes — mis en ligne par carlotta @ 12:47 pm

Baby

Elle me dit : « j’ai rêvé de toi ». Dans son rêve, elle me rend visite à la clinique où je viens de donner naissance à mon troisième enfant. Leur père, c’est un de nos collègues, un grand brun avec une voix grave. Il nous a lâchés, pour ce dont elle se souvient. On ne saura pas pourquoi, lui n’en a aucune idée, et pour cause, et ça m’amuse, la façon tranquille dont il prend cette paternité imprévue. Je demande si j’avais l’air heureuse, elle me dit que oui. Quel bonheur, d’avoir trois autres enfants, en rêve. Plein d’amour, peu de travail.

Cha

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Un islamiste au plafond - 18h19 :

Catégorie: Uncategorized — mis en ligne par carlotta @ 12:45 pm

On a roulé longtemps, cul à cul, dans la pampa vert-de-gris. Marion est montée dans le véhicule du tueur, Ko-zu a repris le volant du van, moi le GPS.
C’est un pays très plat, troué de forêts sombres et hautes, des conifères je crois ; et des villages aux maisons basses et cossues, tapissées de bois luisant, comme des chalets, avec cheminées, jardins aux clôtures branlantes ; et des forêts, des forêts, encore et encore.
Le ciel est bleu d’acier. La route mauvaise mais droite. Le soir nous attend au bout du chemin.

Une baraque de chantier, abandonnée, donne sur une trappe, une ouverture dans sol, un trou en béton, noir et humide. Faut qu’on descende. Bien sûr.
Echelles grasses, coursives rondes tressées de centaines de câbles griffés de rouille, clapotis, torche papillon, suivez moi, suivez moi…
Le corps :
C’est une femme. Elle est morte. Elle est attachée par la cheville à une chaîne qui pend d’un crochet dans le mur. Elle est nue. Ses mains sont nouées dans son dos, sur ses hanches, dans un angle surnaturel. Ses cheveux bruns souillés de boue et de sang lui font un masque visqueux dissimulant tout son visage. Mais elle devait être belle, j’en suis sûr.

Maintenant elle est belle aussi. Différemment. Pliée en quatre, la tête entre les genoux dans une flaque de merde.
La pièce carrelée blanche, éclairée au néon, Marion sur ma gauche, Ko-zu appuyée contre le mur, le tueur debout au milieu, au dessus de son œuvre, et qui nous regarde, un à un.
“ Installe la caméra. ”
Je m’en charge. Ko-zu est sortie en courant, la main sur la bouche.
Marion parle avec le tueur, dans une langue que je ne comprends pas. J’allume le matos, installe le pied, charge une bande vierge, branche le micro et le projo portatif, fais le point.

L’homme saisit la morte par la nuque, découvre le visage de sa mélasse et exhibe le visage bleu, bouche tordue, les lèvres sont fendues comme une saucisse qu’on aurait oublié de piquer, la gorge dépliée en mille feuilles. Elle a les pommettes saillantes, le nez fin, les yeux en amande, le front haut.
Puis il fait glisser sa lame dans la plaie béante, l’enfonce, et découpe la nuque en trois coups brusques avec le revers dentelé de son couteau ; il décroche la tête du cou, se redresse, il tient la tête par les cheveux, la porte à son visage, dit quelque chose que je ne comprends pas ; il tire la langue, crache, et crache encore, ensuite il la jette par terre, et regarde la caméra, parle encore, puis se penche sur le cadavre.
Je sens la main de Marion se poser sur mon épaule tandis que je zoome. Elle est brûlante.
Je préfère penser que c’est ça qui m’excite.

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"La mort de la littérature : plutôt crever, oui." Pit Bernal

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